Né le 9 décembre 1908 à Souk-Arhas (Algérie), exécuté sommairement le 12 juillet 1944 à Plumelec (Morbihan) ; FFL-SAS.

Pierre Marienne
Monument de Kérihuel
« Unis dans la mort pour la même cause »
« Parachutistes »
Monument 1939-1945 de Plumelec
« Qu’à leur tombe la foule vienne et prie »
La sépulture de Pierre Marienne
« Les aspirants de la promotion capitaine Marienne à leur parrain »
Plaque des parachutistes surmontant la sépulture de Pierre Marienne
Sur le mémorial SAS de Plumelec
Mémorial international des SAS à Sennecey-le-Grand
Insigne de la promotion « Capitaine Marienne »
Pierre Marienne était le fils de Paul Auguste Henri Marienne, chef de gare de Guelma (Constantine-Algérie), et de Amélie Marie Panzani. Célibataire, domicilié à Guelma (Constantine-Algérie), il avait été élève du lycée de Bône, puis avait entamé une licence de lettres, interrompue par son engagement volontaire en 1928 dans le 3e Régiment de tirailleurs algériens (3e RTA). Redevenu civil en 1932, il fut scénariste et assistant-réalisateur à Paris.

Pierre Marienne participa à la campagne de France en mai-juin 1940 dans un corps franc du 279e Régiment d’infanterie (279e RI). Nommé aspirant à titre temporaire, il fut blessé devant Baccarat (Meurthe-et-Moselle) et fait prisonnier. Il s’évada d’un camp de prisonniers à Belfort, mais fut repris. En novembre 1940, il parvint à s’évader à nouveau lors de son transfert en Allemagne. Il traversa la France et s’embarqua pour l’Algérie. Passé au Maroc, il y est arr^té, emprisonné pendant deux mois , puis expulsé vers Oran. Il obtint un visa pour le Maroc espagnol, où il fut arrêté par la Police de Franco, emprisonné, puis remis aux aux autorités de Vichy au Maroc qui le mirent au secret. Libéré en novembre 1942 après le débarquement allié en Afrique du Nord, il rallia les Forces françaises libres (FFL) à Londres en février 1943, et intégra les Forces aériennes françaises libres (FAFL) sous le matricule 35 407. Excellent lors des nombreux stages d’entraînements, il fut breveté à Ringway en mai 1943 et promu lieutenant le 1er juin suivant. Il fut affecté au 2e Régiment de chasseurs parachutistes (2e RCP) du commandant Bourgoin, intégré à la brigade Special Air Service britannique sous le nom de 4e SAS, qui fut parachuté en Bretagne à partir du 6 juin 1944. La mission des SAS était de saboter les voies de communication et de rassembler, équiper, former, encadrer les maquis bretons, avec pour objectif d’empêcher ou au moins de retarder le transfert vers le front de Normandie des troupes allemandes stationnées en Bretagne.
Pierre Marienne fut parachuté dans le secteur de Plumelec (Morbihan), à la tête d’un stick de neuf parachutistes au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944. Largués par erreur à deux kilomètres de la zone prévue, à proximité du moulin de La Grée qui servait de poste d’observation aux Allemands, les SAS furent vite repérés. Alors que Pierre Marienne, André Hue, officier britannique du Special operations service (SOE) détaché auprès du 2e RCP, et les autres SAS partaient à la recherche du matériel dispersé lors du parachutage, le caporal Émile Bouétard qui avait reçu pour mission de protéger les trois opérateurs-radios du stick, Jourdan, Etrich et Sauvé, ainsi que leur matériel de transmission, fut attaqué par un important détachement appartenant à une « unité de l’Est » armée par la Wehrmacht. Le caporal Bouétard et les trois radios se battirent jusqu’à épuisement de leurs munitions pour laisser le temps au lieutenant Marienne et à leurs camarades SAS de décrocher. Les opérateurs-radios furent faits prisonniers, tandis qu’Émile Bouétard, blessé à l’épaule et à la cuisse, était achevé d’une rafale de pistolet mitrailleur alors qu’il appelait à l’aide.
Pierre Marienne parvint à rejoindre Saint-Marcel (Morbihan) où il participa à l’organisation de la base Dingson, qui très vite regroupa de nombreux combattants des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Chargé de l’encadrement des jeunes FFI-FTPF inexpérimentés, il se révéla être un extraordinaire entraîneur d’hommes.
Le 18 juin 1944, lors de l’attaque du camp de Saint-Marcel par les forces allemandes, Pierre Marienne fut blessé à la tête. Les combattants FFI et les parachutistes SAS de Saint-Marcel durent se replier et se dispersèrent. Le 19 juin 1944, Pierre Marienne élevé au grade de capitaine et qui avait reçu du commandant Bourgoin le commandement des SAS et d’un groupe de FFI, se tint caché dans les bois de Callac en Plumelec avec environ quatre-vingt hommes qu’il divisa en petits groupes pour tenter d’échapper à la traque impitoyable menée par la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst-Service de sûreté et de de la SS), ainsi que les agents français de la FAT 354 (Front Aufklärung Truppe) et les miliciens du Bezen Perrot
Pierre Marienne installa son PC à la ferme du Pelheu en Plumelec, puis à la ferme du Quénelec entre Guéhenno et Saint-Jean-Brévelay, avant de transférer son groupe dans un lieu jugé plus sûr, à Kérihuel en Plumelec, où il fut conduit le 10 juillet 1944 par un groupe de FFI commandé par le lieutenant Eugène Morizur*. Le 12 juillet 1944 à l’aube, un détachement d’agents du SD et d’agents français de la FAT 354 surprit les SAS et les FFI dans leur sommeil. Dix-huit hommes, contraints de s’allonger sur le sol, furent exécutés sur l’aire de battage de la ferme :
- sept parachutistes SAS : le capitaine Pierre Marienne qui fut tué le premier, le lieutenant François Martin, les sergents Jean Marty et Jacques Mendès-Caldas, Albert Bletterie, Fernand Beaujean et Louis Hanicq ;
- huit combattants FFI : le lieutenant Eugène Morizur,, Henri Denoual, Raymond Garaud, André Gondet, Georges Grignon, Pierre Le Bomin, Emmanuel Le Breton et Henri Louail ;
- trois cultivateurs de Kérihuel : Alexandre Gicquello, son fils Rémy Gicquello, et Fernand Danet, accusés de les avoir hébergés.

