Dans cette commune du Pas-de-Calais, un détachement de la Division Totenkopf massacra six civils.

Ce massacre se produisit au cours de la première phase de l’invasion de la France. La percée des Allemands dans les Ardennes (10-14 mai) fut suivie d’une offensive fulgurante des Panzers jusqu’à la Manche atteinte le 20 mai à Abbeville, coupant en deux le dispositif allié et isolant les forces franco-britanniques en Belgique et dans le Nord-Pas-de-Calais. Les troupes franco-britanniques tentèrent une contre-offensive afin de couper l’axe de progression de la Wehrmacht et rétablir la liaison nord-sud. Parmi les unités allemandes qui résistèrent à cette contre-offensive au sud d’Arras figurait la SS-Totenkopf-Division.
À Mercatel, village situé à quelques kilomètres au sud d’Arras, le 3e Bataillon du 3e Régiment d’infanterie de la SS-Totenkopf-Division fut mis en difficulté par les chars britanniques Matilda et un détachement de la 2e division légère mécanique (DLM) française. Le massacre intervint à la suite de ce combat au cours duquel huit SS furent tués. Six hommes furent abattus dans la commune « sans motif apparent : l’un d’eux, un réfugié belge, a été tué alors qu’il courait se mettre à l’abri en tenant ses enfants par la main, deux habitants réfugiés dans une cave ont été sommés de sortir avant d’être froidement exécutés, les autres ont été abattus dans la rue. » (Leleu, op. cit.).
Les nombreux crimes commis au cours des six semaines de l’invasion ne furent pas l’apanage des seuls Waffen-SS. La haine raciste motiva de nombreuses exécutions de soldats africains par des SS mais aussi par la Wehrmacht. La phobie des francs-tireurs était répandue dans toute l’armée allemande au point de soupçonner chaque civil d’être un combattant irrégulier en puissance.
Mais la SS-Totenkopf-Division se distingua – si l’on peut dire – par la fréquence et l’ampleur des massacres qu’elle commit. Et cela tenait à son profil particulier, son chef et son recrutement.
Ces Waffen-SS appartenaient à une unité placée sous les ordres du SS-Gruppenführer Theodor Eicke (1892-1943), l’un des principaux responsables de la création et de l’organisation des camps de concentration. Eicke fut nommé en 1933 par Himmler à la tête du camp de Dachau dont il fit la structure modèle du système concentrationnaire. En juillet 1934, il fut nommé inspecteur des camps de concentration et commandant des unités Totenkopf chargées de la surveillance des camps. Les combattants de la division furent donc en partie recrutés parmi les gardiens des camps.
Cette unité devait jouer un rôle majeur dans la stratégie de Himmler visant à créer une armée SS efficace à côté de la Wehrmacht.
« L’action de Theodor Eicke à la tête de la SS-Totenkopf a en particulier joué un rôle considérable en amenant ses subordonnés à ne pas faire de discernement au cours des combats et à leur faire adopter des comportements criminels pour donner à la division une réputation militaire qui lui manquait. En conséquence de quoi les troupes SS ont eu tendance à voir dans la population civile un adversaire potentiel qu’il convenait d’annihiler dès que se manifestait la moindre opposition, qu’elle soit réelle ou supposée. » (Jean-Luc Leleu, La division SS-Totenkopf face à la population civile du Nord de la France en mai 1940, résumé, op. cit.).


Liste des victimes :
BRISSEZ Louis, Joseph
Les cinq autres restent à identifier.
Sources

SOURCES : Hélène Guillon, Les massacrés par les Allemands en France, 1940-1945, Étude sur la répression extrajudiciaire allemande en France de l’invasion à la Libération, mémoire de Master 2 sous la direction de Michel Boivin, Université de Caen, UFR d’Histoire, 2005-2006, Annexes. — André Coilliot, Sombres jours de mai 1940-Arras et sa région, sl., Éditions Alan Sutton, 2007. — Jean-Luc Leleu, La Waffen-SS, Soldats politiques en guerre, Paris, Perrin, 2007, p. 774-779.
- Jean-Luc Leleu, La division SS-Totenkopf face à la population civile du Nord de la France en mai 1940, Revue du Nord 4/2001 (n° 342), p. 821-840

Dominique Tantin

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