Les communes de Sérent et de Saint-Marcel (Morbihan), où se déroula le 18 juin 1944 une bataille opposant à la Werhmacht plus de deux mille résistants et parachutistes de la France libre, et où de nombreux résistants, parachutistes, civils ont été tués au combat, abattus ou exécutés sans jugement, constituent aujourd’hui un haut-lieu de la mémoire résistante bretonne.

Les sépultures des SAS et des FFI tués à La Chapelle des Haies
« Tout passe tout s’efface hors le souvenir »
« François Mariani aspirant parachutiste 21 ans »
« Roger Vautelin parachutiste 23 ans »
La Croix des parachutistes à Pinieux
« L’esprit de sacrifice des parachutistes ... ne doit jamais périr »
Le monument aux morts 1939-1945 de Sérent
Le monument de la Résistance bretonne à La Nouette
« Le 18 juin 1944 ... »
La pose de la première pierre en 1947 par le général de Gaulle
La ferme de La Nouette
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.

Le 18 juin 1944 vers 8 heures du matin, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht vers 8 heures 15. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Le 19 juin 1944, après avoir pilonné la ferme de La Nouette et constaté que les parachutistes et les résistants qui les avaient tenus en échec avaient réussi à se replier en bon ordre, les Allemands se livrèrent à des représailles. La Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, interrogatoires, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, pillages et incendies de fermes, massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.
Le 19 juin 1944 également, Jean VASSEUR, qui avait été blessé lors de son parachutage au cours de la nuit du 17 au 18, et qui attendait en vain du secours, fut découvert par une patrouille allemande et abattu sur le bord de la route conduisant de Sérent à Malestroit.
Le sergent SAS Gaston NAVAILLES, qui avait été blessé dans les combats du 18 juin fut abattu par des cosaques dans une maison isolée où il se cachait, après avoir été soigné par le médecin et le pharmacien de Sérent.
Le 21 juin Albert DAVALO et Alexis DAVALO, cultivateurs à Caro, furent abattus par une patrouille allemande au Coudray en Sérent.
Pinieux, La Chapelle des Haies
Le 21 juin 1944, une patrouille allemande surprit une dizaine de SAS et de FFI réfugiés dans une maison abandonnée aux ardoisières de Pinieux. Alors que leurs camarades parvenaient à se replier, deux parachutistes SAS furent tués au combat, l’aspirant Louis ARCILLE, pseudo François MARIANI, et Roger VAUTELIN, ainsi que deux FFI dont un résistant originaire d’Afrique noire, dont les corps n’ont pu être identifiés, .
Ils ont été inhumés au pied de la chapelle du village des Haies. Les quatre tombes surmontées de quatre Croix de Lorraine en pierre sont alignées les unes contre les autres et portent les inscriptions de gauche à droite :

- « FFI inconnu
- Francois MARIANI, aspirant parachutiste, 21 ans
- Roger VAUTELIN, parachutiste, 23 ans
- FFI inconnu »

Après la guerre, une Croix des parachutistes a été érigé sur le lieu du combat. C’est une imposante croix de granit dressée sur un piédestal et portant l’inscription :

« L’esprit de sacrifice
des parachutistes
et de tous ceux qui combattirent
les ennemis de la liberté
ne doit jamais périr
1944 »

Le bourg
Dans le bourg de Sérent, près de l’église et à droite du monument aux morts de la 1ère guerre mondiale, se dresse un monument dédié aux combattants et résistants de Sérent, ainsi qu’aux libérateurs venus d’ailleurs, parachutistes et FFI tués le 18 juin 1944 lors de la bataille de Saint-Marcel mais aussi au cours des jours qui ont précédé et suivi cette bataille. Il est constitué de trois pierres dressées en granit.
Sur la pierre centrale est scellée une Croix de Lorraine et une plaque en marbre portant l’inscription : « 1944 Aux libérateurs venus d’ailleurs tombés en terre sérentaise »
En dessous de cette plaque, sont gravés dans la pierre les noms des « Combattants » et des « Résistants » de la commune de Sérent :</br
« 1939-1945
À ses enfants morts pour la France
Combattants : J.B. CHEFDORD, A. DANIEL, F. DAVID, L. ÉTIENNE, Th. GAREL, V. GICQUELLO, A. LEGENTIL, F. JUHEL, L. MÉLAINE, E. URIEN
Résistants : A. BARAU, G. CHARLO, F. DAVID, J. LANTRAIN, F. LE MOUÉE, R. PROVINS, E. PIQUET, J. TOUGAIT, Marie MENANT »

Sur la stèle de gauche, sont gravés les noms des FFI : « DAVALO Albert, DAVALO Alexis, FERCOQ Serge, GUÉGAN Paul, LE BLAY André, LE CANU Adrien, LE GOSLES Albert, LE GREL Émilien, LE SÉNÉCHAL Vincent, LE YONDRE François, RIO Henri, TRUNKELBOTZ Roger, VANDORME Robert, et deux inconnus »

Sur la stèle de droite sont gravés les noms des parachutistes : « BRÈS Michel, CASA Daniel, HARENT Bernard, MALBERT Louis, MARIANI François, MOLLIER Jean, NAVAILLES Gaston, SCHMITH Nicolas (orthographié SCHMITT sur le site « Mémoire des hommes » et SCHMIDT sur le mémorial SAS de Plumelec), VASSEUR Jean, VAUTELIN Roger »

La Nouette
Le 27 juillet 1947, le général de Gaulle est venu poser la première pierre du monument de la Résistance bretonne érigé près de la ferme de La Nouette où le commandant Bourgoin avait établi son PC. Ce monument a été inauguré le 24 juin 1951 par le général Kœnig, ancien commandant en chef des FFI. Il a la forme d’une haute tour lanterne en pierre, dont le sommet est constitué de quatre Croix de Lorraine ajourées, qui se dresse aujourd’hui sur le bord de la N 166. Au pied de cette tour, a été scellée une plaque commémorative en marbre qui porte l’inscription :

« Le 18 juin 1944 3 bataillons des Forces françaises de l’intérieur du Morbihan et le 4e bataillon de chasseurs parachutistes de la France libre luttèrent 24 heures en ces lieux qu’ils occupaient depuis 14 jours tuant à l’ennemi 560 hommes perdant eux-mêmes 42 morts »

Chaque année le 18 juin ou le dimanche le plus proche de cette date, une cérémonie est organisée devant ce monument.
Sources

SOURCES : Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — Christian Bougeard, " Le maquis et la bataille de Saint-Marcel (18 juin 1944) : Événement marquant et lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne ", in Dominique Le Page (dir.), 11 batailles qui ont fait la Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2015, et " Le maquis de Saint-Marcel (6 juin-18 juin 1944) ", sur le site BCD (Bretagne Culture Diversité). — " Lieux mémoriels en Morbihan-Saint-Marcel-Sérent ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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