Né le 28 mars 1913 à Paris (XIVe arr.), fusillé le 25 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; communiste ; membre de la commission exécutive du syndicat CGT des casquettiers ; secrétaire des IIIe et IVe arrondissements de la Fédération nationale contre l’antisémitisme ; résistant FTP, responsable militaire de l’Interrégion 31, chef militaire des FTPF de la région parisienne.

Fils de Leib Chapiro, casquettier, et de Maha Wortalski, ménagère, Louis Chapiro alla à l’école primaire et obtint à l’issue de sa scolarité le CEP. Louis Chapiro devint comme son père casquettier de profession et membre de la commission exécutive du syndicat des casquettiers avant guerre. Il était aussi le secrétaire de la section des IIIe et IVe arrondissements de la fédération de la Seine d’une organisation contre l’antisémitisme. Il était marié, père d’un enfant.
Fait prisonnier le 28 mai 1940, il réussit à s’évader d’Allemagne en octobre 1941. Il travailla par la suite à l’intendance militaire de Châteauroux pendant cinq ou six mois et reprit contact avec le Parti communiste. Revenu à Paris en février 1942, il fut contacté après une enquête des cadres. Responsable politique de la région P1, sous le pseudonyme de Cousin, il était en contact avec un dénommé « Berthier », interrégional qui fut arrêté en mai 1942. À la suite de cela, sa chambre boulevard Lefèvre fut perquisitionnée. En juin 1942, il fut nommé commissaire politique des FTP en Seine-et-Marne (région P8) et adopta le pseudonyme de Labadie.
Il participa à l’organisation de la manifestation qui se déroula le 31 mai 1942 rue de Buci à Paris (VIe arr.). Responsable militaire des FTP de Seine-et-Marne, il organisa un campement en forêt de Fontainebleau, près de Moret-sur-Loing, avec des membres des Jeunesses communistes entrés dans l’illégalité. Ce camp servait de base arrière à ces jeunes résistants. Le 11 août 1942 des gendarmes français appuyés par des hommes de la Feldgendarmerie attaquèrent le camp. Arme au poing, Louis Chapiro, riposta ainsi que d’autres jeunes résistants, trois gendarmes furent tués dont deux Français. Jean Pelet, Yvon Rozinœr, Pierre Benoît et Louis Chapiro parvinrent à s’enfuir.
À la suite de cette affaire, il fut nommé commissaire politique en P3 sous le pseudonyme de Pradier. Au début de 1943, il devint responsable du secteur 2 qui regroupait P3 et P4 et, en avril 1943, il organisa un sabotage de la voie ferrée à Nanteuil-le-Haudouin (Oise). Il fut ensuite remis à la base pour des raisons inconnues. Il travaillait alors sur le secteur 2. Il participa à la fin du mois d’avril à un attentat contre un cheminot allemand boulevard d’Ornano à Paris (XVIIIe arr.) pour lui voler son arme.
Le 7 mai 1943, à un attentat contre Pierre Fribourg à Champigny-sur-Marne ; le 20 mai au vol d’une automobile à Charenton-le-Pont ; à une opération de vol de tickets d’alimentation à Arcueil ; en juin 1943 au vol d’un camion à Franconville ; le 8 juin, Henri Mellet un ancien maire adjoint communiste de Vigneux considéré comme un traître fut tué.
Nommé à la tête du groupe spécial au début de l’été 1943, il organisa plusieurs actions. Le 24 juin vers 9 heures à la station de métro Javel, un FTP tira sur Jean Demerval, industriel, touché par deux balles qui perforèrent ses intestins. Il murmura avant de mourir à l’hôpital Boucicaut : « C’est une erreur... » Le 25 juin, une équipe s’emparait de tickets alimentation à la mairie du Perreux.
Le 11 juillet 1943 vers 15 h 30, trois hommes, dont Auguste Eude et Georges Bauce, s’introduisirent dans le deuxième sous-sol du 7 rue Castellane dans le VIIIe arrondissement, où étaient stockées des cartes d’alimentation dans un local de la préfecture de la Seine. L’un menaça le surveillant du lieu de son revolver ; l’homme prit peur et s’enfuit en criant, le FTP tira... ce qui donna l’alerte. Les trois prirent la fuite poursuivis par des locataires, un gardien de la paix et un garde républicain. Auguste Eude et Georges Bauce furent rattrapés et maîtrisés : le premier portait un revolver, le deuxième trois. Quant au troisième, il parvint à s’enfuir.
En août 1943, avec Lucien Angelard, il fut chargé d’organiser un maquis pouvant accueillir six cents réfractaires en Sologne, dans le secteur de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher). Ils allèrent finalement à une vingtaine de kilomètres de là, à Brinon-sur-Sauldre (Cher), où ils prirent contact avec un châtelain patriote qui mit ses bois à leur disposition. Ils y construisirent des abris et tentèrent de recruter des maquisards ; ce fut un échec. De plus Chapiro et Angelard ne disposaient d’aucun matériel permettant d’armer des jeunes réfractaires au STO.
Tous les deux rentrèrent en région parisienne. Il devint, sous le pseudonyme de Lagarde, commissaire aux opérations de l’interrégion 31. Le même mois, il mena une tentative de cambriolage de tickets des mairies de Sèvres-les-Bruyères et Roissy-en-France, attaqua avec d’autres FTP un véhicule allemand à la grenade.
Le 16 novembre 1943, Joseph Epstein dit colonel Gilles fut arrêté à Évry-Petit-Bourg alors qu’il avait rendez-vous avec Missak Manouchian. Louis Chapiro devint chef militaire des FTP de la région parisienne. Le 10 décembre 1943, plusieurs membres des Groupes spéciaux furent interpellés par des inspecteurs des Brigades spéciales.
Louis Chapiro habitait chez une amie 5 avenue du Bel-Air à Paris (XIIe arr.). Il fut arrêté lors de la première réunion de l’état-major militaire de l’inter-région FTP alors en voie de reconstitution, au 37 rue Proudhon (XIIe arr.), le 11 janvier 1944 par des policiers de la BS2. Il tira sur un inspecteur, le blessa mortellement, déchira sa fausse carte d’identité, jeta les morceaux à terre. Les policiers la reconstituèrent ; elle était au nom de Demyd. Raymond Collot qui participait à cette réunion fut également interpellé.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il fut tabassé et torturé par un inspecteur tortionnaire. Incarcéré à Fresnes, livré aux Allemands, Louis Chapiro comparut le 11 avril 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Condamné à mort pour « activités de franc-tireur », il fut passé par les armes le 24 avril 1944 au Mont-Valérien. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Après la Libération une plaque fut apposée au 34 rue des Rosiers (IVe arr.) où il vivait dans la clandestinité : « Ici habitait Louis Chapiro commandant FTPF fusillé par les Allemands au fort du Mont-Valérien. » Le ministère des Anciens Combattants lui accorda la mention « Mort pour la France ».
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Dernières lettres
 
