Cette stèle est installée à la limite des communes de Magnac-Laval et de Droux, (Haute-Vienne), sur le territoire de la seconde. Elle commémore deux évènements tragiques survenus à cet endroit, alors appelé la Croix du Curé, et à proximité, au cours de l’été de la Libération. Le 8 juillet 1944, des miliciens y massacrèrent 16 personnes arrêtées à Magnac-Laval, Saint-Sulpice-Laurière et La Jonchère (Haute-Vienne). Le 10 août, cinq maquisards de l’Armée secrète (AS) furent tués par les Allemands lors d’un accrochage au lieu-dit La Brousse. Après la guerre, le lieu fut rebaptisé la Croix-des-Martyrs et une stèle y fut érigée sur laquelle sont inscrits les noms des victimes suivis de l’inscription : « En ce lieu les 8 juillet et 10 août 1944 23 Français et Françaises martyrs de la Libération massacrés par les miliciens et les nazis sont morts pour que la France vive. Communes de Magnac-Laval et de Droux. » Une victime des miliciens, restée longtemps inconnue, est maintenant identifiée.

Stèle de la Croix des Martyrs
Crédit : Jean-Marie Gabaud
Stèle de la Croix des Martyrs
Crédit : Jean-Marie Gabaud


Le massacre du 8 juillet
Il doit être replacé dans son contexte, les combats de la Libération dans une atmosphère de guerre civile propice à tous les débordements. A partir du 4 juillet 1944, des FTPF investirent Magnac-Laval (Haute-Vienne) dont la caserne était devenue un hôpital militaire allemand. Le 6, la garnison déposa les armes. Certains soldats, des Soviétiques enrôlés dans la Wehrmacht, rallièrent la Résistance. Les hommes de la 2414e compagnie FTP, - celle-ci, placée sous les ordres des frères Sandlarz, est considérée par l’historien Fabrice Grenard comme un « maquis noir » profitant du désordre pour se livrer à des pillages et des exactions - procédèrent durant ces journées à une épuration extra judiciaire d’une grande brutalité accompagnée de spoliations. Les victimes, douze personnes au total, furent des notables, des hommes et des femmes accusés d’être hostiles à la Résistance.
C’est ainsi que dès le 4, ils arrêtèrent le couple Riffaud, des sabotiers, et M. Tavernier, l’époux d’une interprète de l’hôpital allemand. Ils furent emmenés au bois du Mas-Cornu ou bois des Gorces et abattus.
Le 6 furent arrêtés M. Morel, percepteur, et sa femme, M. Cauvet, receveur des postes, Me Chausserie-Lapree, notaire, M. Weber, négociant, Mme Marsaudon dont l’époux, le docteur Marsaudon, demanda à prendre la place, ce qui fut accepté, M. Chazeaubeneix, industriel, fabricant de meubles, Mme Tavernier, interprète, et enfin Mme Pfaadt, épouse Kornetzky, d’origine alsacienne. Ils furent conduits au bois de la Chevrerie et abattus dans la soirée du 6.
Une riposte fut organisée sur-le-champ par les Allemands et la Milice.
Le 7 juillet 1944, deux miliciens du 2e bureau arrêtèrent deux femmes de gendarmes à Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne), Mme Parisot (née Didelot) et madame Yvonne Martin (née Mourlon), dont les maris étaient passés avec toute leur brigade à la Résistance. Les miliciens les emmenèrent avec Paul Hory, arrêté à La Jonchère le 5 juillet, à Magnac-Laval où d’autres otages furent raflés par les Allemands et les miliciens arrivés en force le 8 à 14h, arrestations opérées sur les informations transmises par des agents français de la Sipo-SD. À 18h, les 21 prisonniers – des juifs, des personnes soupçonnées d’être des résistants ou de les aider - furent emmenés en camion sous la garde des miliciens.
Alors que les otages devaient être conduits à Limoges, 16 otages - 18 selon Xavier Laroudie (op. cit.) - furent abattus en cours de route sur l’ordre du chef milicien Jean Chardenot, ivre. Selon Laroudie, celui-ci fit stopper un camion à la Croix-du-Curé et ordonna d’abattre 3 hommes, puis, deux kilomètres plus loin eut lieu une nouvelle exécution de 12 hommes et de 3 femmes abattues par Chardenot lui-même selon Laroudie ; toutefois, seules deux femmes figurent sur le monument. Il semble, au terme des recherches biographiques, que 16 otages furent exécutés de rafales de mitraillette par Chardenot, et ses Francs-Gardes. Il y eut cinq rescapés. Le milicien Chardenot fut condamné à mort par le tribunal du maintien de l’ordre (cour martiale) de Limoges pour ce massacre. Darnand rejeta son recours en grâce et il fut exécuté à la maison d’arrêt de Limoges le 22 juillet 1944.
Une stèle commémorative fut élevée sur le lieu du massacre, désormais appelé la Croix-des-Martyrs. En juillet 2012, une plaque commémorative fut apposée sur la maison des deux femmes de gendarmes au 61 rue Betoulle à Saint-Sulpice-Laurière.


Victimes des miliciens le 8 juillet 1944
ALBERTY José, 32 ans
CERF Jacques, 19 ans
CHAMEAUX Raymond ou Robert, 21 ans
COURIVAUD Jean-Baptiste, 63 ans
DUTHEIL Léon, 44 ans
HORY Paul, 21 ans
KIEFFER Marcel, Ferdinand, 21 ans
LOEB Adrien, 40 ans
MARTIN Yvonne, née MOURLON, 32 ans
PARISOT Marthe, Marie, Augustine, née DIDELOT, 21 ans
PEROTTE Victor
PIZANO José, 54 ans
POISSON Gaston, 24 ans
ROUSSET Jean, 16 ans
WOLBERG Moische, Israël, 18 ans
Sur la base des recherches récentes, il est possible d’identifier l’inconnu de la stèle : il s’agit très vraisemblablement de BRUN Henri Kléber, 21 ans


SATURNIN Élie, 20 ans mourut à Limoges le 24 juillet 1944. Était-il l’un des cinq otages survivants du massacre de la Croix-du-Curé mais exécuté ultérieurement ?
DAUBY Georges, 21 ans, fut abattu le 10 août à Magnac-Laval.


Pour les cinq résistants morts en action le 10 août 1944 au lieu-dit La Brousse, commune de Droux, voir la monographie
Sources

SOURCES : Xavier Laroudie, Un seul châtiment pour les traîtres, Haute-Vienne 1944, épuration et Libération dans la douleur, La Crèche, Geste éditions, 2016, pp. 56-57, 345-349. — Notes de Bernard Pommaret et Jean-Marie Gabaud. — MémorialGenWeb.

Bernard Pommaret, Dominique Tantin

Version imprimable de cet article Version imprimable