Né le 25 mars 1909 à Lamporecchio (Toscane, Italie), exécuté le 28 février 1944 à Izon-la-Bruisse (Drôme) ; ouvrier ; militant syndicaliste CGT et PCF à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; résistant maquisard du maquis Ventoux (Vaucluse et Drôme).

Bruno Razzoli
collection familiale
Bruno Razzoli, fils de Albert Razzoli et de son épouse, Camille Santina, était né de parents italiens, qui, comme beaucoup de transalpins poussés par de dures conditions de vie, émigrèrent en France avant la Première Guerre mondiale. Arrivée à Marseille en 1910, la famille s’installa dans le quartier populaire de Mourepiane (XVIe arr.), impasse Tronc, où elle éleva ses nombreux enfants.
Naturalisé par décret du 26 novembre 1930, Bruno Razzoli effectua son service militaire, du 20 octobre 1930 au 15 octobre 1931 au 18e Bataillon de chasseurs alpins, 1ère compagnie, à Grasse (Alpes-Maritimes). Il travailla ensuite comme journalier dans plusieurs entreprises de Marseille : pendant près de trois ans à la Société générale des tuileries, du 23 juin 1931 au 17 février 1934, puis, pour de plus courtes durées, aux Grands travaux hydrauliques de Marseille (du 1er juin 1934 au 20 juillet 1934), au Modern bureau imprimerie (du 3 septembre 1934 au 31 janvier 1935), à l’Huilerie Maurel et Prom et Maurel frères (de février à mai 1935) et à la Société provençale de construction navale (du 4 au 20 juin 1935).
Bruno Razzoli se maria en 1935 avec Suzanne Marguerite Marie Monteau dont il eut une fille, Mireille Marie-Anne, l’année suivante. Le jeune couple habita dans le XVIe arrondissement de Marseille, montée des Iris, puis 29, chemin de la Nerthe. Bruno Razzoli était apprécié dans le quartier où il vivait depuis son enfance. Il y participa à l’équipe de football, à diverses manifestations festives et sportives et fut président de l’Étoile estaquéenne. Sa popularité bénéficia à son militantisme politique au sein des Jeunesses et du Parti communiste qu’il avait rejoint en 1934.
Membre du « rayon » (section) du Bassin-de-Séon (XVIe arr.), il contribua, le vendredi 31 août 1934, à la création du comité de Front unique socialistes-communistes de ce quartier. Lors de la campagne des élections cantonales de 1934 et municipales de 1935, il prit la parole dans de nombreuses réunions publiques organisées par le PCF dans le Bassin-de-Séon, à l’Estaque, Saint-Henri, La Calade, Saint-Antoine, La Pelouque. Ainsi, le lundi de Pâques, 22 avril 1935, devant deux cents personnes réunies à Saint-Antoine, aux côtés du candidat Jean Labro et de François Billoux, tête de la liste du Bloc ouvrier et paysan (PCF), il attira l’attention sur le danger de guerre et le fascisme menaçant. Le 14 juillet 1935, il intervint, pour le Parti communiste, au meeting antifasciste unitaire organisé, à Saint-Henri, pendant une « suspension » programmée du bal populaire. En 1936, il milita en faveur de la candidature de Jean Cristofol aux élections législatives, dans la 2e circonscription de Marseille, et, après la victoire de ce dernier, en mai, participa activement à la création d’un comité de Front populaire à Saint-Henri.
Bruno Razzoli était également un militant actif de la CGT, qui, après la réunification de 1936, vit affluer un grand nombre d’adhérents. Des responsabilités lui furent rapidement confiées. Il devint permanent du syndicat des produits chimiques et, à l’automne 1937, délégué pour la région méditerranéenne de la Fédération des industries chimiques. Il dénonça, à ce titre, dans Rouge-Midi, journal régional du Parti communiste, le 21 décembre 1937, « l’offensive patronale » des employeurs de la chimie lors de la renégociation des conventions collectives. Il présenta, le 29 janvier 1938, le rapport d’activité au 2e congrès du syndicat des produits chimiques de Marseille et se félicita, à cette occasion, de la croissance des effectifs du syndicat et protesta, de nouveau, contre les exigences patronales. Son rapport fut adopté à l’unanimité et il fut élu secrétaire général du syndicat. Il participa également, le 27 février 1938, au congrès de l’Union locale (UL) CGT de Marseille.
