Né le 25 mai 1910 à Skala (Pologne), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier fourreur ; communiste ; militant de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) ; résistant FTP-MOI, un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

Salomon Schapira
Les parents de Salomon Schapira étaient des petits commerçants. Salomon Schapira alla au lycée mais ne termina pas ses études et travailla dans une savonnerie. Séduit par le sionisme il partit en Palestine alors sous mandat britannique. Déçu par ce mouvement, il prit contact avec le Parti communiste de Palestine. Il milita, participa à une action le 1er mai 1931, fut arrêté, condamné à deux ans de prison. Libéré en 1933, il fut expulsé vers l’Europe, vécut à Vienne en Autriche, adhéra au Parti communiste autrichien, y milita de 1933 à 1938.
Salomon Schapira vint à Paris, milita dans le groupe de langue autrichien du Parti communiste, puis à la sous-section juive. Il organisa pendant la guerre des groupes syndicaux dans les ateliers de fourrure, devint en février 1943 membre du secrétariat de la commission intersyndicale juive auprès de la CGT. Militant de la Main-d’œuvre immigrée, il organisa après l’invasion du 22 juin 1941 de l’Union soviétique par les troupes nazies des actions de sabotage des machines dans des petits ateliers artisanaux de la fourrure. Ces ateliers d’artisans juifs dont la main-d’œuvre était juive étaient durement touchés par la promulgation du premier statut des Juifs le 3 octobre 1940, puis le second du 2 juin 1941 qui interdisait aux Juifs d’exercer de très nombreuses professions. De fait la population juive était réduite à la misère et à des petits trafics pour tenter de survivre.
De septembre à décembre 1941, les militants communistes étaient à l’initiative de la réduction de la production dans la ganterie. En 1942, l’organisation passa à des actions punitives. Des militants de la sous-section juive menèrent des opérations de sabotage des machines à coudre ; les artisans juifs furent physiquement menacés. En mai 1943 au moment de l’insurrection du ghetto de Varsovie, il organisa des réunions où il appelait à intensifier la lutte contre les nazis.
En juillet 1943, il fut muté au 2e détachement des FTP-MOI, puis dans le 4e chargé du sabotage des voies ferrées. Il participa le 11 octobre 1943 à une tentative de sabotage de la voie ferrée à la Veuve sur la ligne de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) dans la Marne. Dans la nuit du 25 au 26 octobre, Salomon Schapira était dans l’équipe de six combattants qui sabota la voie ferrée sur la ligne Paris-Troyes à Grand-Puits dans l’arrondissement de Mormant en Seine-et-Marne. Selon le communiqué des FTP : « La locomotive et tous les wagons sont détruits » ; ce convoi de marchandises contenait des « aliments nécessaires à l’armée hitlérienne ».
Des inspecteurs de Melun conduits par un commissaire vinrent constater les dégâts ; ils croisèrent Amedeo Usseglio, Léon Goldberg et Salomon Schapira dans Mormant. Ceux-ci semblèrent suspects mais ne furent pas inquiétés. De retour du lieu du sabotage, les policiers interpellèrent les trois combattants. Ils portaient sur eux des armes et dans des sacs les outils ayant servi au sabotage. Salomon Schapira, domicilié 31 rue Bergère à Paris (IXe arr.), portait sur lui des faux papiers au nom de Marcel Natak.
Transféré à la BS2, interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, Willy Schapira fut battu, torturé. Livré aux Allemands, incarcéré à Fresnes, Salomon Schapira comptait parmi les vingt-quatre accusés qui comparurent le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas. La presse collaborationniste dont Le Matin s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian, dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. » Il fut passé par les armes le 21 février 1944 à 15 h 52 au Mont-Valérien avec les vingt-deux autres condamnés à mort. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine.
Le nom de Salomon Schapira figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian au 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne) où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), ainsi que sur la cloche-commémorative du Mont-Valérien.
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Dernières lettres
 
21 février [1944], Fresnes.
Chère petite Henriette,
C’est ma dernière lettre. Après-midi, nous serons exécutés. Pas très agréable, mais c’est la lutte. Naturellement, j’aurais préféré sur le champ de bataille, malheureusement je n’avais pas de chance. Tant pis, il ne faut pas pleurer. Je vous confie mes deux petites. Je meurs tranquillement, car je sais que nous avons beaucoup d’amis, surtout personnellement en vous.
Je regrette de ne pas pouvoir vous voir et vous embrasser avant de mourir. Les derniers trois jours après ma condamnation, j’ai été avec deux jeunes français ensemble et j’ai appris à aimer la France davantage. Quel bon esprit.
Adieu, ma petite, adieu à tous, mes amis, adieu, la belle France.
Je ne peux pas écrire, car j’ai trop froid et mille baisers à vous tous.
Will
 
Fresnes, 21 février 1944.
Mon enfant bien-aimé,
Après quatre mois, je peux écrire une lettre, hélas, triste, car je vais être fusillé.
J’ai eu quatre mois très durs, mais je n’ai pas fléchi, car je sais à quoi j’ai consacré ma vie. Naturellement, Il est douloureux d’abandonner la belle vie. Maintenant, je l’espère, notre enfant si attendu est venu au monde, et ne pourra connaître son papa.
Beaucoup de rêves pour toi, chérie, et pour notre petit chéri.
Elève notre enfant dans le même esprit.
je ne suis pas le seul qui donne sa jeune vie dans cette lutte.
Willi
Sources

SOURCES : Arch. PPo. 77W 2122, BA 2299, PCF carton 15 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste. – DAVCC, Caen, Boîte 5, Liste S 1744-098/44. – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Éd. Denoël, 1986. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Romillat, 1992. – David Diamant, Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Éd. Renouveau, 1984. – David Diamant, Les Juifs dans la résistance française 1940-1944, Le Pavillon, Roger Maria éditeur, 1971. – Gaston Laroche (Boris Matline), On les nommait des étrangers, EFR, 1965. – Commission intersyndicale juive auprès de la CGT, Combattants de la Liberté, Paris, 1948, XLI. — Renseignements fournis par Michel Grojnowski. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 183 Identité judiciaire de Melun 26 octobre 1943

Daniel Grason, Claude Pennetier

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