Le polygone de tir de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), où furent fusillés de 1940 à 1944 près de soixante-dix patriotes appartenant aux quatre départements des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), du Finistère, d’Ille-et -Vilaine et du Morbihan, fait partie des nombreux lieux d’exécutions qui sont devenus des hauts-lieux de la mémoire résistante bretonne.

Le site de la Maltière avant 2018
SOURCE : Photos Serge Tilly
La stèle commémorative érigée après la guerre : 79 noms
SOURCE : Site AJPN
L’accès au site réaménagé en décembre 2017
La nouvelle signalétique
L’allée des soixante-seize poteaux portant les noms des fusllés
Le premier fusillé : Marcel Brossier
Le dernier fusillé : François Lamige
Le plus jeune fusillé : Paul Hervy
La Butte des fusillés depuis décembre 2017
La plaque commémorative érigée en décembre 2017 : 76 noms
SOURCE : Photos Husson
Dès leur arrivée le 18 juin 1940 à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), commune située à la sortie de Rennes en direction de Redon, les Allemands ont réquisitionné et occupé l’aérodrome, les installations et les terrains militaires. Parmi ces terrains militaires réquisitionnés se trouvait au lieu-dit la Maltière, un polygone de tir en forme de butte que l’Armée française avait fait aménager en 1937, en faisant appel à l’entreprise de travaux publics Pichenot. Les Allemands transformèrent cette butte de tir en lieu d’exécutions. Près de soixante-dix patriotes presque tous condamnés à mort par le par le tribunal militaire allemand FK 748 de Rennes, y furent fusillés entre septembre 1940 et juillet 1944.
Louis Bodeur, condamné à la peine de mort le 18 mai 1944 « pour détention illicite d’armes » par le tribunal du secteur postal 56300 st. L. No 304/44 a été fusillé du 23 juin 1944.
Jean Le Floch, Yves Manach et sans doute Yves Page, fusillés le 12 mars 1944, avaient été arrêtés par la 13e brigade régionale de sûreté, police de Vichy, et condamnés à mort par la Cour martiale de Rennes.
Les six patriotes exécutés en juillet 1944 sont des exécutés sommaires. Arrêtés à la mi-juillet 1944, par des policiers et des miliciens français, ils n’ont pas été condamnés à mort, et furent abattus d’une balle dans la tête.

Le premier fusillé pour acte de résistance en Bretagne fut le Rennais Marcel Brossier, exécuté à la Maltière le 17 septembre 1940. Il y eut une seule exécution en 1941, celle de Roger Barbé, exécuté le 4 octobre, et vingt-sept en 1942.
Le 30 décembre 1942, les Allemands procédèrent à la première fusillade collective de vingt-cinq résistants dont plusieurs étaient membres de l’Organisation spéciale (OS), mouvement armé du Parti communiste clandestin, et qui furent exécutés par groupes de deux ou trois entre 9 heures 20 et 10 heures 18, puis furent inhumés dans le cimetière de Saint-Jacques-de-la-Lande.
De janvier 1943 à février 1944, les résistants arrêtés et incarcérés à Rennes furent le plus souvent transférés à Paris et fusillés au Mont-Valérien.
À partir de mars 1944, les exécutions reprirent à la Maltière où quarante-sept résistants ont été fusillés de mars à juillet 1944 : trois le 12 mars, neuf le 31 mai, un le 21 juin, neuf le 23 juin, dix-neuf le 30 juin et six en juillet.
À ces soixante-seize fusillés de la Maltière, il faut ajouter les trente deux résistants français et espagnols qui furent fusillés le 8 juin 1944 dans l’enceinte de la caserne du Colombier à Rennes.
Plus de la moitié des fusillés de la Maltière avaient moins de 25 ans et le plus jeune d’entre eux, Paul Hervy, n’avait que 18 ans.

Au lendemain de la 2e guerre mondiale, les premières cérémonies du souvenir, organisées par le Comité du souvenir des Fusillés de Saint-Jacques, se sont d’abord déroulées dans le cimetière de Saint-Jacques-de-la-Lande. À partir de 1947, la Butte des fusillés de la Maltière est devenue un lieu de mémoire où chaque année des cérémonies commémoratives sont organisées chaque année le 30 décembre (date anniversaire des vingt-cinq exécutions du 30 décembre 1942) et le le 4 août (date anniversaire de la libération de Saint-Jacques-de-la-Lande. Difficile d’accès, le site est resté plusieurs années encore dans le périmètre et sous l’emprise des autorités militaires qui, à l’époque de la Guerre froide, refusèrent la présence aux cérémonies commémoratives du Parti communiste et des associations de résistance appartenant à la mouvance du PCF qui se rassemblaient à Rennes dans le cimetière de l’Est où plusieurs fusillés de la Maltière sont inhumés.
En 1953, les autorités militaires ont autorisé la ville de Rennes à entretenir le site et chemin d’accès à la butte.
En 1958, la commune de Saint-Jacques-de-la-Lande a demandé à l’Armée la cession gratuite du site qui lui a été finalement concédé en 1961 pour la somme de 10 000 francs.
En 1971, la commune de Saint-Jacques-de-la-Lande a fait construire un petit muret au pied de la butte destiné au dépôt des gerbes de fleurs, et à partir de cette date a assuré l’aménagement et l’entretien du site. La butte a été recouverte par un toit végétalisé et une plaque a été apposée sur le côté droit portant l’inscription :

