Dans ce lieu de mémoire du chef-lieu de Dordogne, 45 personnes furent exécutées par les Allemands.

26 août 1944, cérémonie des obsèques des 45 victimes devant le Palais de Justice de Périgueux 1
Crédit : Jean-Paul Bedoin.
26 août 1944, cérémonie des obsèques des 45 victimes devant le Palais de Justice de Périgueux 4
Crédit : Jean-Paul Bedoin
26 août 1944, cérémonie des obsèques des 45 victimes devant le Palais de Justice de Périgueux 2
Crédit : Jean-Paul Bedoin
26 août 1944, cérémonie des obsèques des 45 victimes devant le Palais de Justice de Périgueux 3
Crédit : Jean-Paul Bedoin
Situé rue du 5ème Régiment de Chasseurs, c’est, aujourd’hui, un haut-lieu de la mémoire de la cité, même s’il demeure trop peu connu des Périgourdins. Grâce à l’initiative de Jacques Gobert, deux panneaux indicateurs, implantés à chaque extrémité de la rue du 5ème Chasseurs par les services municipaux, signalent l’existence de ce remarquable monument devant lequel, chaque année, le 19 août, est célébré l’anniversaire de la libération de Périgueux.
La libération de notre ville intervint en effet le 19 août 1944. Les combats qui précédèrent la libération furent d’une extrême violence. Comme nous l’avons maintes fois constaté, lors des entretiens que nous avons eus avec des résistants et déportés, témoins vivants de notre passé, la caserne du 35e [Régiment d’Artillerie] a servi durant toutes ces heures sombres de notre histoire de lieu de détention.
En cet été 1944, l’exaspération des Allemands, contraints d’abandonner la région, était à son comble, d’autant plus que la Milice, la Phalange nord-africaine avaient déjà fui. Aussi, en quelques jours, avant de quitter notre cité, ils exécutèrent, par petits groupes, 45 personnes. Les corps des victimes furent ensuite, selon un témoignage recueilli par Jacques Gobert qui a beaucoup fait pour sauver ce monument de l’oubli, « entassés dans une fosse proche, sur des cadavres de chevaux ». Après la libération de la ville, sur ordre des résistants, les prisonniers allemands en retirèrent les corps.
L’examen des actes de décès transcrits sur les registres de l’état-civil de la ville de Périgueux montre que 5 des 45 personnes fusillées en ce lieu l’ont été au mois de juin 1944 et que les 40 personnes restantes l’ont été entre le 12 et le 17 août 1944, soit dans la semaine qui précèda la libération de la ville.


Pourquoi une telle attitude ?
Un élément de réponse est fourni par l’ouvrage édité, en 1996, par l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance), De 1939 1940 à 1945 en Dordogne. La Résistance. La lutte contre le nazisme et le régime de Vichy. Témoignages et documents. Roger Ranoux, alias lieutenant-colonel « Hercule » (F.T.P.F.), ancien chef départemental des Forces Françaises de l’intérieur (F.F.I.), évoquant la Libération, y écrit : « Si les Allemands sont rompus à l’art de la guerre, l’édifice répressif qu’ils ont mis en place avec la collaboration du gouvernement de Vichy, se désagrège sérieusement à l’approche de la Libération. Ainsi la désertion des Géorgiens enrôlés dans l’armée hitlérienne se poursuit depuis le mois d’octobre 1943 et, en avril 1944, ce sont plusieurs centaines d’entre eux qui, en liaison avec la Résistance, ont déserté leur garnison de Périgueux. La légion nord-africaine, dont le moral est complètement usé demande à quitter le département où elle se sent haïe. Il en est de même pour la Milice. Et le colonel Sternkopf, d’origine autrichienne, qui commande la garnison de Périgueux, accepte des contacts avec la Résistance. »
Le haut commandement allemand, inquiet du comportement de cet officier, dépêcha à Périgueux le général major Arndt. Il reçut pour mission de reprendre les choses en main. Il arriva le 9 août, flanqué d’un fort détachement de la division germano-russe, de volontaires français pour la lutte contre le Maquis et du lieutenant-colonel Von Renteln qui demeura sur place jusqu’au départ des Allemands et commanda de fait la garnison.
Arndt qui ne séjourna que trois jours à Périgueux, réunit, le surlendemain de son arrivée, le commandant de l’état-major de liaison, le colonel Sternkopf, et le capitaine Hambrecht, chef du S.D. Il leur fit grief de ne pas avoir fait fusiller « au moins 90 % des salauds » qui se trouvaient enfermés au 35ème d’Artillerie et leur ordonna alors de faire immédiatement exécuter vingt-cinq détenus. « Sternkopf ayant émis quelques réserves, écrit Guy Penaud, dans son « Histoire de la Résistance en Périgord », l’adjoint d’Arndt est chargé de mener à bien cette mission ; il délègue ses pouvoirs au commandant Lainer qui, lui-même, charge le capitaine Glaefke de faire le nécessaire. Ce dernier désigne les "fusilleurs" parmi les membres de la 1ère compagnie du 960ème bataillon de sécurité. ».