Fresnes, le 25 avril 1944.
Chers père, maman, soeur, frères et beaux-frère, nièces,
Cette courte lettre sera mon adieu, car condamné à mort le 11 avril, le jugement sera exécuté dans quelques heures.
C’est avec courage que j’accepte cette décision du sort qui m’est échue. Je vous demande de tout mon cœur de faire de même,
A toi, ma petite maman, beaucoup de courage, et toi, mon petit père, essayez de me pardonner le mal que je vous fais.
A vous, chers sœur, beau-frère et nièces, de me remplacer auprès de mes vieux parents, et à vous, chers frères Charlot et Bouboule, de vous montrer meilleurs que moi, de manière à donner, en ma mémoire, des bonnes journées de bonheur. Essayez de racheter par des larmes de bonheur, les larmes de douleur que je vous coûte.
Bouboule, sois bon ouvrier sérieux, obéissant, et toi, Charlot, fais de même. Je vous embrasse de toutes mes forces.
Je vous demande de veiller sur ma femme et mon enfant, comme si c’était les vôtres.
Dans les derniers instants qu’il me reste, ma pensée s’enwole vers vous et vous demande pardon des larmes que je vous donne.
A toi, ma chère Gilberte, ma dernière pensée qui me donne le courage dans mes derniers instants.
J’embrasse de tout mon cœur ta chère personne et celle de notre petite . Claude adorée. Je te demande de l’aimer comme si j’étais là. Je penserai souvent à
toi, à petite Claude, ainsi qu’à Henriette et belle-maman, toute la famille, en les embrassant bien. fort.
Je mourrai fidèle a mon idéal et a mon pays, avec la vision de vos chers visages et mon cœur s’envole vers vous.
Je vous embrasse de toutes mes forces en vous demandant le même courage que moi.
J’embrasse ma chère mère, mon cher père, ma chère soeur, ma chère belle-soeur, ma chère belle-maman, cher Henry, chers frères, Charlot et Bouboule et à toi chère Gilberte et petite Claude, le meilleur de moi-même. Mille baisers à tous de toutes mes forces.
Vive la France t Vive mon idéal ! Bon courage.
Chère Henriette, allez voir ma famille..’
Louis Chapiro
 
Fresnes, 25 avril 1944.
Chère Henriette, chère belle-maman,
Quand vous recevrez cette lettre, je serai exécuté, car j’ai été condamné à mort par le Tribunal Militaire le 11 avril, et notification du jugement m’a été donnée aujourd’hui.
Je dois être exécuté aujourd’hui à 15 heures.
Il faut, car c’est aussi à Gilberte, ma petite femme chérie .que j’envoie, cette lettre, que vous la lui donniez après la guerre.
Je mourrai, comme j’ai vécu, fidèle à mon pays et à mon idéal Je vous demande ’à tous d’avoir le même courage que moi pour accepter le sort qui m’est dévolu.
Je mourrai avec limage de ma Gilberte et de ma petite Claude chérie devant les yeux. Je vous demande pardon pour les embêtements que je vous ai donnés.
A toi, ma petite Gilberte chérie, d’élever mon enfant comme je te l’ai souvent demandé, d’avoir, ma chérie, courage et confiance, la vie sur terre nous a séparés, mais ma pensée sera toujours avec toi.
Je te demande, ma chère Gilberte, d’être courageuse comme tu l’as toujours été pour notre petite fille chérie avec qui je mourrai, ayant sa photo dans la main.
Embrasse-la souvent et apprends lui à aimer ses grands-parents, et à toi de veiller sur eux.
Car c’est pour eux que cela sera le plus dur. Il faut leur dire que je leur ordonne de se consoler.
A mes frères, sœur, nièces, beau-frère, de les aimer, de tout leur cœur, de manière que leurs vieux jours soient un peu éclaircis de l’amour que vous allez leur donner et qu’ils aient la force d’oublier la peine que je leur donne, et tous les tracas que je leur ai causés.
En terminant, je. t’embrasse, ma chère Gilberte chérie, de tout mon amour et de toutes mes forces, ainsi que notre famille et ma petite fille.
Louis Chapiro
Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 1748, BA 2117, BS2, 31, KB 18, PCF carton 16, rapports hebdomadaires des Renseignements généraux pendant l’Occupation, 1W 0597. – DAVCC, Caen. – Le Matin, 25 juin 1943. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – Commission intersyndicale juive auprès de la CGT, Combattants de la liberté, Paris, 1948, p. XXXVII-XL. — Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946. — État civil.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

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