« Souvenez-vous
des patriotes fusillés
ici de 1941 à 1944 pour que
Vive la France »

Au pied de la butte a été érigée une stèle de marbre sur laquelle étaient inscrits soixante-dix-neuf noms de fusillés.
Dsormais, les cérémonies commémoratives furent organisées conjointement par les villes de Rennes et de Saint-Jacques-de-la-Lande.
En 2015, la commune de Saint-Jacques-de-la-Lande a lancé un concours d’idées en direction des lycéens pour l’aménagement de la Butte des fusillés de la Maltière.
Le 30 décembre 2017, à l’occasion du 75e anniversaire de la fusillade du 30 décembre 1942, le site réaménagé autour d’un parcours qui invite au recueillement a été inauguré. Une grande allée bordée par soixante-seize poteaux sur lesquels sont inscrits par ordre chronologique les noms de soixante-seize fusillés de la Maltière avec leur âge et la date de leur exécution, conduit à la Butte des fusillés où une nouvelle plaque commémorative a été érigée qui porte l’inscription « Les Fusillés de la Butte de la Maltière - 1940-1944 », et sur laquelle sont inscrits par ordre alphabétique les prénoms et les noms de soixante-seize fusillés de la Maltière :

- « Joseph ALLAIN (20 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Roger BARBÉ (21 ans, fusillé le 4 octobre 1941)
- Jean BELLIARD (22 ans, 30 décembre 1942)
- Guy BELLIS (23 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Marcel BLANCHARD (31 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Louis BODEUR (34 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Marcel BOSCHET (29 ans, fusillé le 11 août 1942)
- Henri BOUGEARD (33 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Marcel BOULANGER (24 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Joseph BOUSSIN (20 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean-Marie BRAS (43 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean-Baptiste BRAULT (26 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Marcel BROSSIER (31 ans, fusillé le 17 septembre 1940)
- Roger BRUCHET (33 ans, fusillé en juillet 1944)
- Henri CALINDRE (37 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Louis CHÉREL (24 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Pierre CHEVALIER (21 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- François CLAVERIE (62 ans, fusillé le 23 juillet 1942)
- Jean-Baptiste DANIEL (41 ans, fusillé en juillet 1944)
- Oscar DE BOCK (44 ans, fusillé en juillet 1944)
- Albert DÉNIEL (27 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Yves DÉNIEL (30 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Henri DÉRO (36 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Albert DESHOMMES (21 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Léon DESILLES (44 ans, fusillé en juillet 1944)
- Lionel DORLÉANS (19 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- René FAYON (39 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Jacques FÉRET (22 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Victor FORTIN (28 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Maurice FOURRIER (19 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean GARNIER (41 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Augustin GAUTIER (47 ans, fusillé en juillet 1944)
- Joseph GAUTIER, 28 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Albert GÉRARD (22 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Émile GERNIGON (32 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Léon GUILLOUX (28 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Édouard HERVÉ (34 ans, fusillé le 30 décembre 1944)
- Paul HERVY (18 ans, fusillé 30 juin 1944)
- Louis HESRY (30 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- René HIREL (28 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Michel HUGNET (19 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Léon JAFFRÉ (33 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean JAFFRES (31 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean KERANGOUAREC (Jean KERANGOAREC, 22 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Francis LAFRANCHE (20 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- François LAMBERT (21 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- François LAMIGE (44 ans, fusillé le 18 juillet 1944)
- Jacques LANDUREN (24 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Pierre LANGLAIS (22 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Henri LAPLANCHE (26 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Roger LAUNAY (20 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Yves LE BITOUS (28 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean LE FLOCH (24 ans, fusillé le 12 mars 1944)
- Marcel LE GUILLERMIC (20 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Maurice LÉOST (19 ans, fusillé le 30 décembre 1944)
- Pierre L’HOTELLIER (41 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Jean LOYEN (32 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Charles MAILLARD (31 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Yves MANACH (21 ans, fusillé le 12 mars 1944)
- Albert MARTIN (37 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Yves MARTIN (21 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Ernest MORAUX (33 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Louis MORAUX (40 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- René NOBILET (32 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Paul NOGRE (20 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Yves PAGE (22 ans, fusillé le 12 mars 1944)
- Maurice PEIGNÉ Maurice (31 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Jean PERQUIS (27 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- Georges PIAN (alias Pierre LÉCUYER, 19 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Robert PONTET (21 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Georges RIANDIÈRE (31 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- René SALOMON (22 ans, fusillé le 30 juin 1944)
- Hippolyte THOMAS (20 ans, fusillé le 31 mai 1944)
- François TOUBOULIC (44 ans, fusillé le 23 juin 1944)
- Joseph VAILLANT (21 ans, fusillé le 30 décembre 1942)
- Albert VOM HOÉVEL » (Albert VON HOEVEL ou VONHOEVEL, 24 ans, fusillé le 30 juin 1944)

