Le 24 août 1944, des unités allemandes de répression fusillèrent sur la commune d’Ingrandes-sur-Vienne, sept maquisards faits prisonniers le jour même et condamnés à mort de manière expéditive.

le monument d’Ingrandes-sur-Vienne
Les grands axes de circulation traversant le seuil du Poitou, la nationale 10 et la voie ferrée Paris-Bordeaux qui toutes deux passent à proximité d’Ingrandes-sur-Vienne, à la limite nord du département de la Vienne, constituaient à l’été 1944 des enjeux stratégiques essentiels pour l’armée allemande. Il en était de même pour les nombreux maquis de la Vienne qui tentèrent à partir du 6 juin 1944 de couper ces axes et d’y harceler les forces allemandes. Dans la deuxième quinzaine du mois d’août 1944, la situation militaire de l’armée allemande sur le front de l’ouest se dégrada brutalement. Le 19 août un ordre de repli général fut donné aux unités allemandes stationnées dans le sud-ouest. Le passage par le seuil du Poitou devint un enjeu stratégique encore plus essentiel. Poitiers servit ainsi pendant toute la fin du mois d’août et les premiers jours de septembre, d’étape et de cantonnement provisoire pour les forces allemandes en retraite. La nécessité de maintenir l’axe ouvert vers le nord et vers le nord-est devint primordiale. Le 24 août 1944, des éléments du 17ème bataillon SS Panzer-Grenadier stationnés au château de Valençay à Antran (Vienne) au nord de Châtellerault et d’agents de la SIPO-SD de Châtellerault s’engagèrent dans une opération de représailles dans le secteur d’Ingrandes-sur-Vienne contre les maquisards qui harcelaient les convois militaires ferroviaires et routiers remontant par la nationale 10. L’unité allemande appartenait au bataillon de réserve et de dépôt (Feld-Erstatz-Bataillon) de la 17ème division SS (Panzer Grenadier Division SS) « Götz von Berlichingen » constituée fin 1943 – début 1944 dans le nord des Deux-Sèvres et de la Vienne. La plus grande partie de la division avait rejoint après le 6 juin le front de Normandie, seul le bataillon de réserve était resté dans la région de Châtellerault et avait déjà participé à des opérations de répression à Lussac-les-Châteaux les 4 et 5 août 1944. Vers 8 heures, le 24 août, les Allemands arrivèrent à Ingrandes-sur-Vienne. A deux kilomètres du bourg, dans le hameau de Varennes qui abritait 90 maquisards, huit membres du groupe FTPF Cram de Montmorillon (groupement FTPF « Amilcar » zone sud, secteur A), groupe venu prêter main-forte pour l’attaque des convois allemands sur la nationale 10, furent arrêtés. Pendant le transfert, un des prisonniers s’évada. Les sept autres furent emmenés à Ingrandes-sur-Vienne dans la cour de la maison bourgeoise de la Mégane, jugés de manière expéditive par une cour martiale constituée sur place et fusillés à 17 heures au bord de la Vienne malgré l’intercession du maire et du curé du village. Le lendemain, 25 août 1944, la même unité allemande fut responsable du massacre de 124 habitants du village de Maillé (Indre-et-Loire) une vingtaine de kilomètres plus au nord.
Liste des victimes : CHEVALICK Robert, CREUTZER Erwin, DEMOUSSEAU René, KERHIR Edouard, MOREAU Jean Claude, RIGAUD André, SEJOT Pierre.
Un monument commémoratif fut dressé après la guerre à la sortie d’Ingrandes-sur-Vienne sur la route d’Oyré. Œuvre de Paulette Richor, professeur aux Beaux-Arts à Tours, réalisé à l’initiative du curé d’Ingrandes-sur-Vienne, l’abbé Coindre, il fut inauguré le 4 novembre 1945. Il est toujours l’objet de cérémonies mémorielles et commémoratives annuelles.
Sources

SOURCES : La Vienne pendant la Seconde Guerre mondiale, brochure ONAC 86 — Site VRID (Vienne, résistance, Internement, Déportation) — Site de l’Association nationale des familles de fusillés et massacrés de la Résistance. — Sites Wikipedia — Journal La Nouvelle République, 26 août 2014. — Journal La Croix 18 janvier 2009 — Centre régional Résistance et Liberté. Thouars (Deux-Sèvres) — mémorial genweb.

Michel Thébault

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