Une action de retardement de la retraite allemande en Languedoc méditerranéen.
Au cours d’un engagement entre des maquisards de la Haute vallée de l’Orb (Hérault) et une colonne allemande en retraite, cinq résistants originaires de la zone minière de ce haut pays montagneux et forestier furent abattus en tentant de retarder la progression de cette colonne qui venait de ravager les localités voisines et d’y massacrer deux civils.

L’axe St Pons -Bedarieux
Colombières sur la route des colonnes allemandes
Deux victimes civiles
En mémoire des "Aigles".
Le village des jeunes mineurs
Village au contact des mines de Graissessac
Sur le mur du cimetière d’Estrechoux
Pierre Lopez en 2017
le survivant du groupe des "Aigles".
Pierre Lopez en 1944
Pierre Lopez faisait partie du groupe des "Aigles".
Jean’Marie Lebreau en 1944
Jean-Marie Lebreau mortellement blessé à Colombières avec ses camarades des"Aigles".
Les forces allemandes stationnées dans le Midi languedocien reçurent l’ordre de retraite le 17 août. Dès lors, les colonnes allemandes de la 19°Armée prirent la route en direction du Rhône. Les sabotages sur les routes et les voies ferrées ordonnés depuis le 6 juin et exécutés par la Résistance intérieure rendaient aléatoire tout choix d’itinéraire. Les attaques aériennes sur les grands axes de la plaine avaient stoppé plusieurs convois. Restaient les routes par les hauts cantons. C’est pourquoi l’axe Saint-Pons-Bédarieux (Hérault) connut pendant plusieurs jours un flux de troupes allemandes. Gilbert de Chambrun qui commandait les FFI de la région avait donné l’ordre d’accrocher les Allemands et de retarder leur retraite. Mais c’est au niveau local que les responsabilités et les risques devaient être pris. Depuis le 6 juin, la mission essentielle des résistants avait été de réaliser des sabotages. Désormais, tous devraient aller au combat. Il n’y avait plus de place pour ce que les FTP reprochaient à leurs camarades de l’Armée secrète : « l’attentisme ». Si les résistants ne pouvaient affronter les Allemands en plaine car la disproportion des forces était énorme, en milieu montagneux, forestier, les embuscades étaient possibles. Les colonnes furent donc harcelées : elles allaient d’embuscade en embuscade, d’ailleurs sans concertation chez les maquisards car les moyens de communication faisaient défaut. De Saint-Pons à Bédarieux, les engagements furent multiples : ainsi, une colonne venue du Tarn combattit à Saint-Pons le 21 août, puis tomba dans l’embuscade de Colombières-sur-Orb et le lendemain fut encore attaquée à Mourèze avant de se heurter le 24 près de Ganges (Hérault) au maquis Aigoual-Cévennes. Retardée, affaiblie, la colonne allemande se scinda en traversant le Gard. Certains de ses éléments furent isolés et tenus de se dérouter pour trouver enfin un passage. Les FFI avaient donc rempli le rôle qui leur avait été assigné,
La bataille de Colombières-sur-Orb eut lieu le 22 août 1944, au lendemain de l’engagement du col de Peytafi. Une colonne allemande estimée à 4000 hommes, venue de Mazamet (Tarn), se dirigeait vers Bédarieux. Dans le village de Colombières-sur-Orb, on apprit qu’en passant à Olargues, les Allemands avaient tenu les habitants sous la menace de leurs mitrailleuses et s’étaient livrés à un pillage systématique. Ils s’étaient ensuite installés dans les vignes pour la nuit. Le lendemain matin, ce fut le tour du hameau de la Pomarède où on célébrait un mariage. Deux hommes furent massacrés — dont le prêtre qui avait officié —, et trois maisons furent incendiées. Les victimes étaient des civils âgés et sans armes. Ces nouvelles décidèrent les responsables de maquis présents dans la région à évacuer partiellement Colombières, puis à tenter une attaque : les responsables de deux maquis - le maquis AS « Bertrand », et le maquis FTP de Vernazoubre – se retrouvèrent à l’hôtel Terminus de Bédarieux et décidèrent d’aller se poster en attente de la colonne ; la zone se prêtait à une attaque-surprise pour qui la connaissait bien : à une altitude moyenne, comprise entre 250 et 300 mètres, le terrain accidenté était découpé par de multiples vallons qui pouvaient être autant de voies de repli. Le combat allait être inégal : face aux Allemands, les maquisards disposaient d’une centaine d’hommes : 50 issus du maquis AS « Bertrand », 22 du maquis FTP du Vernazoubre auxquels se joignirent quelques membres des Corps francs des villages. Beaucoup de ces résistants, souvent très jeunes, étaient des mineurs de Graissessac. Tout un groupe formait ce qu’on appelait « le maquis des Aigles », créé en mai 1944, en montagne, aux Cazalets près de Graissessac.
