Du 3 avril au 5 avril 1944, Le Lonzac , une commune du canton de Treignac qui comptait 1886 habitants en 1936, paya un lourd tribut à « la folie meurtrière de la division Brehmer ».

Le Limousin fut, très tôt dans la guerre, une terre de résistance. En février 1943, à la suite de la loi sur le Service du travail obligatoire (STO), la Corrèze, comme les départements voisins, vit se constituer de nombreux maquis à l’initiative de l’Armée Secrète (AS) et des Francs-tireurs et partisans (FTP) : groupes disséminés sur les espaces de massifs et de forêts, ils pratiquaient une guérilla dynamique contre les troupes de Vichy et bénéficiaient souvent de la sympathie et de l’hospitalité de la population. De février à avril 1944, le Haut Commandement allemand lança en France quatre grandes opérations militaires contre la Résistance. L’une d’entre elles allait s’étendre aux départements de la Dordogne, de la Corrèze et de la Haute-Vienne, les objectifs étant d’anéantir la Résistance et de démoraliser la population civile, de récupérer la main-d’œuvre réfractaire et de persécuter les Juifs. Dirigée Walter Brehmer, d’où son nom de « Division Brehmer », elle sévit durant trois semaines semant la mort et la désolation.

Quand il fut chargé de cette mission spéciale, Brehmer était général adjoint à la 325ème division de sécurité de la région parisienne (Gross Paris). La troupe hétéroclite qu’il allait commander comptait près de 8000 hommes issus de diverses unités allemandes spécialisées : deux régiments de sécurité, deux bataillons motorisés dont le 958ème bataillon de DCA, une compagnie de Felgendarmerie, des éléments du 95ème régiment de sécurité basé à Périgueux, une centaine d’hommes dirigés par le capitaine de SS Kurt Holler (détaché du SD de Lyon, il était chargé des liaisons avec Auguste Meïer du SD de Limoges), un bataillon d’infanterie de Géorgiens en garnison à Périgueux puis à Tulle. Des membres de la phalange nord-africaine de la Gestapo parisienne, rompus aux techniques de recherches de renseignements et d’obtention des aveux, participèrent à la rafle des juifs et à la traque des résistants.

Le 1er avril 1944, après avoir sévi en Dordogne, la division Brehmer entra en Corrèze. Après un accrochage avec des maquisards FTP du détachement « Camille Maumey* », sur la nationale 89, entre Brive et Tulle, les forces allemandes investirent Tulle où ils exigèrent du préfet Trouillé la localisation des maquis. Or, si la présence des résistants était avérée, leur mobilité ne l’était pas moins : les opérations de ratissage commencèrent le 2 avril, l’une en direction d’Argentat, l’autre en direction de Treignac.

Le 3 avril 1944 vers 10 heures, une colonne blindée allemande traversa Le Lonzac. A 14 heures, six camions revenant de Treignac s’arrêtèrent sur le champ de foire et leurs occupants se dirigèrent vers le château de la Guéronnière. Le propriétaire, Lusigny De La Gueronnière, s’apprêtait à déjeuner en compagnie de sa sœur et de quatre responsables de maquis FTP : Paul Estève, dit « Raoul », Louis Faye dit « Azaïs », Pierre Mathevet* dit « Maurice » et Bernard Ballin, dit « Professeur ». Apercevant les allemands dans le parc, les maquisards tentèrent de s’enfuir dans des directions opposées. Paul Estève et Louis Faye parvinrent à s’échapper ; Paul Mathevet et Bernard Ballin, blessés et refusant de parler furent achevés par balles. Lusigny De La Gueronnière fut sauvagement frappé et exécuté sur le champ, le domaine familial, y compris la ferme annexe, fut entièrement incendié. Les allemands regagnèrent Treignac entraînant avec eux Madame Jean De La Gueronnière, Monsieur Miginiac, fermier du château, Jean Demichel, maire du Lonzac et Antoine Arpaillanges, secrétaire de mairie.

Le 4 avril 1944, les corps de Jean Demichel et d’Antoine Arpaillanges étaient retrouvés dans la carrière de la Veyrerie sur la commune de Treignac.

