Le petit maquis de la Grilletière, rattaché à l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée), était installé depuis le mois de juin 1944 au hameau de la Grilletière, sur la commune d’Escamps (Yonne), à une vingtaine de km au sud-ouest d’Auxerre. Ce petit groupe était commandé par le lieutenant Marcel Marien (« Morland »), un ancien militaire habitant Auxerre dont l’épouse, Aimée Marien, avait été arrêtée en 1943 après une algarade avec un collaborateur auxerrois et déportée à Ravensbrück.
Ce petit maquis était installé dans des maisons du hameau de la Grilletière et des fermes voisines, ce qui était dangereux pour la sécurité du groupe, risque aggravé par la proximité d’Auxerre où se trouvait une garnison allemande importante. De plus ce petit groupe était assez mal considéré dans la région du fait de réquisitions jugées abusives et d’un comportement imprudent (défilés en armes dans les rues du village, allées et venues fréquentes en voitures, menaces envers des habitants de la région, etc.). C’est pour cette raison que les chefs de l’ORA de l’Yonne avaient donné à Marien l’ordre de déplacer son groupe. Marien avait alors fait enlever le matériel et les armes entreposés dans des granges à la Grilletière et donné des ordres pour préparer le décrochement du maquis vers un hameau voisin mais une partie des maquisards était encore sur place dans la nuit du 15 au 16 août.
Vers 5 heures du matin, le 16 août 1944, une centaine de soldats allemands (dont de nombreux soldats de l’armée Vlassov encadrés par quelques gradés allemands) arrivèrent en cars par la petite route reliant Gy-l’Evêque au hameau de la Grilletière et installèrent des barrages sur les routes menant au hameau. Ils fouillèrent ensuite les maisons et rassemblèrent les habitants dans la rue centrale du village. Au cours de cette journée, huit maquisards furent capturés et fusillés dans la rue, ou tués en tentant de se défendre. Ce sont le gendarme Louis Raquillet, arrêté alors qu’il arrivait au hameau à bicyclette, Pierre Plaquin, qui n’était pas membre du maquis mais qui fut exécuté parce que des armes furent découvertes dans la maison où il se trouvait, Paul Huet et les frères Jacques et Pierre Basté, tués (ou suicidés) dans une cave en tentant de se défendre, Auguste Diversin, Jean Coularon et Louis Soleilhac, découverts dans leur cachette ou capturés alors qu’ils tentaient de s’enfuir.
Un autre maquisard, Roland Laignel, fut capturé alors qu’il arrivait à moto à l’entrée du village, emmené à la prison d’Auxerre et fusillé le 20 août 1944 au champ de tir d’Egriselles, sur la commune de Venoy, près d’Auxerre. D’autres habitants, dont la fille de Marcel Marien, Gisèle, furent également emmenés à la prison d’Auxerre mais furent libérés lors du départ des Allemands dans la soirée du 23 août 1944.
Les autres résistants présents ce jour-là à la Grilletière, dont le chef du maquis Marcel Marien, réussirent à s’enfuir au début de l’attaque, sous le feu ennemi ou à se cacher sans être découverts. Toute la journée, les soldats, ivres pour la plupart, se livrèrent au pillage des maisons du village.
Une stèle érigée dans le hameau de la Grilletière rend hommage aux morts de cette attaque, ainsi qu’à deux autres membres de l’ORA, le gendarme Maurice Lanier et Yves Joseph, tués à Escamps le 20 août 1944. Tous ces noms figurent aussi sur le monument aux déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, 1158 W 12 à 23 et 1130 W 1 à 46. —Témoignages oraux de Lucien Brunet et Raymond Jacquet, membres du maquis. — CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Claude Delasselle, notice 16 août 1944 : attaque du maquis de la Grilletière).

Claude Delasselle

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