Voyage au bout de l’horreur
Après le départ de l’occupant, le 24 août 1944, commencèrent, avec le concours des pompes funèbres, de médecins et d’infirmières de la Croix-Rouge, les exhumations des corps des fusillés du 35ème d’Artillerie. Ce furent les prisonniers allemands de Saint-Astier qui commencèrent l’ouverture de la fosse commune et mirent à jour les victimes.
Jeanne, Denise Veyri dite Hélène, à l’occasion d’un repas fraternel organisé par Gisèle et Jean Langevin et rassemblant, à Jumilhac-le-Grand, voici quelques années, les anciens des groupes Mireille et Roland, nous avait confié avoir vécu les heures qui suivirent la libération de Périgueux, visité la caserne Daumesnil et découvert les charniers de la caserne du 35e R.A.D.
A l’époque, cette jeune femme, fortement impliquée dans la Résistance, notamment au sein du groupe A.S. « Roland », jouant les journalistes, rédigea des « reportages » qui nous sont aujourd’hui précieux, du fait de leur précision : « Nous allons, écrit-elle, vers ces charniers découverts depuis hier, qui auraient été creusés le 12 août. On avait cherché les corps des martyrs et ce sont les prisonniers allemands faits à Saint-Astier et renvoyés sur Périgueux qui ont révélé l’existence des fosses communes. »
« Les fusillés avaient été enterrés sur place. Deux fosses ont été découvertes : une de 6 sur 3 mètres à peu près, une de 8 sur 3. On ne peut encore évaluer la profondeur.
La première couche de cadavres, au nombre de 20, a été retirée à très peu de profondeur. La deuxième que l’on vient de trouver est à peu près à un mètre. Il y a même un cheval. Sur les 20 prisonniers retirés, 18 ont été identifiés. La blessure est identique : fusillés dans le dos. Nous allons sur le lieu des exécutions, à quelques mètres de là. C’est un retrait de cour, d’une dizaine de mètres de profondeur, situé face aux fosses communes. Une énorme flaque de sang que la pluie a encore agrandie, parsemée d’éclats de crâne, de bérets troués de balles, d’une telle épaisseur qu’il est impossible de traverser tant elle est épaisse pour aller reprendre ces pauvres objets. On sent la folie vous gagner lorsqu’on pense que des humains qui se prétendaient français ont contribué à l’organisation de telles horreurs. Avant de partir, je vais voir les prisonniers allemands qui travaillent au déterrement des corps, gardés par la section Valmy AS. Je les regarde. Supplicier le vaincu fait partie pour eux des lois de la guerre, car aucun ne semble honteux et la preuve horrible qu’on leur donne de l’action de leur Gestapo ne paraît pas les atteindre dans leur honneur de soldats
. »
Dans une atmosphère irrespirable, chaque martyr, extrait du charnier du 35e « où, visage protégé, souligne Jacques Lagrange, les gendarmes mobiles procèdent à l’inventaire », est placé dans un cercueil. Tous sont enterrés le 26 août suivant, lors d’une cérémonie grandiose.