Le 5 avril 1944, les hommes de la division Brehmer apparemment bien informés, revinrent au Lonzac dans des camions et des voitures blindées. Ils entrèrent d’abord à l’hôtel Geneste dont les propriétaires étaient absents et se saisirent de la belle-fille et de son enfant de 5 ans qu’ils emmenèrent à la mairie ; la maison fut pillée et détruite à coup de grenades et la grange et l’écurie incendiées. Dans le même temps, la maison de Madame Chauzat fut incendiée et le feu gagna les habitations voisines. Les allemands s’attaquèrent ensuite aux buralistes Monsieur Dupuy et Madame Leygnac : leurs immeubles et ceux de leurs voisins furent la proie des flammes. Les mêmes opérations de destruction et de brutalités se répétèrent aux hôtels Dezanis, Cerezat, Bardagot. En tout cinq hôtels, deux bureaux de tabac, une boulangerie- furent fouillés, pillés, saccagés : onze maisons et cinq granges furent incendiées, leurs occupants molestés et une trentaine de personnes furent prises en otages et conduites à la mairie pour un interrogatoire musclé. Roger Cerezat, fils de Gabriel, dut malgré lui servir de guide mais à l’approche du moulin de Rome, il fut abattu et le meunier Jean Boissy fut pris en otage. Jean Marsaleix, le facteur du village qui traversait la place du Foirail, fut arrêté à son tour. Vers 16 heures, un camion dans lequel avaient pris place dix otages quitta le bourg pour revenir vide une demi-heure plus tard.

En fin d’après-midi, quand les allemands quittèrent Le Lonzac emmenant avec eux onze personnes : Mesdames Bardagot, Cerezat, Chauzat, Dezanis, Grisoti et Leygnac, Madame Desors et sa fille Huguette, Messieurs Bourdarias, Dupuy et Mazouffre ; transférées à la prison de Limoges, elles furent libérées un mois plus tard.

Le 6 avril, les corps de Pierre Bardagot, Jean Boissy, Gabriel Cerezat, Antoine Dehors, Antoine Dezanis, Jean Durousseau, Jean-Paul Fauger, Jean Marsaleix, Salomon Muller, Pierre Taesch, furent retrouvés au Bois de Chassagnac, en bordure de la RD 26 en direction de Madranges.

La division Brehmer qui laissa derrière elle une population « en proie à une terreur indescriptible et à une horreur sans nom » sévit dans la région jusqu’au 19 avril 1944. Elle se rendit coupables de centaines d’exécutions sommaires, de viols, d’incendies, de pillages. La rafle des juifs fut particulièrement meurtrière, les hommes étant souvent fusillés, les femmes et les enfants déportés vers les camps d’extermination.

Le Lonzac, village martyr, a inauguré en avril 2016 un Chemin de Mémoire sous l’égide du Ministère de la Défense. Au Monument aux Morts, figurent les 32 victimes de la Deuxième Guerre Mondiale de la commune ; quatre stèles sur les lieux des massacres commémorent les victimes d’avril 1944 dont deux places et quatorze rues portant le nom.

Stèle de la Guéronnière avec les noms de : Ballin Bernard, De la Gueronnière Lusigny, Mathevet Paul.

Stèle de la Veyrerie (commune de Treignac) : Demichel Jean, Arpaillanges Antoine.

Stèle du Moulin de Rome : Cerezat Roger

Stèle du Bois de Chassagnac : Pierre Bardagot, Jean Boissy, Gabriel Cerezat, Antoine Deshors, Antoine Dezanis, Jean Durousseau, Jean-Paul Fauger, Jean Marsaleix, Salomon Muller, Pierre Taescht

Liste des victimes :
ARPAILLANGES Paul
BALLIN Bernard
BARDAGOT Pierre
BOISSY Jean-Baptiste
CEREZAT Gabriel
CEREZAT Roger
DE LA GUERONNIERE Lusigny
DEMICHEL Jean
DESHORS Antoine
DEZANIS Antoine
DUROUSSEAU Jean
FAUGER Jean-Paul
MARSALEIX Jean
MATHEVET Paul
MULLER Salomon
TAESCH Pierre
Sources

SOURCES : Arch. Dép de la Corrèze : recensement de la population.— Paul Mons, Afin que nul n’oublie la folie meurtrière de la division Brehmer, mars-avril 1944, Editions Les Monédières.— Site : cheminsdememoire.gouv.fr/de/chemin-de-memoire-du-lonzac-correze-19.

Jean-Louis Ponnavoy

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