Stèle de Chatel-Gérard
Stèle de Sarry
La région de Châtel-Gérard, à une vingtaine de km au sud de Tonnerre (Yonne), très boisée, abritait plusieurs maquis qui trouvaient de l’aide et du ravitaillement dans les fermes dispersées de la région. Dans la nuit du 8 au 9 août 1944, une troupe de plusieurs centaines de soldats allemands et de « Russes blancs » se déploya dans le secteur de la forêt de Saint-Jean et de la forêt de Châtel-Gérard. À 4 h du matin, ils attaquèrent un maquis récemment reconstitué aux Souillats par un des groupes de la compagnie FTP Colbert disloquée après le combat de Massangis (Yonne), le 23 juillet 1944. Un des maquisards, Georges Hardy, fut tué en traversant une route, à peu de distance de la ferme de Vausse. Le chauffeur d’un camion réquisitionné, René Boisanté, capturé, sera incarcéré à la prison d’Auxerre et fusillé le 20 août 1944 près d’Auxerre.
Pendant ce temps, une partie de cette troupe cernait la ferme des Ranneaux, la ferme des Cornes et le prieuré de Vausse. La ferme du prieuré de Vausse fut fouillée, mais les Allemands ne trouvèrent rien de compromettant. À la ferme des Ranneaux, les habitants, surpris par l’arrivée brutale des Allemands, furent poussés sans ménagement dans la cour. Les quatre hommes, le fermier Auguste Parain, son fils Camille, un neveu et l’ouvrier agricole Henri Santerre furent torturés. Les bâtiments furent fouillés et pillés, les animaux égorgés et les soldats firent ripaille une partie de la matinée devant les occupants de la ferme épouvantés, madame Parain, la fiancée de Camille, la femme du neveu et quatre enfants. Au hameau des Souillats, une vingtaine de personnes furent arrêtées mais libérées vers midi. La ferme des Cornes fut également investie et fouillée. Sous un lit de paille, les soldats découvrirent trois motos et un stock de tabac. André Trameau, un des fils d’Alfrédine Trameau, qui avait été arrêtée le 25 novembre 1943 et déportée, fut arrêté.
Au bourg de Châtel-Gérard, tous les hommes furent rassemblés dans la cour de l’école et les maisons fouillées. Deux maquisards de la compagnie FTP Colbert, Henri Tannevart et Pierre Lespaillandel, qui arrivaient en moto à Châtel-Gérard, furent arrêtés. Les soldats firent monter six hommes dans un camion et douze autres dans un autre et partirent sur la D101 en direction de Sarry (Yonne). À trois km de Châtel-Gérard, sur le territoire de la commune de Sarry, le convoi s’arrêta, les soldats firent descendre les hommes du premier camion (Pierre Lespaillandel, Auguste Parain, Camille Parain, Henri Santerre, Henri Tannevart et un inconnu) et les fusillèrent sur le bord de la route sous les yeux horrifiés des occupants de l’autre camion, persuadés que leur tour allait venir. Mais ceux-ci furent emmenés à la prison d’Auxerre et emprisonnés jusqu’à la Libération.
Le même jour, trois résistants incarcérés à la prison d’Auxerre, Marcel Boname, Robert Fanicher et Henri Petit avaient été emmenés en camion par cette troupe depuis Auxerre jusqu’à Châtel-Gérard : ils furent fusillés route de Marmeaux (D 115), à 400 mètres du bourg.
Les noms d’Auguste Parain, Camille Parain, Pierre Lespaillandel, Henri Santerre et Henri Tannevart figurent sur le monument édifié sur la commune de Sarry. Les noms de Marcel Boname, Robert Fanicher et Henri Petit figurent sur le monument de la route de Marmeaux à Châtel-Gérard, qui porte aussi le nom de Georges Hardy, le maquisard FTP tué près de la ferme de Vausse au matin du 9 août 1944. Ces neuf noms figurent aussi sur une plaque apposée dans l’église de Châtel-Gérard et sur le monument des déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre.
Sources

SOURCES : CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Joël Drogland, notice 9 août 1944 : terreur nazie à Châtel-Gérard). Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée, Éd. ANACR-Yonne, 1990, page 439. — Mémorial GenWeb.

Claude Delasselle

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