Le village de Kermassonette situé sur le territoire de la commune de Kervignac, où cinq civils ont été exécutés sans jugement le 23 août 1944, fait partie des nombreux lieux d’exécutions qui jalonnent le département du Morbihan

La stèle de Kermassonet
« N’oublions pas ceux qui sont morts pour le pays le 23 août 1944 »
« Souvenons-nous »

SOURCE : Photos Husson
La stèle élevée à la mémoire de Pierre Teffaine à Lopriac en Kervignac
« Soldat Pierre Teffaine
71e RI – 3e Bton (Bataillon)
Mort pour la France
le 4 mai 1945
à l’âge de 23 ans »

SOURCE : René Le Guénic, Morbihan-Mémorial de la Résistance
La nouvelle plaque apposée en 2015
Au carrefour de la Maison des associations à l’entrée du bourg
SOURCE : Photos Husson
Au début du mois d’août 1944, devant l’avancée des troupes américaines, appuyées par des bataillons des Forces françaises de l’intérieur et des Francs tireurs et partisans français ( FFI-FTPF), les troupes allemandes livrèrent de rudes combats avant de se replier dans la poche de Lorient. Située sur la ligne de front jusqu’à la reddition allemande du 7 mai 1945, la commune de Kervignac fut pilonnée par l’artillerie ennemie, et le bourg fut entièrement détruit. Soldats allemands et combattants FFI se sont fait face sur le territoire de la commune où se sont déroulées plusieurs escarmouches.

Le village de Kermassonette
Le 23 août 1944, cinq civils furent exécutés dans le village de Kermassonette en Kervignac, où on venait d’abattre un taureau dans la ferme de Marie Portanguen. La tenancière d’un café qui était venue s’y approvisionner en viande fut arrêtée par deux soldats allemands qui exigèrent qu’elle les conduisît à la ferme où ils se firent servir des biftecks. Surgirent deux FFI qui tirèrent une rafale de mitraillette en direction des deux soldats allemands avant de disparaître. Indemnes, les Allemands partirent chercher des renforts et revinrent au village de Kermassonet où ils incendièrent la ferme et arrêtèrent cinq habitants. La fermière Marie Portanguen, Louis Le Ral, chauffeur de taxi à Lorient réfugié à Kermassonnette, Louis Huchon, cousin germain de Marie Portanguen et son épouse Marie Huchon, furent abattus à quelques deux cent mètres du village. Jean Boulard, père de Marie Portanguen, qui était parvenu à s’enfuir fut rattrapé et abattu à son tour d’une rafale de mitraillette. Sans l’intervention du maire de Kervignac, Pierre Laventure, qui réussit à éteindre l’incendie, un bébé aurait été brûlé vif dans la ferme.

En 1948, une stèle a été érigée sur le lieu du massacre.
En 1994, à l’occasion du cinquantenaire, cette stèle qui se délabrait a été remplacée et déplacée d’une dizaines de mètres, au bord de la rue désormais nommée « Rue du 23 août 1944 ». Entourée d’une grille en fer forgée, la nouvelle stèle est constitué d’une croix celtique en pierre, dressée sur un socle où est scellée une plaque de marbre portant une inscription en breton et la liste des massacrés :

« Dalhamb chonj a ré e zou marü aveit er’ vbgro en 23 a viz est 1944
(N’oublions pas ceux qui sont morts pour le pays le 23 août 1944)
- Jean BOULARD, 83 ans
- Louis LE RAL, 63 ans
- Marie PORTANGUEN, 49 ans
- Marie HUCHON, 32 ans
- Louis HUCHON, 40 ans »

Une seconde plaque a été apposée au pied du monument portant l’inscription en français

« Le 23 août 1944 en ce lieu 5 personnes ont été lâchement assassinées par des soldats allemands. Souvenons-nous »

Le village de Lopriac et le carrefour de la Maison des associations
Le 7 mai 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la reddition allemande, deux plaques commémoratives ont été inaugurées à Lopriac en Kervignac et au carrefour de la Maison des associations pour honorer la mémoire de soldats tués au combat sur le territoire de la commune.
Dans le village de Lopriac une plaque scellée sur une stèle de pierre porte les noms d’Yves Le Masson et de Pierre Teffaine, deux soldats tués en 1945. À l’origine, cette stèle honorait la mémoire du seul Pierre Teffaine, tué par un obus allemand le 4 mai 1945 à Lopriac où il était en cantonnement, et portait l’inscription :
« Soldat Pierre Teffaine
71e RI – 3e Bton (Bataillon)
Mort pour la France
le 4 mai 1945
à l’âge de 23 ans »

Un temps disparue à l’occasion du remembrement, cette stèle fut retrouvée en 2014 par la famille, de Pierre Teffaine et réinstallée en 2015 par la municipalité de Kervignac avec une nouvelle plaque associant à la mémoire de Pierre Teffaine, celle d’Yves Le Masson, grièvement blessé à Lopriac et décédé des suites de ses blessures à Kervignac le 13 avril 1945. Tous les deux étaient originaires des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor) et s’étaient engagés dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI) au sein du 9e Bataillon des Côtes-du-Nord, qui constitua après la Libération le 71e Régiment d’infanterie (71e RI) engagé dans le Morbihan sur le front de la Poche de Lorient.
Cette nouvelle plaque porte l’inscription :
« Morts pour la France
- LE MASSON Yves, 13 avril 1945
- TEFFAINE Pierre, 4 mai 1945 »

Au carrefour de la Maison des associations à l’entrée du bourg, où deux résistants ont été tués au combat le 5 décembre 1944 au cours d’un accrochage, une plaque a été apposée sur le mur d’une maison portant l’inscription :

« Morts pour la France
- KERNILIS Philippe, 5 décembre 1944
- LE BON Robert, 5 décembre 1944 »
Sources

SOURCES : " 70e anniversaire de la tragédie de Kermassonnette le 23 août ", Ouest-France, 21 août 2014 — " Kermassonnette, une nouvelle stèle ", Le Télégramme, 24 août 2014 — " Libération de la Poche de Lorient ", Ouest-France, 7 mai 2015 — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Kervignac ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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