L’hommage aux victimes : photographies
« Le samedi 26 août, note Jacques Lagrange dans son ouvrage 1944 en Dordogne (Editions Pilote 24, Périgueux, 1993), quarante et un cercueils sont alignés devant le palais de justice à Périgueux. Chacun est recouvert du drapeau tricolore, mais les fleurs qu’on y dépose font comme un seul et même tapis. La foule des Périgourdins vient s’incliner ; des unités armées défilent en silence et les fanions sont en berne. Parfois l’odeur qui se dégage des catafalques est insoutenable. »
Là encore, la relation de l’événement par « Hélène » Veyri est essentielle :
« Le coup d’œil est impressionnant. Les hautes colonnes du palais de justice sont barrées de crêpe. Devant, sur les tréteaux, sont rangés les cercueils voilés de drapeaux. Une quantité de fleurs magnifiques les entourent. Deux groupes sombres de chaque côté des tréteaux : les familles des fusillés. Groupes de désolation aux visages tuméfiés par les larmes, aux corps agités de sanglots, revoyant les visages convulsés des êtres chers dont les yeux se sont fermés pour toujours sur une vision d’horreur. La foule se masse lentement. Les officiers prennent place face au palais de justice. Le haut-parleur annonce l’ordre du défilé des délégations qui va avoir lieu. L’orchestre joue la marche funèbre de Chopin. Les délégations arrivent, drapeaux en berne à la tête desquelles la section formée par le regretté Commandant Vernois, fusillé, et qui dort là aussi sous les drapeaux. Monseigneur va donner l’absoute que la foule suit avec un profond recueillement. Les chants sont dirigés par le maître de la chapelle de Saint-Front.
On procède ensuite à l’appel aux morts, chaque nom salué d’un "mort pour la France". Les accents de la sonnerie "Aux morts" montent ensuite dans un grand silence coupé de sanglots. L’instant est particulièrement émouvant. Après la minute de silence, l’allocution de Monsieur le Préfet est annoncée. En voici quelques extraits : "Nous avons effectivement la Libération, et au lendemain de ce jour, nous sommes priés de mener le deuil d’amis et de camarades de combat très chers. […]
Les cercueils que vous voyez là sont des cercueils de Français, de vrais Français. Vous savez qu’il y a eu 41 victimes des Allemands. Nous rendons à 40 des 41 victimes fusillées les ultimes et solennels devoirs, dernière preuve de l’horrible répression allemande à Périgueux. Acculés à la défaite, traqués de toutes parts, nos ennemis ont, semble-t-il, voulu nous laisser le témoignage de l’odieuse façon dont ils font la guerre. N’était-il pas assez que nous ayons eu les massacres de Payzac, les sinistres de Rouffignac, de Mouleydier, d’Oradour-sur-Glane, les morts face à l’ennemi.
Il faut qu’aujourd’hui même, à Périgueux, au lendemain de cette Libération que nous avons tant attendue et qui nous a procuré tant de joie, nous menions le deuil de nos amis. Il y a 8 jours à peine, cette place était commandée par un officier allemand. Nous le savons puisque les cercueils sont là.
Le samedi 12 août, on fusillait 22 des nôtres détenus dans cette caserne qu’occupait autrefois un noble régiment de France qui lui est resté sans tache. Dans les jours qui suivirent, par petits paquets, un, deux, les Allemands arrivèrent à ce total de 41 fusillés. 41 braves qui sont morts en braves, 41 soldats de France dont le plus jeune, vous ne l’ignorez pas, avait 15 ans et demi.
41 soldats de France de tous âges, que la fureur de l’ennemi, au commandement d’un officier, a arrachés à toutes les affections de leur famille, de leurs amis, de leurs camarades de lutte clandestine et de combat.
Ils ont lutté avec nous, pour nous, et c’est en partie grâce à leur sacrifice et à leur abnégation que nous avons la liberté aujourd’hui.
Ici ou là, nous avons tous notre place au combat. Eux comme nous étaient au poste qui leur avait été assigné, et, un jour, au cours d’une liaison, d’une reconnaissance dans leur maison, dans leur bureau, dans la rue, ils ont été appréhendés et conduits dans une cellule et toute l’horreur de la Gestapo s’est abattue sur eux. Les interrogatoires des arrêtés, je n’en parlerai pas. Nous savons tous ce que c’est et nous détestons tous trop ce genre de sévices pour que j’en fasse le récit. Une chose cependant me tient à cœur, c’est de dire que jamais personne de nous ne doit s’associer à des actes de ce genre. Nous les réprouvons profondément. S’ils ont eu lieu déjà, ils n’ont jamais été commandés ; ils ont eu lieu en dehors de nous, contrairement à notre volonté et à notre insu. Ils choquent profondément nos sentiments.
Nous pensons qu’ayant combattu pendant quatre ans pour le respect de la personne et de la dignité nous devons commencer par la respecter nous-mêmes. Nous jugerons, nous condamnerons s’il le faut, mais nous garderons les mains propre Sortis des mains de la Gestapo ; ils ont subi l’emprisonnement, et le jour où ils ont été fusillés, ils ont supporté l’exécution comme un honneur, en soldats, avec le cri de "vive la France", en chantant La Marseillaise et, dans le cœur, l’affection des leurs et de la France pour qui ils sont morts. Tous et chacun d’entre eux doivent être pour nous un exemple.
Morts, ils seront vivants dans nos pensées dans nos cœurs. Leurs tombes resteront fleuries, leur souvenir ne sortira pas de nous-mêmes. Je dis à leurs familles, à leurs amis, devant le quels je m’incline. Les parents de nos amis doivent trouver sur ces cercueils si douloureux, cette conviction que chacun partage, que chacun ici sait, que cette douleur est une offrande à la cause de la patrie, et qu’un honneur’ impérissable s’attache au souvenir de ceux qui sont morts pour France.
 »
Et Hélène Veyri d’ajouter : « Monsieur le Préfet va ensuite présenter ses condoléances aux familles, et immédiatement après la Marseillaise, la foule reçoit l’ordre d’évacuer le cours Montaigne, afin que les cercueils puissent être remis aux familles et acheminés vers les cimetières. Les drapeaux sont enlevés ; les noms apparaissent et c’est alors, bien que très bref, le moment le plus pénible peut-être de la journée. Il y a des scènes de désespoir vraiment déchirantes. Des charrettes parées de drapeaux s’avancent lentement. Des délégations de chaque section sont chargées de l’enlèvement des cercueils. La section Taillandier se charge du transport de son chef, le commandant Vernois, mort pour la France. Et c’est le départ vers les cimetières où ils reposeront parmi leurs familles. Dans cette journée si profondément désolée, où nous avons pu voir les horribles conséquences des derniers sursauts de rage d’un ennemi acculé à la défaite, il y avait une pensée consolante : celle d’avoir pu retirer à temps des charniers et remettre aux familles les corps des leurs, et leur rendre les derniers honneurs auxquels leur mort de soldats et de martyrs leur donnait droit. »


