Trente et une personnes, des résistants (dont deux femmes) et deux collaborationnistes, ont été détenues et torturées au fort Vauban d’Alès (Gard) par des Waffen SS [Français de la 8e compagnie du 3e régiment de la Waffen SS Brandenburg] et des Miliciens. Exécutés d’une balle dans la nuque, leurs cadavres furent précipités dans la puits de la mine de lignite désaffectée de Célas (commune de Servas, Gard)

Servas (Gard), le puits de Célas, le mémorial construit sous le chevalet de la mine de lignite
Cliché : André Balent, 7 novembre 2017
Mémorial du puits de Célas, Servas (Gard), à l’intérieur, la plaque avec le nom de 29 victimes, la fresque murale
Cliché : André Balent, 7 novembre 2017
Mémorial du puits de Célas, Servas (Gard), plaque avec les noms de 29 victimes
Cliché : André Balent, 7 novembre 2017
Mémorial du puits de Célas, Servas (Gard), plaque commémorative
Cliché : André Balent, 7 novembre 2017
Mémorial du puits de Célas, Servas (Gard), vers de Paul Éluard
Cliché : André Balent, 7 novembre 2017
L’action répressive des Waffen SS à Alès (mai-juillet 1944) :
Depuis le début du mois de mai, un contingent de la Waffen SS dite "Compagnie de Brandebourg" (baptisé par les résistants "la sinistre bande à Harry") remplacé par une autre unité dite "les Marseillais" ou "Carbone" (du nom de leurs chefs Sabiani et Carbone, réputés dans le "milieu" marseillais) terrorisa la région. À noter que les Waffen SS de la division Brandenburg sévirent aussi à la citadelle de Pont-Saint-Esprit, dans le Gard rhodanien.
À partir du 9 mai 1944, ce ne fut que multiplication des contrôles d’identité dans les rues, à la sortie des cinémas, à l’arrivée et au départ des trains ou des cars ; les arrestations, enlèvements, perquisitions suite à des bavardages ou à des dénonciations. Les victimes étaient alors torturées au Fort Vauban dont la garde était assurée par Horning, commandant de la place d’Alès et qui siègeait à la Kommandantur sise à l’ Hôtel du Nord. De son côté, Harry s’était installé à l’Hôtel du Luxembourg avec les Waffen SS et ensuite avec l’équipe dite "des Marseillais". Quant aux miliciens, ils occupaient le Grand Hôtel où le troisième étage fut transformé en salles d’interrogatoires et de tortures, les victimes étaient remises ensuite aux Waffen du Fort Vauban. Certains d’entre (trente-et-un) furent précipités dans le puits de la mine désaffectée de Célas à Servas après avoir été exécutés sommairement. Voir aussi Saint-Hilaire-de-Brethmas, Charnier (juillet 1944)
Le charnier, sa découverte, les exécutions :
Le sous-préfet d’Alès, Laurent Spadale, apprit le 12 septembre 1944 par le service de renseignement des Forces françaises de l’intérieur et des Francs-Tireurs et Partisans français (FFI-FTPF), dit service B, l’existence probable d’un charnier sur la commune de Servas. Les services du commissariat de police ouvrirent naturellement une enquête et recueillirent divers témoignages dont ceux de familles riveraines du puits désaffecté (ancienne mine de lignite) mesdames et messieurs Mounier et Chaudanson, du maire de Servas et de quelques autres. Il en résulta que les 9 et 10 juin, puis à nouveau le 27, les 11 et 12 juillet des bruits de fusillade ont retenti. Certains ont pu observer le 10 juin de la fenêtre de leur habitation, la venue d’une camionnette d’où deux hommes ont été extraits, abattus et jetés dans le puits. Compte tenu du remue-ménage observé dans le secteur depuis le 9 juin, il était vraisemblable que bien d’autres corps y avaient été précipités.
Le problème était de savoir comment remonter les corps, puisque le puits étant désaffecté depuis longtemps, la machinerie était hors d’usage. On décida d’utiliser un treuil à main muni d’une benne et de faire appel à un spéléologue renommé de Marseille, Robert de Joly. Des miliciens, arrêtés et enfermés à leur tour au Fort Vauban, en furent extraits pour servir de main-d’oeuvre.
Le lieutenant Soustelle "Ulysse"(il signa un article dans le n°5 (25 septembre 1944) du Volontaire, organe des FTPF du Gard et de la Lozère) qui accompagnait le spéléologue raconta sa descente dans le puits :
"La descente commence lentement. Une ambiance d’anxiété nous environne. Partout c’est le grand silence. Un froid glacial nous saisit peu à peu. L’humidité suinte des parois maculées de sang...Vers le centième mètre, une saisissante odeur de cadavres en décomposition nous suffoque... Cent vingt mètres, la benne stoppe... Là, une quinzaine de corps flottent, presque nus. Ils sont affreusement mutilés..."
Plusieurs médecins, les docteurs Bataille (responsable Santé des FTPF), Champetier (médecin des FFI de la place d’Alès), Mosnier, Mademoiselle Caulet, infirmière, procédèrent ou tentèrent de procéder à l’identification de la trentaine de corps déchiquetés, disloqués par la chute, gonflés par leur séjour dans l’eau...
