En représailles à une action de la Résistance, un détachement de la division Brehmer commandé par le sous-lieutenant Michaël Hambrecht, chef de la Sipo-SD en Dordogne, composé de Géorgiens de l’Ost bataillon 799 et de membres de la Brigade nord-africaine (Hilfspolizeï, police auxiliaire), exécutèrent 25 otages amenés de Limoges, des résistants et une majorité de victimes d’origine juive exécutées comme telles. Il y eut deux rescapés.

Stèle commémorative du massacre du 27 mars 1944
Crédit : MémorialGenWeb
Du 26 mars au 2 avril 1944, la division Brehmer, ou division B de l’initiale du patronyme de son chef, le général Brehmer, accompagnée par des éléments de la Sipo-SD et de la Brigade nord-africaine et bénéficiant de renseignements collectés par des délateurs, collaborationnistes ou non, et par l’administration de Vichy, traversa le département de la Dordogne, traquant les maquisards et massacrant des civils en représailles dans le cadre d’opérations de répression, mais aussi en conduisant une politique génocidaire à l’encontre des nombreux Juifs réfugiés dans le département ; les hommes furent abattus parce que juifs et, à plusieurs reprises, les femmes et les enfants furent arrêtés, transférés à Drancy puis déportés vers les centres de mise à mort, Auschwitz-Birkenau principalement.
En zone dite libre puis zone sud, les Juifs avaient été recensés en application d’une loi de Vichy du 2 juin 1941, le jour même de la promulgation du second statut des Juifs ; un recensement spécifique des Juifs étrangers intervint en janvier 1942 ; enfin, une loi de Vichy du 11 décembre 1942 imposa en zone sud la mention « juif » sur la carte d’alimentation et sur la carte d’identité des Juifs français et étrangers.
Les autorités d’occupation et leurs auxiliaires avaient procédé, antérieurement à l’arrivée de la division Brehmer, à l’arrestation de nombreux otages, qui furent exécutés par des éléments de cette division. Ainsi, le 4 mars et le 16 mars 1944, les Allemands avaient investi Saint-Pierre-de-Chignac et procédé à des rafles. Les victimes furent incarcérées au 35ème RA (Régiment d’Artillerie) à Périgueux. Le 27 mars, 25 otages, dont certains furent pris au 35ème et d’autres dans la prison de Limoges, furent menés à Sainte-Marie-de-Chignac, au lieu-dit Les Potences, à l’endroit où, quelques jours auparavant, un convoi allemand avait été attaqué par la Résistance. Ils furent abattus vers 15h sur le talus, près de la nationale 89, par un détachement composé de Géorgiens de l’Ost bataillon 799 et de soldats du 95e régiment de sécurité. Des membres de la Brigade nord-africaine achevèrent les blessés et détroussèrent les cadavres.
Tania Tennenbaum et Joseph Camosetti, seulement blessés, échappèrent aux coups de grâce et parvinrent à se relever après le départ des bourreaux, à s’enfuir et à survivre à leurs blessures. Un détachement revint le 1er avril et fit deux nouvelles victimes, qui ne figurent pas non plus sur le monument aux morts. L’acharnement contre les Juifs, qui fut la particularité de la division Brehmer, est à nouveau avéré dans ces événements et dans la mémoire des témoins.
La stèle dite des « Rivières Basses » à Sainte-Marie-de-Chignac porte les noms, ainsi transcrits, des 23 victimes :
Stern M., Blaustein L., Granat H., Katz N., Granat I., Burstein O., Chaminade A., Galinat J., Gelcman A., Bloch G., Dreyfus-Sée A., Coste J., Falk A., Sveida H., Debernard J., Manoukian B., Guir R., Bussière P., 5 inconnus.
Les recherches conduites par Bernard Reviriego ont permis d’établir l’identité des cinq victimes inconnues et rattacher pour deux d’entre eux cette identification au numéro d’acte de décès, ce qui permettrait de procéder à la modification de l’état civil ainsi que de la stèle :
Henrick Dunajer, Gerhard Joachim, Mendel Sikove, Johan Trojanowski et Simon Wolfgang.


Liste des victimes du massacre du 27 mars 1944 :
BLAUSTEIN Laja, Louis, 29 ans
BLOCH Gérard, 32 ans
BURSTIN Osias, 51 ans
BUSSIÈRE Pierre, 31 ans
CHAMINADE Albert, 21 ans
COSTE Jean, 23 ans
DUNAJER Henrick, 44 ans
DEBERNARD Jean, 21 ans
DREYFUSS-SÉE Albert, 43 ans
FALK Arno, Rodolphe, 40 ans
GALINAT Jean, 34 ans
GELCMAN Abraham, 19 ans
GRANAT Heyman, 50 ans
GRANAT Isaac, 20 ans
GUIR René, Louis, 41 ans
JOACHIM Gerhard, 34 ans
KATZ Nachmann, 48 ans
MANOUKIAN Bognos, 46 ans
SIKOVE Mendel, 50 ans
STERN Mendel, 64 ans
SVEJDA ou SWERDA Hermann, 40 ans
TROJANOWSKI Johan, 42 ans
WOLFGANG Simon, 44 ans


Il y eut deux survivants à la fusillade :
CAMOSETTI Joseph
TENNENBAUM Tania, 40 ans
Sources

SOURCES : Sources primaires : Arch. dép. Dordogne, 1 W 1901-2, Rapport de gendarmerie, établi d’après le témoignage de Tania Tennenbaum, n° 230/2 du 8 novembre 1944. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8, Relation de septembre 1944 signé Bousquet. — Arch. dép. Dordogne, 5 H 3, Note n° 2543 des Renseignements généraux (non datée) adressée le 31 mai 1945 par le maire de Périgueux au service de recherches des crimes de guerre à Limoges. E-dépôt Périgueux. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8, Récit de Mme Mialhe, institutrice de Sainte-Marie-de-Chignac, sans date. — Arch. dép. Dordogne, 1573 W 6, Note des Renseignements généraux du 27 décembre 1944. Crimes de guerre commis en Dordogne par les troupes allemandes et leurs auxiliaires. — Pour Joseph Camosetti : rapport rédigé par M. Micheletti annexé à la relation envoyée en octobre 1944 par la mairie de Montrem au préfet. Arch. dép. Dordogne, 1573 W 8. — Pour Tania Tenenbaum : témoignage de Mme Rachel Goldfeder Tennenbaum, Arch. dép. Dordogne, 7 AV 59.
Autres sources : Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944, Périgueux, Éditions Fanlac-Archives départementales de la Dordogne, 2003, p. 240-242. — Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 143-163, 401. — ANACR Dordogne, Mémorial de la Résistance en Dordogne… Sous la terreur nazie, Périgueux, Copédit, 1985, p. 195.

Bernard Reviriego, Dominique Tantin

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