Le maquis Aillot, dépendant du mouvement Libération-Nord, s’était constitué en mars 1944 au lieu-dit Pinagault, une ferme en ruines située dans les bois de l’Hospice, à cheval sur les communes de Vireaux et de Lézinnes (Yonne), à une dizaine de km au sud-est de Tonnerre. Commandé par Émile Mennecart et son adjoint Georges Navotte, il comptait une quarantaine d’hommes après le Débarquement.
Une activité suspecte s’était développée depuis quelques jours autour de ce maquis. Un des maquisards avait disparu en emportant les lampes électriques et un habitant de Vireaux était venu prendre des relevés de l’emplacement du maquis. Le 16 juin, trois motocyclistes français s’étaient arrêtés à Vireaux et, s’étant présentés comme des maquisards en fuite désireux de rejoindre la Résistance, ils furent imprudemment renseignés par des habitants du village sur la présence du maquis. Georges Navotte accepta de rencontrer deux d’entre eux mais refusa de les incorporer et prévint son chef, Émile Mennecart, qui lui confirma la présence d’espions de l’Abwehr dans la région.
Très tôt au matin du 18 juin, une formation de deux à trois cent « Russes blancs », encadrée par quelques officiers allemands, qui avait stationné la veille près du château de Tanlay, prit la route du maquis. Un détachement s’arrêta en chemin pour prendre des otages : Jeannine Vadot et Maurice Duval à Ancy-le-Libre (Yonne), Roger Maitrot et Auguste Ramel à Lézinnes. Au maquis, vers 5 h du matin, la sentinelle Maurice Johannet (« René ») donna l’alerte et engagea le combat au fusil-mitrailleur, donnant ainsi le temps à ses camarades de décrocher. Trois maquisards, Maurice Johannet, Jean-Claude Christol et Jean Porrot furent blessés en protégeant le repli de leurs camarades ; capturés, ils furent battus à mort.
Pendant ce temps, une partie du détachement occupait le village de Vireaux et rassemblait les hommes sur la place, faisant preuve de beaucoup de brutalité. Les deux faux maquisards étaient présents en uniforme allemand. Ils s’en prirent particulièrement à plusieurs femmes, dont l’épouse de Georges Navotte, suspendue par les bras, et firent prisonnières Thérèse Antiquario et Yvonne Magoni. À 10 h 30, les Allemands quittèrent le village avec deux nouveaux otages, le maire de Vireaux Henri Machefer et Roger Choquenet, et se dirigèrent vers le hameau des Granges-Sambourg, sur la commune de Sambourg, où les cinq otages furent frappés puis fusillés contre un mur, devant les trois jeunes filles prises en otages.
Pendant ce temps, un petit détachement se dirigeait vers la ferme du Deffroy (ou Défois), située au milieu des bois. Un des maquisards, Pierre Brûlé, qui s’y remettait d’une blessure à la jambe reçue le 13 juin près de Moulins-en-Tonnerrois (Yonne), fut abattu dans le dos alors qu’il tentait de s’enfuir. Son cousin, Jacques Gemble, qui l’hébergeait, fut torturé, emmené sur l’emplacement du maquis et abattu à son tour.
Les trois jeunes filles arrêtées, Jeannine Vadot, Thérèse Antiquario et Yvette Magoni, après avoir été menacées d’exécution, furent emmenées en camion et incarcérées à la prison d’Auxerre, d’où elles furent libérées quelques jours plus tard.
Une stèle et une plaque perpétuent le souvenir de ce drame du 18 juin 1944 : la stèle érigée dans les bois du hameau d’Angy, sur la commune de Lézinnes, à la mémoire des cinq morts (Pierre Brûlé, Jean-Claude Christol, Jacques Gemble, Maurice Johannet et Jean Porrot) du maquis Aillot tués ce jour-là, et la plaque apposée sur le mur d’une ferme du hameau des Granges-Sambourg, commémorant la mort des cinq otages (Robert Choquenet, Maurice Duval, Henri Machefer, Roger Maitrot et Auguste Ramel) exécutés à cet endroit le même jour.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, 1 W 157 et 33 J 18 (registre de la prison d’Auxerre). — Journal l’Yonne Républicaine, articles du 29 octobre 1944 et du 18 juin 1945. — Témoignage oral de Georges Navotte. — CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Frédéric Gand, notice 18 juin 1944, attaque du maquis Aillot et massacre des Granges-Sambourg). Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée, Éd. ANACR-Yonne, 1990, pages 394-395. — Mémorial GenWeb.

Claude Delasselle

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