Le docteur Louis Champetier (arrêté en juin par les miliciens), pour la commémoration du 30e anniversaire, rapporta dans le journal La Marseillaise, l’épreuve supplémentaire qu’a constitué, pour lui, les exhumations et la reconnaissance des corps :
"J’ai vu partir de ma cellule au petit matin ceux que l’on devait assassiner à Célas. Après la Libération, avec le sous-préfet nous avons décidé d’exhumer les cadavres du puits de Célas... Les corps ont été remontés l’un après l’autre à l’aide d’un monte-charge. On voyait arriver ces cadavres absolument méconnaissables, atrocement mutilés, le crâne éclaté, gonflé par l’eau, sali par la boue...Nous nous efforcions de les identifier, en procédant à la mensuration du tibia, par les vêtements ou par les prothèses dentaires. Nous avions réquisitionné la devanture d’un pâtissier collaborateur, rue Edgar Quinet, pour exposer des vêtements afin que le public nous aide à l’identification des victimes".
Au total, 31 cadavres ont été retirés : 29 résistants et deux miliciens particulièrement odieux (Reynaud dit "Bretelle" et Lagier dit "Spada " qui avaient pourtant aidé les Allemands dans leur répression).
Le commando des Waffen SS a été transféré à Grasse (Alpes-Maritimes) le 16 juillet 1944.
Les trente et une victimes (exécutées en 1944) :
BAYLE Paul-Louis "Petit Louis", arrêté le 11 mai, exécuté le 26 juin
BELNOT Lucien arrêté en mai, exécuté le 9 juin
BERTRAND Eugène, arrêté le 3 juillet 1944, exécuté le 11 juillet (?)
CABANEL André arrêté le 5 juillet, exécuté le 10 ou 11 mai
CASTELLARNAU Pierre arrêté le 5 juillet, exécuté le 12 mai
CRÉGUT Aimé arrêté le 5 ou 6 juillet, exécuté le 12 mai
GERVAIS Étienne "St-Etienne"ou "Franck Travier" arrêté le 15 juin, exécuté le 26 juin
GUIRAUD Gabriel, arrêté le 5 juillet , exécuté le 11 juillet
JALABERT Lucien arrêté le 2 juin, exécuté le 10 juin
JALLATE Jean "Toubib" arrêté début juillet, exécuté le 12 juillet
JUCHS Gilbert arrêté le 5 juillet, exécuté le 12 juillet
LAGIER, dit « Spada »
LANOT Henri arrêté le 5 juillet, exécuté le 10 ou 11 juillet
MANDRAN "Le Gaulois" arrêté début juillet, exécuté le 12 juillet
NOUVEL Gustave arrêté le 1er juin, exécuté le 9 juin
OST Lisa arrêtée le 6 juin, exécutée le 26 juin
PANTEL Marcel arrêté le 5 juillet, exécuté le 12 juillet
PASCAL Roger arrêté le 3 juillet, exécuté le 12 juillet
PASQUIER Sully arrêté le 5 juillet, exécuté le 12 juillet
PILLON Robert "Brice" arrêté le 3 juillet, exécuté le 10 ou 11 juillet
PORTAL Joseph arrêté le 5 juillet, exécuté le 10 ou 11 juillet
RAHMEL-ROBENS Hedwige arrêtée le 6 juin, exécutée le 26 juin
RAMIER Barthélémy "Eugène" arrêté le 3 juillet 1944, exécuté le 12 juillet
RAYNAUD dit « Bretelle »
RASCALON Marius arrêté le 5 juillet, exécuté le 10 ou 11 juillet
SIRVINS Alexandre, Roger dit "Toto" arrêté le 7 mai, exécuté le 12 mai
SUJOL Georges arrêté avant le 3 juillet, exécuté le 10 ou 11 juillet
VALMALLE Emile arrêté le 15 juin, exécuté le 10 ou 11 juillet
ZERBINI Hugues arrêté le 5 juillet, exécuté le 12 juillet
ZILAI Louis arrêté le 1er juillet, exécuté le 10 juillet
ZURITA Manuel arrêté le 29 mai, exécuté à une date inconnue.
Le lundi 18 septembre 1944, Alès organisa des funérailles solennelles, dans la colère et le recueillement, aux martyrs du Puis de Célas. Selon le compte-rendu du Midi-Libre du 25 septembre 1944, plus de 25 000 personnes y participèrent.
En 1951, une stèle réalisée par le Comité d’Alès du Mouvement de libération nationale (MLN) a été inaugurée par le docteur Georges Salan. Sur l’ancien puits, le CURA (Comité d’union de la Résistance alésienne) a réalisé en 1972, par souscription publique, le "Mémorial des Martyrs du Puits de Célas". Chaque année, dans la seconde quinzaine de septembre, date anniversaire des exhumations, est organisée une cérémonie commémorative.
Sources

SOURCES : La Voix de la Patrie, 4 octobre 1944. — Midi-Libre, 4 octobre 1944, quotidien. — Volontaire, 25 septembre 1944. — AERI, La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — Commission départementale de l’information historique pour la paix gardoise, Les lieux de mémoire de la Deuxième Guerre mondiale dans le département du Gard, Chemins du souvenir, Nîmes, Béné, 1986, réédition 2000, 118 p. — Ange Alvarez, P.C.F. O.S. FTPF ; L’épopée patriotique, Nîmes, Lacour, 2007, 131 p. [pp. 122-124] — Aimé Vielzeuf, Bloc-Notes 44, Nîmes, Lacour, 1994, 2e édition, 2007, 131 p. [pp. 145-148 ; XXX, XXXI, XXXII]. — JC, "Le puits de Célas", Châteaubriant, journal de l’Association nationale des familles de fusillés et massacrés de la Résitance française et leurs amis, 231, 4e trimestre 2009, p. 9. — Site MemorialGenWeb consulté le 5 octobre 2017. — Notes complémentaires d’André Balent.

Claude Émerique, Fabrice Sugier

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