Dans cette commune de Dordogne, des soldats de la division Brehmer (325e division de sécurité de la Wehrmacht) massacrèrent cinq hommes parce qu’ils étaient juifs.

Stèle commémorative du Château-l’Evêque (Dordogne)
Crédit : C.D.J.C./David Diamant ( Cote : ML_A2_67 )
Du 26 mars au 2 avril 1944, la division Brehmer ou division B de l’initiale du patronyme de son chef, le général Brehmer, accompagnée par des éléments de la Sipo-SD et bénéficiant de renseignements collectés par des délateurs, collaborationnistes ou non, et par l’administration de Vichy, traversa la Dordogne, traquant les maquisards et massacrant des civils en représailles dans le cadre d’opérations de répression, mais aussi en conduisant une politique génocidaire à l’encontre des nombreux juifs réfugiés dans le département ; les hommes furent abattus parce que juifs et, à plusieurs reprises, les femmes et les enfants furent arrêtés, transférés à Drancy puis déportés vers les centres de mise à mort, Auschwitz-Birkenau principalement.
Le 28 mars, Marcel EPSTEIN*, âgé de 59 ans, fut d’abord identifié fortuitement comme juif et abattu de deux balles dans la nuque au bord de la route de Brantôme. Les Allemands obligèrent ensuite le secrétaire de mairie de Château-l’Évêque à leur remettre la liste des juifs résidant dans la commune. Ceux-ci avaient été recensés en zone sud en application d’une loi de Vichy du 2 juin 1941, le jour même de la promulgation du second statut des juifs (Klarsfeld, Calendrier,1993, p.89 ) ; un recensement spécifique des juifs étrangers intervint en janvier 1942 ; enfin une loi de Vichy du 11 décembre 1942 imposa en zone sud la mention « juif » sur la carte d’alimentation et sur la carte d’identité des juifs français et étrangers.
Il s’en suivit, le 29 mars, le massacre de cinq autres juifs dans le bois de Mesplier au lieu-dit La Monnerie. Il s’agit de Louis EINSTEIN (73 ans), Moïse GARDBERG (61 ans), Joseph LINZ (49 ans) et Jacques KRONENBERGER (68 ans).
Le secrétaire de mairie, M. Ardillier, parvint à prévenir une famille juive. Quant aux époux Oppenheimer, qui habitaient à l’orée des bois de Mesplier, ils virent arriver les soldats et eurent le temps de sauter par la fenêtre et de se réfugier dans les bois.
Les obsèques des victimes donnèrent lieu à un télégramme du préfet au maire de Château-l’Évêque, ainsi rédigé :"Par ordre autorités supérieures, seule la famille doit assister aux obsèques des tués. Toute manifestation entraînerait très graves conséquences."
Les femmes et les enfants des victimes échappèrent, ce jour-là, à la déportation.
Une stèle commémore le massacre.
Sources

SOURCES : Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, pp. 176-177, 183-184, 402. — Paul Mons, La folie meurtrière de la division Brehmer, mars-avril 1944, Dordogne-Corrèze, Haute-Vienne, -Brive-la-Gaillarde, Éditions Les Monédières, 2016, p. 69. — Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944, Périgueux, Éditions Fanlac-Archives départementales de la Dordogne, 2003, p. 239. — Photographie de la stèle : Mémorial de la Shoah, CDJC. — MémorialGenWeb.

Dominique Tantin

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