Les communes de Saint-Marcel et de Sérent (Morbihan), où se déroula le 18 juin 1944 une bataille opposant à la Werhmacht plus de deux mille résistants et parachutistes de la France libre, et où de nombreux résistants, parachutistes, civils ont été tués au combat, abattus ou exécutés sans jugement, constituent aujourd’hui un haut-lieu de la mémoire résistante bretonne.

La bataille de Saint-Marcel
L’attaque allemande à la ferme du Bois-Joly
« Le dimanche 18 juin au matin... une première attaque est dirigée contre la ferme du Bois-Joly »
La stèle du Bois-Joly
« Ici tombèrent ... au matin du 18 juin 1944 »
Trois exécutions aux Hardys-Béhélec
« Le lendemain du 18 juin 1944, jour des combats de Saint-Marcel, les représailles ne se firent pas attendre »
La stèle des Hardys-Béhélec
« Ici tombèrent sous les balles ennemies le 19 juin 1944... »
Six exécutions dans le bourg
« En ces lieux, dans la nuit du 19 au 20 juin, 6 hommes furent exécutés par les Allemands en représailles des événements de la bataille de Saint-Marcel... »
La stèle du bourg
« Ici furent fusillés par les Allemands... »
« Découverte d’une fosse à Saint-Marcel »
Sur le monument aux morts de Saint-Marcel
« À tous ceux qui sont tombés à Saint-Marcel »
« 1939-1945...
Victimes de la Résistance »
Le mémorial de la Résistance bretonne à La Nouette en Sérent
Le musée de la Résistance bretonne
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions, de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.

Le dimanche 18 juin 1944 à l’aube, deux tractions-avant de la Feldgendarmerie de Ploërmel en patrouille franchirent le périmètre du camp et furent interceptées sur la route conduisant du bourg de Saint-Marcel au hameau de l’Abbaye en Bohal, au lieu-dit Les Hardys-Béhélec, où avait été installé un poste de sécurité composé de SAS et de FFI. Quatre Allemands furent tués, trois autres blessés et faits prisonniers, mais un feldgendarme parvint à prendre la fuite et à rejoindre la garnison allemande de Malestroit pour donner l’alerte. Le camp tenu par un peu plus de deux mille FFI (trois bataillons) encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht vers 9 heures du matin. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes (environ 300 tués), SAS et FFI se replièrent en bon ordre vers 22 heures et se dispersèrent, après avoir subi des pertes beaucoup moins importantes : 27 tués, une soixantaine de blessés et une quinzaine de prisonniers.

Les morts au combat du 18 juin 1944

Vingt FFI :
- Goujon Charles (tué à Bohal)
- Guégan Paul (tué à Sérent)
- Le Berre Roger (tué à Saint-Marcel)
- Le Blavec Jean (tué à Saint-Marcel)
- Le Blavec Paul (tué à Saint-Marcel)
- Le Bouédec Louis (tué à Bohal)
- Le Canu Adrien (tué à Sérent)
- Le Grel Émilien (tué ou exécuté à Sérent)
- Le Lem Laurent (blessé le 18 juin 1944 à Saint-Marcel, décédé des suites de ses blessures le 17 juillet à Vannes)
- Le Sénéchal Vincent (tué ou exécuté à Sérent)
- Le Yondre François (tué à Sérent)
- Ménard Robert (tué à Saint-Marcel)
- Moizan Georges (tué à Saint-Marcel)
- Planchais Joseph (tué à Saint-Marcel)
- Rio Henri (tué à Saint-Marcel ou à Sérent)
- Robino André (tué à saint-Marcel)
- 2 inconnus ( INCONNU 1, INCONNU 2 tués le 21 juin 1944 à Sérent)

Six parachutistes du 4e SAS :
- Adam Henri (tué à Saint-Marcel)
- Brès Michel (tué à Saint-Marcel)
- Casa Daniel (tué à Saint-Marcel)
- Malbert Louis (tué à Saint-Marcel)
- Mollier Jean-René (tué à Sérent)
- Schmitt Nicolas (tué à Sérent)

Une civile :
- Berthelot Suzanne (tuée à Saint-Marcel)

Bois-Joly
Le 18 juin 1944, une première attaque fut lancée par les Allemands dans le secteur de la ferme de Bois-Joly au cours de laquelle un SAS, Daniel Casa, et trois FFI, Jean Le Blavec et son cousin Paul Le Blavec, Joseph Planchais, André Robino, ainsi qu’une jeune fille qui gardait les vaches dans une prairie, Suzanne Berthelot, furent tués.
Après la guerre, un monument y a été érigé pour honorer la mémoire des FFI tués en ce lieu, à laquelle est associée celle de Roger Trunkenboltz, FFI qui s’est mortellement blessé avec sa mitraillette Sten le 17 juin 1944. Ce monument est constitué d’une pierre dressée sur laquelle est sculptée une Croix de Lorraine surmontant l’inscription :

« Ici tombèrent
- LE BLAVEC J.
- LE BLAVEC P.
- PLANCHAIS J.
- ROBINO André
- TRUNKENBOLTZ, R.
- Melle BERTHELOT
Au matin du 18-6-1944 »

Sur la gauche du monument, un panneau signalétique retrace les circonstances de l’attaque de Bois-Joly.

Après la dispersion du camp de Saint-Marcel, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la SS, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton français, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, interrogatoires, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan et en premier lieu à Saint-Marcel dont les fermes, les châteaux et les maisons du bourg furent pillés et incendiés.