La genèse du monument
En octobre 1944, c’est-à-dire deux mois après la fin du massacre, une plaque commémorative « provisoire » fut inaugurée sur le lieu même. « Les honneurs, rapporte Jacques Gobert, furent alors rendus par la 222ème compagnie F.T.P.F. commandée par le sous-lieutenant Yves Bancon ». Par la suite, le service départemental des Domaines céda l’emplacement à la ville de Périgueux.
L’implantation d’un cénotaphe y fut envisagée et, comme le montrent les registres des délibérations, le conseil municipal, dans ses séances des 21 et 27 mars 1952, vota le projet d’aménagement des lieux car « le souvenir des résistants tombés en août 1944 appelle un témoignage durable de la reconnaissance publique ».
L’administration municipale confia à M. Lafaye, architecte urbaniste de la ville, le projet d’aménagement du mur des fusillés qui nécessita l’exécution d’un groupe sculpté qui occupe la partie centrale de l’édifice. Ce fut le sculpteur Gilbert Privat, Grand Prix de Rome, qui fut chargé de l’avant-projet de l’œuvre. Ce projet reçut le feu vert du préfet de la Dordogne le 11 mai 1953.
Le 17 octobre 1954, le monument fut inauguré, sous la présidence du général Koenig, ancien chef suprême des F.F.I., en présence des plus hautes autorités civiles et militaires, des représentants des mouvements de résistance et de la population qui découvrit alors l’imposante sculpture de Maître Privat, une statue de 3.50 m, en pierre de Chauvigny, adossée à une Croix de Lorraine et personnifiant la Résistance sous les traits d’une femme énergique venant de briser ses chaînes et, près d’elle, des combattants, à l’échelle humaine, dont les visages expriment à la fois la surprise et l’espoir.
Sur le mur, de part et d’autre du groupe sculpté, M. Lafaye a fixé dans la pierre les noms en relief des 45 martyrs.
Le chef des Forces Françaises de l’Intérieur évoque alors les immenses services rendus aux alliés par la Résistance : « Avec ou sans uniforme, les résistants de la Dordogne ont bien œuvré pour le pays. Qu’ils en soient remerciés par celui qui fut leur chef lointain ! ». Puis, selon la presse de l’époque, « choisissant deux noms exemplaires, ceux de Charles Mangold et de Mlle Guyonnet, victimes de leur foi en la France, il dit tout leur courage et leur douloureux combat, associant à eux les 43 autres noms qui s’inscrivent dans la pierre ».


