La famille Dumont était venue de la région parisienne s’installer, avant la Seconde Guerre mondiale, dans le village de Guerchy, situé à une quinzaine de km au nord-ouest d’Auxerre. Dès 1942, Marcel Dumont, dont les sympathies communistes étaient bien connues dans le village, avait pris contact avec des responsables du Front national de l’Yonne. En octobre 1943, Marcel Dumont, son épouse Yvonne (née le 11 décembre 1901) et leur fils Pierre, âgé de 17 ans, s’engagèrent dans les FTP et stockèrent chez eux des armes et du matériel.
Le 7 juin 1944, dans le cadre des opérations de « libération anticipée » décidées par l’état-major des FTP de l’Yonne, un groupe de FTP de la région, dont certains étaient hébergés au domicile des Dumont, fit sonner le tambour, distribua des armes à des jeunes gens de Guerchy qui défilèrent dans les rues du village, et fit dresser des barrages improvisés aux entrées du village. Le lendemain, une voiture occupée par des officiers allemands se heurta à un de ces barrages et ceux-ci demandèrent au maire de faire dégager la route. Le 12 juin, deux personnes se présentant chez les Dumont comme faisant partie de la Résistance demandèrent à Marcel Dumont s’il acceptait d’accueillir chez lui, le lendemain, quelques résistants. Bien que méfiant, Marcel Dumont finit par accepter mais, par précaution, demanda à des voisins d’héberger pour la nuit leurs deux filles, Simone (15 ans) et Jacqueline (12 ans).
Le 13 juin à l’aube, une troupe nombreuse de soldats allemands investit le village et encercla la maison des Dumont. Marcel, Yvonne et Pierre Dumont, ainsi qu’un des amis de Pierre Dumont, Roger Roy, décidèrent de résister. Le combat dura plusieurs heures et fit un mort (un officier allemand) et plusieurs blessés parmi les assaillants. En fin de matinée, les Allemands finirent par pénétrer dans la maison en feu et découvrirent dans la cave les corps de Marcel Dumont, de son fils Pierre et de Roger Roy, ceux-ci s’étant vraisemblablement suicidés pour ne pas tomber vivants aux mains de l’ennemi. Seule Yvonne Dumont se rendit aux Allemands mais fut abattue peu après d’une balle dans la nuque. La maison fut incendiée avec interdiction aux habitants d’éteindre l’incendie et les cadavres exposés devant la maison avec interdiction de les enterrer avant le lendemain. Cet événement tragique eut un profond retentissement dans le village et même dans toute la région.
Les noms de Marcel, Yvonne et Pierre Dumont, ainsi que celui de Roger Roy figurent sur une plaque apposée en 1950 sur les ruines de leur maison. Ils figurent aussi sur le monument des déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre. Une rue de Guerchy porte le nom des Dumont. Les noms de Marcel, Yvonne et Pierre Dumont figurent sur le monument aux morts de Guerchy.
Sources

SOURCES : Robert Loffroy, Mémoires d’un résistant et militant communiste de l’Yonne, Éd. ARORY, 2014. — Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée, Éd. ANACR-Yonne, 1990 ; CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Thierry Roblin et Claude Delasselle, notice "Attaque de la maison Dumont à Guerchy"). —Mémorial GenWeb.

Claude Delasselle

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