À partir de l’été 1936, pendant la guerre d’Espagne, comme beaucoup de responsables de la CGT et du PCF, il s’investit dans l’aide aux républicains espagnols. Il intervint sur ce thème dans de multiples réunions de comités de soutien dans le Bassin-de-Séon ou dans des meetings de salariés des industries chimiques. Il effectua plusieurs missions en Espagne où il accompagna, entre autres, le camion affrété par le syndicat des produits chimiques, parti de Marseille le 31 mai 1937. Le député communiste Jean Cristofol garda longtemps le souvenir d’un voyage aérien mouvementé entre Tarragone (Espagne) et Marseille pendant lequel Bruno Razzoli fit preuve du plus grand sang-froid.
En 1938, Bruno Razzoli joua, en tant que secrétaire du syndicat de la chimie, un rôle de premier plan dans la grève qui, du 3 mars au 11 avril, toucha les entreprises de produits chimiques du département, occupées par les salariés. Il présida le meeting de soutien au mouvement organisé, le 18 mars 1938, par l’Union départementale CGT et participa aux négociations avec le patronat de la chimie au ministère du Travail à Paris. Dans un climat social particulièrement tendu, Bruno Razzoli fut dénoncé, par des tracts anonymes, comme meneur « étranger », ce qui suscita l’indignation de ses camarades. Pendant et après la grève, dans plusieurs articles parus dans Rouge-Midi, il stigmatisa l’attitude intransigeante du patronat de la chimie et défendit les revendications des salariés en matière d’échelle mobile et de revalorisation des salaires. Quelques jours après la fin du conflit à Marseille, celui-ci fut largement évoqué au congrès de la fédération des industries chimiques, tenu à Issy-les-Moulinaux du 14 au 16 avril 1938, où Bruno Razzoli participa à la commission des statuts et proposa de voter le rapport moral par acclamations. L’année suivante, il fut reconduit dans ses responsabilités lors du congrès du syndicat des produits chimiques de Marseille des 22 et 23 avril 1939. Il s’éleva, à cette occasion, contre le refus des patrons de réintégrer les ouvriers congédiés à la suite des grèves et, quelques jours plus tard, protesta de nouveau, dans Rouge-Midi du 28 avril 1939, contre les licenciements massifs qui frappaient les entreprises chimiques.
Membre du comité régional du PCF, Bruno Razzoli participa au IXe congrès du PCF réuni en Arles, du 25 au 29 décembre 1937. Le 13 février 1939, il fit partie de la délégation qui accueillit à Marseille Maurice Thorez de retour d’une tournée en Algérie.
Après le décret de dissolution des organisations communistes du 26 septembre 1939, Bruno Razzoli chercha du travail, s’inscrivit, le 4 octobre 1939, à l’office départemental de placement gratuit des Bouches-du-Rhône et s’embaucha à la Société rochefortaise de produits alimentaires où il travailla du 23 octobre 1939 au 28 novembre 1939. Mobilisé le 29 novembre 1939, il fut affecté dans les Vosges à Remiremont. En dépit de sa mobilisation, Bruno Razzoli demeura très suspect aux yeux de la police. Il apparaît sur une liste de vingt-six « communistes notoires mobilisés » domiciliés à Marseille, établie par la préfecture des Bouches-du-Rhône, le 15 juillet 1940, où était signalée son arrestation en mai 1940. Le courrier joint demandait la date de démobilisation de « ces individus », de manière à prendre à leur égard, « toutes mesures de surveillance utiles ».
Quoiqu’il en soit, Bruno Razzoli, après sa démobilisation, rechercha de nouveau du travail et se réinscrivit à l’office départemental de placement gratuit de Marseille le 30 août 1940. Selon des témoignages, il aurait alors participé aux vendanges dans la région d’Arles, ce qui était aussi, peut-être, un moyen d’échapper à la répression qui le menaçait à Marseille.
Les nouvelles autorités de Vichy renforcèrent tous les dispositifs anticommunistes, largement mâtinés alors de xénophobie. Bruno Razzoli fut déchu de la nationalité française par décret du 1er novembre 1940 et interné par arrêté du 22 novembre 1940. Une nouvelle liste adressée au préfet, le 8 janvier 1941, par le chef des services de la police spéciale, le classa parmi dix-neuf « militants communistes internés devant être considérés comme très dangereux ». Ce courrier était surchargé de la mention manuscrite « pour Algérie », qui laisse supposer que le transfert de ces internés en Afrique du Nord était envisagé. On ne sait pas si Bruno Razzoli fut interné dans le camp de Chibron (près de Signes dans le Var) comme beaucoup de communistes marseillais ou dans un autre centre. Mais il est vraisemblable qu’il se soit évadé de son lieu d’internement en 1941 et soit passé alors dans la clandestinité.