Les Hardys-Béhélec
Le 19 juin 1944 à l’aube, au village des Hardys-Béhélec, des soldats de la Wehrmacht pénétrèrent chez Madame Ayoul qu’ils obligèrent à sortir en la tirant par les cheveux. Félix Guil, son gendre, qui tenta de s’interposer, fut abattu sous les yeux de son épouse et de leur bébé. Le fils de Madame Ayoul, Yves Ayoul, fut également tué, ainsi que sa grand-mère, Marie Le Blanc, aveugle et grabataire, qui fut abattue dans son lit.

Après la guerre, un monument a été érigé sur le lieu d’exécution pour honorer leur mémoire. Il est constitué d’une pierre dressée sur laquelle est sculptée une Croix de Lorraine surmontant l’inscription :

« Ici tombèrent sous les balles ennemies le 19 juin 1944
- Félix GUIL
- Vve LE BLANC Françoise
- Yves AYOUL »
Un panneau signalétique retrace les circonstances de leur exécution.

Le bourg
Dans la nuit du 19 au 20 juin 1944, six hommes, Jean Morlas, Raymond Dénécé*, Pierre Moussard*, François Rio*, Joseph Rio* et Marcel Robert*, furent exécutés en bordure d’un chemin creux à l’entrée du bourg de Saint-Marcel. On a longtemps cru qu’ils avaient disparu en déportation. Leurs squelettes ne furent retrouvés que le 27 mai 1965, à la suite du témoignage d’un habitant de Guégon (Morbihan), Louis Le Guennec, qui avait été pris en otage par les Allemands en juin 1944, et qui fut contraint le 21 juin 1944 avec deux autres otages de creuser une fosse commune pour y enterrer les corps criblés de balles. L’identification des squelettes par les familles, à l’aide de vestiges de vêtements, de chaussures, et d’objets familiers fut difficile.
Un monument a été érigé, rue des Fusillés, sur le lieu de leur exécution pour honorer leur mémoire. Il est constitué d’une pierre dressée sur laquelle est sculptée une Croix de Lorraine surmontant l’inscription :

« Ici furent fusillés par les Allemands le 21 juin 1944
- Jean MORLAS
- Pierre MOUSSARD
- François RIO
- Joseph RIO
- Marcel ROBERT
- Raymond DÉNÉCÉ »

Une plaque a été scellée au-dessus de cette inscription sur laquelle on peut lire :

« Ces six hommes présumés déportés en 1944 ont été retrouvés dans une fosse commune le 5 juin 1965 »

À l’entrée du site, deux panneaux signalétiques rappellent les circonstances de leur exécution et de la découverte 21 ans après, de la fosse commune où ils avaient été enterrés.

Le monument aux morts
Au centre du bourg, place du colonel Bourgoin, se dresse le monument aux morts inauguré le 18 juin 1967. Il est constitué d’un obélisque de pierre sur lequel est gravée une Croix de Lorraine.

À l’arrière du monument est gravée l’inscription :
« À tous les Résistants tombés à Saint-Marcel »

et sur le côté-gauche l’inscription :
« 1939-1945
- Félix PIQUET (tué le 18 mai 1940 à Leschelles, Aisne)
- Firmin ROZE (tué le 18 mai 1940 à Bussu, Somme)
Victimes de la Résistance
- Yves AYOUL (exécuté le 19 juin 1944 à Saint-Marcel)
- Suzanne BERTHELOT (tuée le 18 juin 1944 à Saint-Marcel)
- Félix GUIL (exécuté le 19 juin 1944 à Saint-Marcel)
- Émile MOREL (exécuté le 13 juillet 1944 au Fort Penthièvre)
- Jean MORLAS (exécuté le 20 juin 1944 à Saint-Marcel)
- Pierre MOUSSARD (exécute le 20 juin 1944 à saint-Marcel)
- Marie-Françoise PELLERIN (exécutée le 19 juin à Saint-Marcel) »

Le mémorial de La Nouette et le musée de la Résistance bretonne
Chaque année le 18 juin, une cérémonie commémorative se déroule devant le monument inauguré en 1951 près de la ferme de La Nouette situé sur le territoire de la commune de Sérent, où le commandant Bourgoin et le colonel Morice avaient installé leur quartier général.
En 1984, le musée de la Résistance bretonne a été inauguré à Saint-Marcel, qui retrace l’histoire du maquis et de la bataille de Saint-Marcel.
En 1994, ont été inaugurées deux salles dédiées aux parachutistes SAS.
Sources

SOURCES : Roger Leroux, " Le maquis de Saint-Marcel ", in " Les maquis dans la libération de la France", Revue d’histoire de la 2e guerre mondiale, n° 55, juillet 1964. — " Vingt-et-un ans après un otage de Guégon retourne à Saint-Marcel où il avait été contraint d’enfouir six victimes civiles ", Ouest-France, 29-30 mai 1965. — " Après la découverte d’une fosse commune à Saint-Marcel, exhumation des restes des six corps enterrés en 1944 ", Ouest-France, 5-6-7 juin 1965. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéro 160, 2e trimestre 2013. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978 et Le maquis de Saint-Marcel, éditions Ouest-France, 1981. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Patrick Andersen Bö et François Bertin, Le maquis de Saint-Marcel, éditions Ouest-France, collections du musée de la résistance bretonne, 1998. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — Christian Bougeard, " Le maquis et la bataille de Saint-Marcel (18 juin 1944) : Événement marquant et lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne ", in Dominique Le Page (dir.), 11 batailles qui ont fait la Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2015, et " Le maquis de Saint-Marcel (6 juin-18 juin 1944) ", sur le site BCD (Bretagne Culture Diversité). — " Lieux mémoriels en Morbihan-Saint-Marcel -Sérent ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — Panneaux signalétiques de la stèle du Bois-Joly, de la stèle des Hardys-Béhélec, et du monument des fusillés à Saint-Marcel. — Registres d’état-civil des communes de Saint-Marcel et de Sérent.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Version imprimable de cet article Version imprimable