À Champlat-et-Boujacourt (Marne), le monument du maquis de Chantereine se dresse au creux d’un vallon situé à l’écart du bourg, à côté des ruines de la ferme de Chantereine qui a donné son nom à ce maquis. Ce monument, lié à un épisode tragique des combats de la Libération dans la Marne, honore la mémoire de dix jeunes FFI tués au combat.

Le site de la ferme de Chantereine
L’inauguration du monument en août 1947
Le monument restauré en 2016
« Aux héros de la Libération
tombés à Champlat le 28 août 1944
Patrie et Liberté
Maquis de Chantereine »
Stèle de gauche
Stèle de droite
Commémoration du 28 août 2016
Dans la région de Reims, près de Ville-en-Tardenois, un maquis s’était constitué sur le territoire du petit village isolé de Champlat où un agriculteur, Raymond Huiban, accueillait et ravitaillait des réfractaires du Service du travail obligatoire (STO) dès 1942. En mars 1944, ce dernier mit à la disposition de la résistance la ferme de Chantereine où les armes provenant des parachutages effectués sur les terrains voisins furent entreposées avant d’être réparties entre les différents groupes de résistants.

En avril 1944, cette ferme fit l’objet d’une perquisition allemande à un moment où heureusement elle était vide. Le 25 août 1944, la centaine Davoust qui constituait la quatrième centaine formée dans le cadre du plan Paul dans la Marne, et qui était commandée par le lieutenant Pierre Demarchez, s’installa dans la ferme de Chantereine bien que celle-ci fût connue des Allemands qui y avaient déjà perquisitionné. Trente-quatre containers parachutés dans la nuit du 25 au 26 août y furent entreposés. Complètement isolée, à découvert, au fond d’une cuvette entourée de bois, cette ferme constituait, selon le médecin-colonel Pourcines « une véritable souricière ».

Le 26 août au matin, la centaine Davoust fut renforcée par les groupes FFI de Fismes et d’Aougny, commandés respectivement par le gendarme Gaston Raulin et par l’instituteur Jean Lambert. Ce dernier constata avec stupeur, qu’il n’y avait pas de service de garde autour de la ferme, que l’arrivée de son groupe n’avait pas été signalée, et que le plus grand désordre régnait à l’intérieur des bâtiments : matériel antichar resté dans les caisses, notices d’emploi accompagnant les explosifs égarées.
Au cours de la journée du 27 août, arrivèrent individuellement ou en petits groupes des hommes et des femmes souvent très jeunes, venus offrir leurs services. Au cours de l’après-midi, alors que des avions allemands survolaint le site en rase-mottes, plusieurs FFI, les prenant pour des avions américains, sortirent de la ferme pour leur faire des signes d’amitié. Malgré les conseils des habitants de Champlat et du médecin-colonel Pourcines, le chef de la centaine Davoust refusa de donner l’ordre d’évacuer la ferme.

Le 28 août, peu après qu’un avion suspect balançant les ailes ait à nouveau survolé la ferme de Chantereine, celle-ci fut encerclée par plusieurs chars allemands et attaquée par surprise. Cette attaque provoqua la sortie précipitée sans ordre et sans armes de la plupart des occupants de la ferme qui s’enfuirent vers la forêt à travers les champs moissonnés, donc à découvert. Dix d’entre eux ont été tués et le plus jeune, Philippe COUTIEZ, n’avait que 17 ans.

En novembre 1946, s’est constitué un Comité du souvenir du maquis de Chantereine qui prit la décision d’élever un monument sur le site de la ferme de Chantereine. Ce monument, inauguré en août 1947, est constitué de trois blocs de granit.
Sur le bloc central en forme d’obélisque sont gravés le V de la victoire et une Croix de Lorraine au-dessus de l’inscription :
« Aux héros de la Libération tombés à Champlat le 28 août 1944
Patrie et Liberté -
Maquis de Chantereine ».
Sur les blocs latéraux en forme de stèle sont inscrits les noms des dix patriotes tués au combat lors de l’attaque du maquis de Chantereine par des blindés allemands le 28 août 1944, auxquels a été ajouté le nom d’André Beuvelet tué accidentellement au maquis le 26 août 1944.

Sur la stèle de gauche :
- Louis BELLOT
- André BEUVELET
- Roger CHAUVET
- Philippe COUTIEZ(orthographié Coutier par erreur en 1947 )
- Robert GUILLEN (orthographié Guilhen par erreur en 1947 )
- Marcel JAZERON

Sur la stèle de droite
- André LEBEAUX (orthographié Lebeau par erreur en 1947 )
- Georges PATÉ
- Bernard PETITHOMME
- Henri SALMON
- André THOMAS
Le monument qui se dégradait, a été entièrement restauré en 2016, et à cette occasion, les erreurs concernant l’orthographe des noms de Philippe COUTIEZ, Robert GUILLEN et André LEBEAUX ont été corrigées.

Chaque année, le dernier dimanche d’août, une cérémonie commémorative des combats du maquis de Chantereine se déroule devant le monument à l’initiative du Comité du souvenir du maquis de Chantereine.
Sources

SOURCES : Pourcines (Médecin-colonel), Le maquis de Champlat (1942-1944) - Combat de Chantereine (28 août 1944), Reims, Matot-Braine, 1945. — Jean-Pierre et Jocelyne Husson, " La mémoire de la 2e guerre mondiale à Champlat ", in La Résistance dans la Marne, DVDrom, AERI-Fondation de la Résistance et CRDP de Reims, 2013. — Jean-Pierre Husson, " Le monument de la ferme de Chantereine à Champlat ", site Internet Histoire et mémoires des deux guerres mondiales en Champagne.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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