La situation de Bruno Razzoli se compliqua rapidement, du fait de sa mise à l’index par le Parti communiste qui l’accusa, ainsi que d’autres militants chevronnés, de participer à un groupe considéré comme dissident, animé par Joseph Pastor, responsable communiste connu. Bruno Razzoli fut exclu du PCF à l’automne 1941. Une « liste noire du PCF », diffusée en septembre 1942, sur laquelle il figurait d’ailleurs deux fois, le dénonça comme « provocateur très dangereux […] exclu dernièrement ». Elle mettait en garde contre ce militant qui « déchu de la nationalité française et soi-disant recherché fréquente des gars de la police ». La police avait effectivement infiltré des hommes au sein du Parti communiste. Mais il est établi aujourd’hui qu’il ne s’agissait, en aucun cas, de Joseph Pastor et ses amis. Ces derniers, au contraire, n’avaient cessé d’attirer l’attention de la direction « officielle » sur ce problème.
La dénonciation sur liste noire valant condamnation à mort, Bruno Razzoli était sous la menace à la fois de la police de Vichy et de ses anciens camarades. Pour plus de sécurité, il déménagea alors à Salon (Bouches-du-Rhône) avec sa famille, puis, en octobre 1943, rejoignit le maquis Ventoux. Ce maquis de l’Armée secrète était dirigé par Philippe Beyne, D’Artagnan, officier de réserve et ancien percepteur de Sault (Vaucluse), et Maxime Fisher, Anatole, avocat parisien réfugié. Formé, au départ, à partir de jeunes réfractaires qui se dissimulaient dans des fermes, à l’écart des villages du massif, il avait élargi son recrutement à la région, en lien avec les organisations de Résistance. D’après plusieurs témoignages, les compétences de Bruno Razzoli furent rapidement reconnues. Elles lui valurent sa nomination comme lieutenant.
Bruno Razzoli revint quelques fois en mission à Marseille. Il était alors hébergé par son frère Georges qui ne suivit pas l’ordre, donné par le Parti communiste, de rompre tout lien avec lui. Son épouse servit même de boîte aux lettres à Bruno sous son nom de jeune fille Élise Brémond.
Les effectifs du maquis Ventoux augmentèrent rapidement et les maquisards furent répartis en plusieurs camps, qui se déplaçaient en Haute-Provence, en Vaucluse, Drôme et Basses-Alpes, en fonction des besoins et de la répression. Les Allemands, qui occupaient la totalité de la région depuis l’automne 1943, étaient très préoccupés par l’existence de formations armées, capables de les prendre à revers lors d’un débarquement allié. Ils multiplièrent les opérations à leur encontre en utilisant des unités de la 8e compagnie Brandebourg basée à Pont-Saint-Esprit (Gard), spécialisées dans l’infiltration et la répression des maquis. Celles-ci comptaient des légionnaires français, membres pour beaucoup du Parti populaire français (PPF).
L’une des actions les plus importantes des occupants fut menée, en février 1944 contre un regroupement du maquis Ventoux dans la Drôme, autour du petit hameau d’Izon-la-Bruisse, près du village d’Eygalayes et de celui de Séderon où s’était installé l’état-major du maquis. Les maquisards étaient répartis en trois sections sur les hauteurs en amont d’Eygalayes. Le lieutenant Razzoli commandait, avec son adjoint Gabriel Mistral, la première section cantonnée à l’école d’Izon dénommée, de ce fait, École.