Huit noms qui figuraient sur la stèle initiale ne figurent plus sur la nouvelle stèle commémorative :
- CHEVRIER Robert (fusillé le 18 septembre au Grand-Quevilly, Seine-Inférieure, Seine-Maritime)
- CHOLLET Claude (exécuté sommairement le 23 juin 1944 à Loyat, Morbihan)
- CORBEL Alexis (dit par erreur fusillé à la Maltière)
- GARCO Pedro (Pedro FLORES-CANO fusillé le 8 juin 1944 à la caserne du Colombier à Rennes))
- HUET André (?)
- LE CHAMPION Léon (fusillé le 8 juin 1944 à la caserne du Colombier à Rennes) »
- LÉCUYER Pierre (figure désormais sous le nom de Georges PIAN)
- ROMEO-MONTORI Lorenzo (fusillé le 8 juin 1944 à la caserne du Colombier à Rennes)

Cinq noms qui ne figuraient pas sur la stèle initiale ont été ajoutés sur la nouvelle stèle commémorative érigée en décembre 2017 :

- Louis BODEUR (FTPF fusillé à la Maltière le 23 juin 1944)
- Jean LE FLOCH (fusillé à la Maltière le 12 mars 1944)
- MANACH Yves (fusillé à la Maltière le 12 mars 1944)
- PAGE Yves (fusillé à la Maltière le 12 mars 1944)
- PIAN Georges (alias Pierre LÉCUYER)

Louis Bodeur avait été oublié sur la plaque apposée après la guerre, parce qu’ayant été condamné à la peine de mort le 18 mai 1944 « pour détention illicite d’armes » par le tribunal du secteur postal 56300 st. L. No 304/44, et non par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 648 de Rennes, il ne figurait pas sur la liste des fusillés du 23 juin 1944 adressée par les autorités allemandes au préfet de Rennes.
Jean Le Floch et Yves Manach, oubliés sur la plaque érigée après la guerre, appartenaient à un groupe de Francs-tireurs et partisans français (FTP) de Spézet (Finistère), venus installer un maquis à Plévin (Côtes-d’Armor). Ce maquis fut rapidement contesté par la résistance FTP locale parce qu’il agissait sans concertation et de façon irresponsable. Le 26 janvier 1944, lors d’une opération menée à Cartulan en Plévin contre des cultivateurs accusés de marché noir et de trafic avec les Allemands, deux agriculteurs venus à leur secours furent abattus. Le 26 janvier 1944, Jean Le Floch et Yves Manach furent arrêtés par la 13e Brigade régionale de sureté de Rennes conduite par les inspecteurs Le Chanu et Lanoé, et condamnés à mort par la Cour martiale de Rennes pour le double meurtre de ces agriculteurs. Ils furent fusillés à la Maltière le 12 mars 1944 par des gendarmes français en même temps qu’Yves Page.

Plusieurs corrections ont été apportées :
- « Roger BARBÉ » et non pas « Robert BARBE »
- « François CLAVERIE » et non pas « CLAVERY »
- « Michel HUGNET » et non pas « HUGUET »
- « Charles GAUTHIER » est identifié sous le prénom et le nom qui figurent sur son acte de naissance : « Joseph GAUTIER ».
Sources

SOURCES : " La Butte de la Maltière - Saint-Jacques de la Lande ", Ami entends-tu… Journal de la Résistance bretonne, , ANACR, numéro 158, décembre 2012. — Renée Thouanel (Groupe Mémoires de Saint-Jacques, ANACR-ADIRP) et Jacqueline Sainclivier, La Maltière (1940-1944), Éd. Mairie de Saint-Jacques-de-la-Lande, 2013. — " Les fusillés de la Maltière et du Colombier, recherche documentaire sur une faute historique ", blog de Kristian Hamon, 16 avril 2017. — Serge Tilly, " L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord 1940-1944 - Les lieux de mémoire ", site Internet du CERP. — " La butte de la Maltière ", site Internet de la ville de Saint-Jacques-de-la-Lande." — " Le nouvel aménagement de la Butte des fusillés de la Maltière ", site Internet « Le magazine citoyen rennais », 9 janvier 2018.

Jean-Pierre et Jocelyne Husson

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