Depuis début juin 1940, des réfugiés de plus en plus nombreux affluaient sur les routes du département de l’Yonne, fuyant vers le sud devant l’avance rapide des troupes allemandes. Le 15 juin, l’invasion du département commença, accompagnée de bombardements qui firent de nombreux morts parmi les réfugiés civils et les militaires français en retraite, notamment à Tonnerre, Chablis, Auxerre, Toucy et Joigny.
Le 16 juin à l’aube, un convoi motorisé allemand circulait en direction d’Avallon sur la départementale 944. Un groupe de six réfugiés, deux femmes et quatre enfants, sans doute épuisés, dormaient sur un petit talus dominant le bas-côté de la route, entre Joux-la-Ville et Lucy-le-Bois, lorsqu’un des chars du convoi fit délibérément un écart, monta sur le talus et écrasa les six personnes.
Une stèle fut érigée à l’endroit de ce drame, portant ces mots : « Vous qui passez devant ce tertre, n’oubliez jamais que le 16 juin 1940 furent assassinés par un des chars des soudards Jacques Roguiez 10 ans, Jacqueline Roguiez 12 ans, Juliette Poret 38 ans, Georgette Lebouder 28 ans, Claude Lebouder, 3 ans et demi, Colette Poret, 3 ans, six membres d’une même famille. Ce 16 juin 1940 ». Et sur la base de la stèle : « L’Allemagne s’est déshonorée ».
Un article paru en une, sous le titre « Avis de recherche », dans le journal Paris-soir du 1er décembre 1940, les évoque en ces termes :
« Que sont devenus ces enfants que leur mère éplorée recherche ?
C’est toute une petite famille qui, le samedi 15 juin, à 8 heures 30 quittait Dié (Yonne), près de Tonnerre, pour s’engager sur la route de Chablis. Il y avait Jacqueline Roguiez, son frère Jacques puis un petit cousin de ces derniers et une petite cousine : Claude Lebouder et Colette Poret. Une voiture d’enfant était poussée à tour de rôle. Et des paquets chargeaient toutes les mains. Jacqueline et Jacques Roguiez n’avaient quitté Paris que le 12 juin, pour rejoindre leurs tantes. Tout le groupe a disparu. Toutes les recherches furent, jusqu’ici, vaines. Jacqueline, très grande pour son âge est née le 3 juillet 1928…. Son frère Jacques est âgé de 10 ans, sa cousine Colette Poret de 3 ans et son petit cousin Claude Lebouder de 4 ans… ».
On sait donc que ces personnes (au moins quatre d’entre elles) étaient parties de Paris le 12 juin 1940 et avaient effectivement un lien de parenté : deux jeunes mères, Juliette Poret et Georgette Lebouder, avec chacune son enfant, Colette Poret et Claude Lebouder et accompagnées de deux jeunes cousins, Jacqueline et Jacques Roguiez. Mais nous ne savons pas où elles furent inhumées, ni si leurs familles apprirent un jour la triste vérité.
Sources

SOURCES : Sur les Chemins de l’Histoire et de la Mémoire, Éd. ARORY, 1993 ; CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Jean-Claude Pers, notice 16 juin 1940 à Joux-la-Ville). — Journal Paris-soir du 1er décembre 1940.

Claude Delasselle

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