La Grand-Croix (12 août 1944)
En 1944, la Grand-Croix (Loire), petite ville industrielle de la vallée du Gier, traversée par la Nationale 88 entre Saint-Étienne (Loire) et Lyon (Rhône), comptait un peu moins de 4000 habitants.

Le vendredi 11 août 1944, dans le quartier de la Bachasse, des clients étaient attablés au café Crépin tout près de la RN 88 ; parmi eux se trouvaient des maquisards Francs-Tireurs et Partisans (FTPF) de la vallée du Gier descendus du Pilat. Vers 19 heures 30, une voiture allemande venant de Lyon et se dirigeant vers Saint-Étienne, fut prise pour cible par ces derniers. Sous les tirs, les trois militaires qui occupaient le véhicule l’abandonnèrent et s’enfuirent à pied, l’un deux fut blessé. Les résistants récupérèrent des documents dans la voiture et décrochèrent.

Le lendemain, le samedi 12 août 1944 vers 16 heures, venant de Saint-Étienne, une quarantaine de soldats allemands et deux civils membres de la Gestapo -dont l’un était probablement Alfred Guggenheim dit Freddy-, arrivèrent à La Grand-Croix dans des voitures et des camionnettes. Les deux civils se rendirent à la mairie, se saisirent de Jean Teyssonneyre, maire de la commune, tandis que les soldats se déployaient en tirant et prenaient 23 otages dans la population civile. Tous les otages furent alignés sur un trottoir près de la gare tandis que l’immeuble Peyre, dont le café Crépin occupait le rez-de-chaussée, était évacué et pillé avant d’être détruit à la dynamite. Jean-Baptiste Dervieux*, ouvrier aux Aciéries de la Péronnière, qui se trouvait à proximité, fut tué et sa femme blessée. Après l’explosion, les Allemands firent descendre d’une des camionnettes cinq jeunes gens ligotés, les conduisirent devant la maison écroulée au 8 du boulevard des Dames, les fusillèrent et abandonnèrent leurs corps sur place. Par la suite, le maire et les autres otages furent libérés non sans avoir été dument molestés tandis que des appartements étaient perquisitionnés et pillés.

Le lundi 14 août 1944 vers 14 heures, les fusillés, dont les corps avaient été transportés par les habitants dans un garage voisin, furent inhumés au cimetière de La Grand-Croix et leurs décès enregistrés à l’Etat-civil avec pour chacun la mention « Inconnu ». Dans les jours qui suivirent, Jean Béal, Jean Ferry, José Garcia, Edmond Poulain et Paul Vinéïs- cinq résistants qui avaient été détenus à la Caserne Desnoëttes à Saint-Étienne - furent identifiés.

Le 28 février 1945, le Tribunal de Saint-Étienne ordonna la rectification de leurs actes de décès et l’apposition pour chacun d’eux et pour Jean-Baptiste Dervieux* de la mention « Mort Pour la France ».

Dans la vallée du Gier, le souvenir de ce massacre perpétré le 12 août 1944, dans les derniers jours de l’occupation - la Loire fut libérée le 20 – reste vivace. Chaque année au mois d’août, une commémoration devant de la stèle située aujourd’hui boulevard des Martyrs rassemble une foule nombreuse.

Liste des victimes :
Jean Béal
Jean Ferry
José Garcia
Edmond Poulain
Paul Vinéïs
Sources

SOURCES : Arch. Dép. du Rhône : Mémorial de l’Oppression, 3808 W 729.— État-Civil de La Grand-Croix.

Michelle Destour

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