Le drame de Kérihuel fut lourd de conséquences. L’agent français Maurice Zeller, qui dirigeait la FAT 354, découvrit près de la tente des officiers SAS des documents, dont le cahier sur lequel Pierre Marienne, peu habitué aux noms bretons et peu sûr de sa mémoire, avait consigné les dépôts d’armes, les noms et adresses de personnes sûres, les caches des groupes de parachutistes. Dans les jours qui suivirent, une répression sauvage s’abattit sur les SAS, les FFI et sur les cultivateurs qui les hébergeaient.
Pierre Marienne fut inhumé dans le cimetière de Plumelec, ainsi que Jacques Mendès-Caldas*, Jean-Marty* et Charles Flament*. Après la guerre, sa sépulture et celle du lieutenant François Martin furent transférées de part et d’autre du monument aux morts 1939-1945 de Plumelec érigé à l’extérieur du cimetière, Pierre Mareinne à gauche du monument, François Martin à droite.

Sur le registre de l’État-civil de Plumelec, l’acte de décès numéro 51 fait mention de la découverte le 13 juillet 1944 au village de Kérihuel, immédiatement au nord de la maison de M. Gicquello, du corps d’un individu de sexe masculin inconnu dont le décès semblait remonter à environ trente-six heures. Par un jugement du tribunal civil de Ploërmel rendu le 5 juillet 1945 et retranscrit en mairie de Plumelec 25 septembre 1945, ce corps a été reconnu comme étant celui de Pierre Marienne.
Pierre Marienne obtint la mention « Mort pour la France » et reçut la Croix de guerre avec deux citations, la Médaille de la Résistance. Compagnon de la Libération par décret du 29 décembre 1944, il a été élevé au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.
La promotion d’avril-juillet 1976 des élèves officiers de réserve du 4e Bataillon de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr a choisi le capitaine Marienne comme parrain.

À Plumelec, le nom de Pierre Marienne est inscrit sur le monument commémoratif de Kérihuel, sur le monument aux morts 1939-1945, et sur le mémorial SAS de la France libre érigé près du moulin de la Grée. Deux communes du Morbihan, Lorient et Plumelec, ont donné le nom du capitaine Marienne à l’une de leurs rues.
Il figure aussi sur le mémorial international des SAS à Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire).
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, AC21P 85923. — Henry Corta, Les Bérets rouges, Amicale des anciens parachutistes SAS, Société nationale des entreprises de presse, 1952. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945 (photo), Joseph Floch imprimeur éditeur à Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux (photo), Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Fanny Pascual, University of New Caledonia, docteur chercheur associé FRE 3016 ESID, Montpellier III, " Dérapages ou conséquences de la guérilla pendant la Seconde Guerre mondiale ? ", in Frédéric Rousseau et Burghart Schmidt (dir.) Les dérapages de la guerre du XVIe siècle à nos jours, actes du colloque tenu du 4 au 6 octobre 2007 à l’Université Paul-Valéry Montpellier III, Hambourg, DOBU, Verlag, 2009 ; communication mise en ligne au format PDF en janvier 2008 sur le site researchgate.net. — Kristian Hamon, Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — Olivier Porteau, Pierre Marienne - L’itinéraire d’un parachutiste de la France libre (1908-1944), mémoire de master 1 sous la direction de Jean Quellien, Université de Caen-Basse-Normandie, 2006. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance (photo), Imprimerie Basse-Bretagne, Quéven, 2013. — Site Internet FFL-SAS (photo). — Site Internet de l’Ordre de la Libération — " L’honneur volé de Jean Pessis parachutiste SAS mort pour la France ", juillet 2017, sur le blog de Kristian Hamon. — Mémorial GenWeb. — Site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — État-civil (acte de décès et jugement du tribunal civil de Ploërmel).

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Version imprimable de cet article Version imprimable