Cinq combattants du maquis de Grandmont – ou Grammont – sur la commune de Saint-Sylvestre furent tués par un détachement de la colonne Ottenbacher dans cette localité de la Haute-Vienne.

Stèle commémorative à Saint-Sylvestre (Haute-Vienne)
Crédit : Dominique Tantin
Au début du mois de juin 1944, un maquis de l’Armée secrète se forma dans les Monts d’Ambazac, au nord de Limoges, à l’initiative notamment de René Olivier et d’Henri Lamarque. Selon le témoignage du colonel Lucien Faure, alias Huart, le maquis regroupait environ 500 combattants répartis en quatre camps (des Sauvages, de Brugère, de Saignedresse et Châtain Vieux) auxquels s’ajoutait une compagnie de légaux de 120 personnes. « Nous avons eu quelques parachutages, ajoute Lucien Faure, ce qui nous a permis de ravitailler les hommes en armes. Tous les camps environnants étaient ralliés par le téléphone. »
Le maquis occupait une position stratégique entre la RN 20 Limoges – Paris à l’ouest et la N 714 Limoges – Guéret à l’est et constituait par conséquent une menace sérieuse avec les autres maquis sur les communications allemandes. Lucien Faure : « Chaque jour nous avions des accrochages soit avec les miliciens soit avec les Allemands. »
Pour sécuriser leurs arrières, depuis le printemps, les Allemands soutenus par les forces de Vichy, Milice et GMR, menèrent de grandes opérations de ratissage et de destruction des maquis de la Haute-Vienne, accompagnées de représailles et d’actions visant à terroriser la population, notamment lors du passage de la SS Panzerdivision Das Reich remontant vers la Normandie du 9 au 12 juin, mais aussi en employant des formations dédiées à l’action anti maquis, la Division Brehmer en mars-avril, la Brigade Jesser en juillet, et la colonne Ottenbacher – du nom du général qui la commandait - en juillet-août. C’est cette dernière qui ratissa le nord-ouest de la Haute-Vienne et qui tenta, au début du mois d’août, de réduire le maquis de Grammont.
Elle comprenait le 719ème bataillon du 15ème régiment de grenadiers de réserve venant de Clermont-Ferrand et deux compagnies du 19ème régiment de police SS en garnison à Limoges aidés de miliciens. Elle relevait du LXVIe corps de réserve affecté depuis le 8 juin 1944 au MBF et combinait l’action de forces de police et d’unités de la Wehrmacht. « L’enquête sur l’action Ottenbacher l’a prouvé, le SD et les formations, unités militaires, unités de la police, SS et unités arméniennes travaillèrent en parfaite harmonie » (Gaël Eismann, Hôtel Majestic, p. 444) en mettant en œuvre une répression et des représailles impitoyables conformément aux directives reçues depuis le printemps.
Le 3 août, tôt le matin, les Allemands occupèrent le bourg de Saint-Sylvestre. Le commandant René Olivier décida de partir en reconnaissance dans une traction avant Citroën avec quatre hommes, le capitaine Paul Simon, l’adjudant Jean Lamarque et deux autres FFI, Georges Lemoine et Henri Laplagne. À quelques centaines de mètres du bourg, les cinq hommes tombèrent sous le feu des mitrailleuses allemandes.
Une stèle fut élevée à leur mémoire au carrefour de Fanay. Elle porte aussi les noms de trois autres victimes de la colonne Ottenbacher dans les environs ; des résistants Jean Duditlieu et Garbarovitch ou Garborowicz et un civil André Bourbonnaud.
Il faudrait ajouter d’autres noms au bilan des combats et des représailles du début août 1944 dans les communes des alentours, notamment celui d’Alfred Schneider, un réfugié alsacien abattu à Saint-Léger-la-Montagne le 4 août, les Allemands brûlant la maison des religieuses de Sauvagnac. Le même jour, les habitants d’Ambazac furent rassemblés sur la place par un détachement à la recherche d’armes et de résistants ; la population dut craindre le pire, mais les soldats quittèrent le bourg pour continuer les opérations de ratissage.
Lorsque le 10 août, la colonne Ottenbacher s’éloigna vers Guéret, elle était responsable, avec les SS du régiment de sécurité de Limoges, les GMR et la Milice, d’au moins une soixantaine de victimes dans le nord-ouest de la Haute-Vienne.
Les maquisards de Grammont ont été immortalisés par le photographe Israëlis Bidermanas, dit Izis, réfugié à Ambazac sous l’Occupation, engagé dans la Résistance, et à qui l’on doit les portraits de « Ceux de Grammont » photographiés à Limoges à la Libération. On peut visiter à Ambazac l’Espace Izis.
Sources

SOURCES : Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la Résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Martens, (dir.), Occupation et répression militaire allemande, 1939-1945, la politique de maintien de l’ordre en Europe occupée, Paris, Éditions Autrement-Institut historique allemand, 2007, p. 169-185. — Gaël Eismann, Hôtel Majestic, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Paris, Tallandier, 2010, p. 444.— Témoignage du colonel Huart (Lucien Faure) concernant le maquis de Grandmont, document communiqué par Bernard Pommaret. — Le Populaire du Centre.

Dominique Tantin

Version imprimable de cet article Version imprimable