Le 14 août 1944, au cours d’une réunion du Comité militaire régional des FTP, la décision fut prise de déplacer la compagnie Paul Bert, alors constituée en maquis dans les bois de Chatillon, à l’ouest de Pont-sur-Yonne (Yonne), vers les étangs de Saint-Ange, en forêt d’Othe. De là, elle devait ensuite gagner Auxerre pour prendre part à la Libération, en fonction des décisions prises par l’état-major départemental FFI. Des reconnaissances furent effectuées la veille du départ car de nombreuses troupes allemandes refluaient sur les axes qui devaient être empruntés. Les déplacements qui s’effectuèrent du 17 au 20 août furent à l’origine de dix morts (trois civils et sept maquisards) et d’une disparition.
Un détachement précurseur partit le 17 août. Il comprenait vingt-cinq à trente hommes montés dans cinq véhicules. Il avait pour mission de mettre en place le nouveau camp et avait ordre d’éviter le contact avec l’ennemi. Il emprunta le CD 23. Peu après le pont sur l’Oreuse, entre Gisy-les-Nobles et Évry, le dernier véhicule fut arrêté par une crevaison. Dissimulés dans un champ de maïs, plusieurs maquisards en assuraient la protection. C’est alors que survint, se dirigeant lui aussi vers Sens, un camion découvert, conduit et occupé par une quinzaine de militaires allemands. Albert Hauser, un déserteur antinazi de la Wehrmacht, tira deux obus au bazooka. Les militaires allemands sautèrent du camion et se réfugièrent dans une plantation de peupliers. Ils battirent très vite en retraite, laissant cinq morts sur place et revinrent à Gisy-les-Nobles avec les blessés. Ils exigèrent du maire une inhumation immédiate des morts et installèrent mitrailleuses et canons légers à l’entrée et aux principaux carrefours de Gisy. Le village fut épargné. Traversant le village proche de Voisines, un maquisard tira sur un soldat SS d’une unité stationnant au village. La conséquence fut dramatique. L’instituteur Georges Despaty, et le maire, Marcel Bernisset, furent immédiatement fusillés.
Le 18 août, la compagnie se scinda en deux groupes pour plus de sécurité dans son déplacement. La première colonne était constituée d’une soixantaine de très jeunes maquisards. Le convoi était composé d’une douzaine de véhicules disparates dont deux camions. Les hommes de tête disposaient, en plus de leurs armes individuelles, de deux FM, d’un bazooka et d’une sorte de mortier (PIAT). Un premier accrochage se produisit au carrefour avec la route nationale 60 (Sens-Orléans) avec un convoi mal équipé de troupes allemandes en retraite. Un Allemand fut tué ; les maquisards ne déplorèrent aucune perte.
Un second accrochage eut lieu au carrefour de Véron, après le passage de l’Yonne. Un officier allemand fut tué ; le convoi dut modifier son itinéraire et s’engagea dans une impasse au niveau du village de Passy. Le village de Véron et le château de Passy étaient alors occupés par un important groupe de SS que le dernier accrochage avait alertés. Une automitrailleuse ouvrit le feu sur les maquisards. Deux d’entre eux furent tués : Lucien Chollet et Francis Talibart, et peut-être un troisième, inconnu. Le lendemain, les Allemands exercèrent de violentes représailles sur la population civile. Plusieurs jeunes filles furent brutalisées et violées ; un civil de passage, M. Simon, garagiste à Sens, fut abattu d’une rafale de mitraillette dans le dos.
La seconde colonne comptait une quarantaine d’hommes. Elle quitta le maquis en fin d’après-midi et devait se déplacer à pied. Dans la nuit noire du 19 au 20 août 1944, des hommes s’égarèrent en traversant la vallée de la Vanne et entrèrent dans le parc du château de la Grève, à Theil-sur-Vanne. La 17e SS Panzergrenadier Division Götz von Berlichingen stationnait depuis peu dans ce château. Une sentinelle allemande ouvrit le feu, réveillant la troupe. Les soldats allemands arrivèrent dans le parc avec un projecteur et se livrèrent à une chasse aux maquisards. Quatre d’entre eux furent massacrés : Claude Farinot, Georges Trottin, Lucien Vambergues, Lucien Vincent. Le maquisard Fernand Marteau fut porté disparu et ne fut jamais retrouvé.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, 33 J 12. — Témoignages de Robert Loffroy (1996), du chef du maquis, Constantino Simo (1996), et des anciens maquisards de la compagnie Paul Bert : Robert Venet (1996), Max Coët (1998 et 2003), Gilles Chicanne (1996), René Martiré (1996), Roger Pruneau (1996). — Joël Drogland, Histoire de la Résistance sénonaise, ARORY, 2e édition, Auxerre, 1998. Roger Pruneau, Contribution à la connaissance de l’histoire du département et de la Résistance dans l’Yonne pendant la guerre 1939-1945, inédit, 2002. CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Joël Drogland, notices sur les déplacements de la compagnie Paul Bert).

Joël Drogland

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