L’actualité du monument
Chaque 19 août, Périgueux commémore sa libération en 1944, commémoration qui se termine toujours, en présence des personnalités civiles et militaires, des familles des martyrs et d’une assistance nombreuse, par une émouvante cérémonie au cours de laquelle le maire évoque ce moment très fort de l’histoire de la ville.
Le 19 août 2011, Michel Moyrand, premier magistrat de la ville, tint à rendre hommage à un Périgourdin qui a beaucoup œuvré pour que la mémoire de ces fusillés reste intacte en apposant, dans l’enceinte du Mur des Fusillés, une plaque à la mémoire de Jacques Gobert, décédé le 15 août 2009 et qui n’a eu de cesse de faire connaître ce lieu et de rechercher les identités exactes des victimes.
« Jacques Gobert, rappela Michel Moyrand, racontait avec une intense émotion sa poignante rencontre, le 19 août 1997, lors de cette même cérémonie ici au Mur des fusillés, avec un homme en larmes. Ce témoin direct du massacre avait encore en mémoire le souvenir, intact et atroce, de la vision des corps des fusillés, jetés sur le cadavres d’un cheval dans une fosse creusée ici, à quelques mètres de l’endroit où nous nous trouvons. M.Gobert avait été si frappé par cette rencontre qu’il avait décidé que ces martyrs ne pouvaient pas rester dans l’ombre de nos mémoires. C’est grâce à sa persévérance que nous pouvons chaque année rendre pleinement hommage à ces disparus qui nous sont chers. »
Ainsi, Jacques Gobert a-t-il contribué à mieux faire connaître ce monument peu connu des Périgourdins, situé dans une enclave des casernes, le long de la voie ferrée.
Cet endroit symbolique pour notre ville, haut lieu du souvenir et du recueillement, comme toutes les stèles et plaques parsemant les rues de notre cité, contribuent à perpétuer la mémoire des terribles épisodes de notre histoire récente.
Gardons à l’esprit les mots prononcés en ce lieu même, le 19 août 2010, par le maire de la ville de Périgueux, Michel Moyrand :
« Comme chaque année, à la pensée de ces hommes et de ces femmes, de ces héros, de ces martyrs qui ont risqué et perdu leur vie pour que la nôtre soit libre aujourd’hui, les mots adressés par l’écrivain Thomas Mann aux résistants allemands sur les ondes de la BBC me reviennent à l’esprit. "Vous ne serez pas morts en vain. Vous ne serez pas oubliés", leur disait-il. »


