Entre la fin janvier 1944 et la fin juin 1944, une cour martiale instituée par le gouvernement de Vichy, et contrôlée par la Milice, procéda de manière expéditive, à la Maison d’arrêt de Limoges (Haute-Vienne) à une série de condamnations à mort suivies immédiatement de l’exécution par fusillade. 26 résistants en furent les victimes.

La maison d’arrêt de Limoges est un établissement pénitentiaire à régime cellulaire construit au milieu du XIXème siècle et mise en service en 1856. Le bâtiment principal entouré de hauts murs fut construit sous la forme d’une croix, il est situé 17 bis, place du Champ de foire. La prison fut avant la seconde guerre mondiale, connue dans l’histoire de la ville par la grande manifestation ouvrière qui le 17 avril 1905 vit 3000 manifestants l’investir pour libérer des camarades ouvriers emprisonnés.
La seconde guerre mondiale aggrava considérablement les conditions d’incarcération, suite à la forte croissance de la population pénale du fait de la mise en place de juridictions d’exceptions et suite aux pénuries provoquées par les exigences du gouvernement allemand. La situation s’aggrava plus encore au cours de l’automne 1943, avec le développement des maquis et par suite la forte croissance des arrestations de résistants. L’arrivée de Joseph Darnand le 1er janvier 1944 à la tête du secrétariat au Maintien de l’Ordre accéléra encore le processus de dégradation de l’administration pénitentiaire : les miliciens investirent les prisons, les incarcérations sans titre légal se multiplièrent. L’institution des cours martiales par la loi du 20 janvier 1944 constitua le point extrême de cette dégradation. Ces cours instituées sous l’autorité du gouvernement de Vichy avaient pour objectif de juger tout individu arrêté « en flagrant délit d’assassinat ou de meurtre, de tentative d’assassinat ou de meurtre, commis au moyen d’armes et d’explosifs, pour favoriser une activité terroriste ». Composée de trois juges anonymes et itinérants, leurs actes étaient expéditifs, les sentences sans appel et les condamnés immédiatement exécutés, par des miliciens mais aussi très souvent par des pelotons de GMR requis. Une circulaire du 15 février précisait que les corps des résistants fusillés devaient être « transportés au cimetière par fourgon sans aucun cortège » puis inhumés dans la fosse commune, ce qui fut le cas à Limoges au cimetière municipal de Louyat. La cour martiale siégeant à Limoges avait autorité sur les trois départements du Limousin, Creuse, Corrèze et Haute-Vienne mais aussi sur la Dordogne et la partie du département de la Charente située à l’est de l’ancienne ligne de démarcation.
L’examen du registre des décès de la ville de Limoges pour l’année 1944, révèle ainsi une série de 9 passages entre le 31 janvier 1944 et le 30 juin 1944, date de la dernière exécution d’un résistant à la prison. Le nombre des fusillés après condamnation de la cour martiale de Vichy s’élèverait ainsi à 26 (sont pris en compte dans le registre, les décès déclarés comme ayant eu lieu au 17 bis Place du Champ de foire, adresse de la maison d’arrêt de Limoges).
Liste des victimes :
31 janvier 1944 : Gaston, Philibert CHATY, Édouard MELCHIOR
11 février 1944 : René, Antoine CHABANIER, Yvan ALEXANDROV
18 mars 1944 : Pierre, Henri, dit Jack COTIER, Marcel, Louis LEGENDRE
4 avril 1944 : Francisco ROBERTO, José FUENTES, Ramon MARCO, René JALLAGEAS
25 avril 1944 : Henri SAUVENT, Georges BOUY, Desiderio ROMERO PLATERO, André DUMAS, Robert SOLAS
6 mai 1944 : Pierre LAUTRETE, Claude ROGATION, François MERIGALET
19 mai 1944 : Lucien DELMONTEIL, Vidal DE JUANA BADALZO alias Miguel LOPEZ
23 juin 1944 : Victor RENAUD, Roger GERBAUD, André BEGUIN, Louis Jean ELIOT, Marcel DESPOIX
30 juin 1944 : Jean, Alcide JOURDAN.
Une stèle sur le mur de la prison rappelle la mémoire des fusillés de la maison d’arrêt.
Sources

SOURCES : Mairie de Limoges, registre des décès 1944 — Virginie Sansico France, 1944 : maintien de l’ordre et exception judiciaire. Les cours martiales du régime de Vichy Politique, culture, société, N°3, novembre – décembre 2007 — Christian Carlier Histoire des prisons et de l’administration pénitentiaire française de l’Ancien Régime à nos jours Criminocorpus Varia 2009.

Michel Thébault

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