Le 21 février 1944, en fin d’après-midi, plusieurs responsables du maquis, dont Philippe Beyne et Bruno Razzoli, étaient réunis à Séderon. Un garagiste de Montbrun (Drôme) les alerta, par téléphone, du passage de voitures allemandes. Bruno Razzoli alla vérifier de visu sur la route de Sisteron, sans rien remarquer d’anormal. Mais, peu de temps après, les troupes allemandes, très bien renseignées, investirent le village. Philippe Beyne, Bruno Razzoli, et deux autres résistants eurent à peine le temps de se hisser dans le grenier du café Moutte où ils se dissimulèrent toute la nuit. Ils parvinrent à s’enfuir au matin et à gagner une ferme amie. Bruno Razzoli voulut alors rejoindre les maquisards de la section École dont il était le chef. Mais il fut intercepté en route par les Allemands qui étaient montés, dès l’aube du 22 février, à l’assaut du maquis. Trente-trois maquisards tombèrent ce jour-là, tués dans le combat ou froidement exécutés, ainsi que le gendarme Jean-Roger Gamonet de la brigade de Séderon. Selon le témoignage de Max Fisher, Bruno Razzoli fut conduit par ses geôliers à Marseille (un rapport de gendarmerie de 1945 évoque Avignon, Vaucluse), puis à l’ancien PC du maquis à La-Rochette-du-Buis (Drôme) et horriblement torturé. Quelques jours plus tard, il fut ramené sur les lieux des combats et abattu. Son corps, criblé de balles, fut retrouvé le 29 février au lieu-dit la Geneste. Il portait une tenue militaire avec une veste en cuir, un pantalon et des bandes molletières mastic.
Bruno Razzoli fut inhumé à Eygalayes, comme « inconnu », aux côtés de ses camarades qui gisaient depuis plusieurs jours dans cette sépulture provisoire. Un jugement du tribunal civil de Nyons du 6 octobre 1945, transcrit sur les registres d’Izon-la-Bruisse le 25 juin 1946, rétablit officiellement son identité. Son corps, exhumé le 22 avril 1945, fut enterré à Marseille dans le cimetière de Saint-Henri. Le Parti communiste avait, à ce moment-là, « réhabilité » Bruno Razzoli et fit connaître sa décision par un communiqué de presse. Le 19 décembre 1967, sa dépouille mortelle fut l’objet d’un nouveau transfert dans le cimetière militaire de Salon.
Bruno Razzoli obtint la mention « Interné résistant » et « Mort pour la France » et fut homologué, de manière posthume, lieutenant FFI. Son nom est gravé sur le mur de la nécropole nationale d’Eygalayes, parmi ceux des maquisards tombés à Izon-la-Bruisse, et sur une plaque récemment apposée sur les lieux où son corps a été retrouvé. Il figure aussi, à Salon, sur les mémoriaux du cimetière Saint-Roch et du Val de Cuech et, à Marseille, sur le monument aux morts du cimetière de Saint-Henri. A Paris, un grand panneau de bois « À nos martyrs », accroché dans les locaux de la Fédération nationale des industries chimiques, au 1er étage du siège de la Confédération générale du travail (CGT) à Montreuil, honore aussi Bruno Razzoli, avec la mention « syndicat de Marseille », au sein d’une liste de 245 noms. Le nom de Bruno Razzoli a été également donné à une rue de Marseille, dans le quartier de Saint- Henri -Mourepiane.
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, dossiers de « Mort pour la France » et « Interné résistant » — Arch. dep. Bouches-du-Rhône, 1 M 761, 76 W 157 — Entretiens avec la fille du résistant, Mireille BoÏ, et son neveu, Jean-Claude Razzoli, documents prêtés par ces derniers — Journal officiel, 7 décembre 1930, 7 novembre 1940 — L’Écho des industries chimiques, n°7, octobre 1937 — Le Midi syndicaliste, 31 janvier et 15 mars 1938 — Rouge-Midi, divers numéros 1935-1939 — L’Humanité, divers numéros 1938 - 1939 — Marcel-Pierre Bernard, « Les communistes dans la Résistance, Marseille et sa région », thèse de doctorat de troisième cycle, Université de Provence, sous la dir. Émile Temime, Aix-en-Provence, 1982. — Jacqueline Cristofol, Batailles pour Marseille, Jean Cristofol, Gaston Defferre, Raymond Aubrac, Paris, Flammarion, 1997. — Claude Arnoux, Maquis Ventoux, Avignon, Aubanel, 1994. — Association pour la mémoire de la Résistance et de la Déportation dans les Hautes-Baronnies, La Tragédie du maquis d’Izon-la-Bruisse, 22 février 1944, Eygalayes, Mémoire Résistance HB, 2013 — Service départemental de l’ONAC-VG, Vaucluse 44. L’année de la liberté retrouvée, Avignon, 2004, p. 16-18. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation, 1940-1944, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950, t. 3, Paris, Syllepse, 2011, p. 157, 184, 566 — État civil.

Robert Mencherini

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