Liste des victimes


5 juin 1944
LEROUGE André, dit LEBLANC, 30 ans


19 juin 1944
Quatre hommes du Maquis, après avoir été condamnés à mort par un conseil de guerre allemand siégeant à Périgueux, furent exécutés à dix-sept heures.
THURMEL Gabriel, 28 ans
THURMEL Gérard, 26 ans
REY Jean, 20 ans
TREMOULET Roger, 21 ans


12 août 1944
Grâce au témoignage d’un rescapé que cite Guy Penaud, nous savons dans quelles conditions cela s’est passé : « Dans ces cellules se trouvaient des hommes arrêtés dans la ville comme suspectés d’aider la Résistance et d’autres pris au cours d’opérations effectuées par l’armée allemande contre les forces de Maquis de la région. Le 12 août 1944 (vers 18 heures), des membres de la Gestapo de Périgueux se sont présentés aux cellules avec une liste et un nommé René Schmitt, agent français à leur solde, a fait l’appel des noms portés sur la liste ».
Après avoir remis leurs papiers d’identité retirés, les personnes désignées sont montées, encadrées de soldats allemands en armes, baïonnettes au canon, dans un gros fourgon cellulaire stationné devant la porte qui, ensuite, rejoint le fond de la cour du quartier. « Peu de temps après, ajoute le témoin, des détonations claquèrent et j’ai compté cinq salves espacées d’environ cinq minutes l’une de l’autre. Nous avons compris, mes camarades et moi, que ces malheureux emmenés à l’instant venaient d’être fusillés ».
Si l’on s’en réfère au registre de l’état civil de la ville de Périgueux, l’un a été fusillé à 16 heures, un autre à 17 heures. Vingt et un à 18 heures.
LEBOVIC Jacques, 48 ans
CHEVALIER Louis, 31 ans
Les vingt et un exécutés ce jour-là à 18 heures. Par ordre alphabétique, il s’agit de :
BAPTISTE Serge, 16 ans
BELLÉ
CAMIL Émile, 56 ans
DAGBERT Auguste Constant dit « Boulogne », 46 ans
ESKENASI Marco, 48 ans
FLIEG Alphonse Fernand, 28 ans
KORNBLITT Marcel dit « Martin », 28 ans
LECOINTE Georges, 42 ans
LESPINE Marcel, 26 ans
MANGOLD Charles, alias « Vernois », 53 ans
MASSIP Robert, 41 ans
MAZEAU Georges, 25 ans
MICHEL René-Charles, 43 ans
ROBERT Michel, 31 ans
RUBINSAFT Moïse Aron dit « Radoux », 46 ans
SALLE Alfred, 44 ans
SKRZIPEK Abraham, 45 ans
TALAUCHER Gérard, 23 ans
TATARKOWSKI Abraham
VERGNOLLE Auguste, 32 ans
WARNIER Rolph


14 août 1944
un seul homme est exécuté, vers 14 heures.
PONCEAU Jean, 18 ans


16 août 1944
Un seul homme fut exécuté.
CHATELIER Elie, dit « Chastaing », 30 ans


17 août 1944
AROD Roland, 23 ans
BORDEAUX Henri Paul Edmond, 36 ans
COLOMB Jean, Louis, Roger, 46 ans
FRUCTUS Pierre, 18 ans
GRANDOU Roland Léon Pierre Albert, 37 ans
GUICHARD Robert, 31 ans
GUYONNET Marie, 53 ans
JAVANAUD Elie, 21 ans
KAHN René, 46 ans
LACUEILLE Pierre Jean Gabriel, 37 ans
LEMAHIEU Paul Augustin, 30 ans
MARTIN Albert Jean, 37 ans
PIRODEAU Amédée, 31 ans
POMIER Jacques, 15 ans et 8 mois
SCHIFFMANN Lucien, 33 ans
UN INCONNU
Sources

SOURCES : Arch. dép. Dordogne. — Archives Jean-Paul Bedoin. — Guy Penaud, Histoire de la Résistance en Périgord, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, 2013. — état civil.

Jean-Paul Bedoin, Dominique Tantin

Version imprimable de cet article Version imprimable