Ensemble, ils partirent vers Colombières. Ils furent retardés au niveau d’un pont détruit par la résistance près du Poujol. Déjà arrivés à Colombières, les Allemands avaient commencé le pillage. Les maquisards se postèrent au-dessus de la route à la sortie de Colombières. Vers 14 h 30, les éclaireurs allemands arrivèrent en vélo. C’était une formation que les Allemands choisissaient parce que les vélos, pratiquement silencieux, n’alertaient pas les maquisards. Derrière ces éclaireurs, venaient les véhicules motorisés. Un coup de feu tiré prématurément avertit la colonne et le combat s’engagea. Les Allemands criaient : « terroristen ! ». Un des responsables des maquisards, Courtès, fut blessé le premier par une balle explosive qui déchiqueta son genou. Il décéda dans l’après-midi. Quatre autres membres des maquis furent tués au combat. Ils appartenaient tous au maquis Bertrand. Un seul blessé survécut. Les Allemands tentèrent un encerclement mais ils échouèrent et partirent vers Bédarieux en emportant leurs morts et leurs blessés. Les maquisards décidèrent vers 19 heures de se replier. L’annonce de l’arrivée des Allemands à Bédarieux provoqua une grande crainte, à juste titre car l’ennemi se montra menaçant et regroupa des otages sur la place de la gare. Les Allemands enjoignirent au maire Beix de leur fournir des moyens de transport et il fallut leur livrer des voitures et des vélos.
Tous les Allemands en retraite avaient eu l’ordre de se replier rapidement. Les résistants avaient mission de les retarder.Cette bataille de Colombières valut à la colonne allemande plus de quatre heures de retard. Elle fut ensuite accrochée à Mourèze (Hérault). Au total, il lui fallut près de quatre jours pour traverser l’Hérault et le Gard et atteindre la vallée du Rhône.
Hommages et Monuments commémoratifs
À Saint-Étienne–Estrechoux : trois plaques sur le mur du cimetière portent les noms de quatre victimes de la bataille ; il manque le nom de Charles Lyon-Caen. Et une stèle ornée du sigle des FFI, du bonnet phrygien et de la cocarde tricolore porte les noms des cinq victimes de la bataille de Colombières-sur-Orb.
Au Bousquet d’Orb, un monument commémoratif porte 19 noms, dont celui de Camillerapp* tué le 21 août au combat de Peytafi-Faugères et celui de Lyon-Caen tué le 22 août à celui de Colombières. De plus au bas du monument, en lettres capitales, une date : celle du 17 août 1944. Inscription : « En souvenir de leurs morts les communes du Bousquet –d’Orb, de La Tour-sur-Orb et de Lunas ».
À Colombières-sur-Orb, sur un monument aux morts en forme de croix orné de la rosette tricolore sont inscrits deux noms : celui de l’abbé Louis Tessier « âgé de 72 ans » et celui d’Alexis Astruc « âgé de 77 ans ». Tués en ce lieu par les Allemands en retraite le 22 août 1944. Priez pour eux.
Liste des exécutés du 22 août 1944 à Colombières-sur- Orb et Pomarède
Abbé Louis Tessier, 72 ans, prêtre
Alexis Astruc, 77ans
Ces deux victimes âgées ne sont pas des membres des maquis mais des victimes abattues à Pomarède sans autre motif que le désir de représailles des Allemands après l’attaque de Saint-Pons.
Les cinq noms ci-dessous sont ceux de trois jeunes mineurs conduits au combat de Colombières-sur-Orb par Albert Courtès mineur à Graissessac lui aussi, et rejoints par un résistant du Bousquet d’Orb, Charles Lyon-Caen :
Albert, Julien, Arthur Courtès, né le 24 juillet 1907 à Paulhan (Hérault),
Pierre Gordillo, né le 8 juin 1922 à Graissessac (Hérault), mineur
Angel La Huerta, né le 30 juin 1922 à Barcelona (Espagne), mineur
Jean-Marie Lebreau, né le 21 février 1925 à Saint-Étienne-Estrechoux, mineur
Charles, Maurice, Philippe Lyon-Caen, né le 3 juillet 1910 à Châlons–sur-Marne, aujourd’hui Châlons-en-Champagne (Marne), voyageur de commerce.
Chacun de ces cinq hommes reçut la mention « Mort pour la France ».
Sources

SOURCES :
Roger Bourderon, Libération du Languedoc méditerranéen, Hachette, 1974. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional, 1943-1944, thèse Montpellier, université de Montpellier III Paul Valéry, 1974 ; service de reproduction des thèses, université de Lille, 1975. — Jean Tuffou, "Vivre en pays minier, de 1940 à nos jours", in Bulletin de la Société archéologique et Historique des Hauts cantons de l’Hérault, bulletin spécial n° 8, 1992. — Harry Roderick Kedward, Á la recherche du maquis, la Résistance dans la France du Sud 1942-1944, Paris, Éd. du Cerf, 1999. — Gabriel Pastor, Montez de la mine, c’était en août 1944, éd. Bénévent, 2009. — Hélène Chaubin, L’Hérault dans la guerre, 1939-1945, Éd. De Borée, 2015. — Entretiens avec Maxime Lebreau, petit-neveu de Jean-Marie Lebreau, en avril 2017. — Témoignage écrit de Pierre Lopez, ex-membre de l’AS de Graissessac (Archives de la famille Lebreau). — Site MemorialGenWeb, consulté en avril 2017.

Hélène Chaubin

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