Dans cette commune du département de la Charente, le 24 août 1944, un combat opposant des FFI du maquis Bir Hacheim de l’Armée secrète (AS) à des troupes allemandes fit neuf morts parmi les résistants ; un civil fut abattu.

Stèle commémorative à Condac
Crédit : Site Internet sur Ruffec-Condac
Un contingent allemand était stationné à Ruffec et aux alentours pour assurer le contrôle de la route nationale 10 et de la voie ferrée Bordeaux-Paris, un axe stratégique essentiel pour la Wehrmacht qui a reçu le 19 août l’ordre de repli général du sud-ouest vers le nord-est et l’Allemagne. C’est la seule voie de retraite possible depuis la libération de Limoges par Georges Guingouin et les maquisards de Haute-Vienne le 21 août. Ces troupes allemandes incluaient des supplétifs hindous, soldats de l’armée britannique capturés en Libye et en Egypte et enrôlés dans la Wehrmacht, par nationalisme antibritannique ou pour échapper à la captivité.
Les résistants tentèrent de provoquer des défections dans leurs rangs. Ils montèrent une opération de propagande en équipant une voiture d’un haut-parleur afin de leur lancer un appel à déserter. Le 24 août, en fin d’après-midi, venant de Condac sur la rive gauche de la Charente, protégée par un corps franc et deux compagnies de Bir Hacheim, elle traversa le fleuve et remonta la rive droite en direction de Ruffec.
Du sommet du versant dominant la vallée, les Allemands ripostèrent. Les tirs de mitrailleuses et de mortiers détruisirent la voiture. Les maquisards durent repasser la rivière. Neuf d’entre eux furent abattus. Un civil, André Agnès, de Ruffec, qui travaillait dans les bois de Condac, fut tué en voulant regagner son domicile.
Jacques Rodde, un témoin, relate la découverte et l’inhumation des corps des résistants.
« Quelques jours plus tard, avec des copains, nous nous sommes approchés au plus près de la butte où avait eu lieu le combat. Sur la route se trouvait un fourgon renversé et incendié, avec un haut-parleur. Dans le fossé, il y avait les corps des maquisards abattus. Je n’ai pas pu les compter, mais je me rappelle que l’un d’entre eux, assis, mort dans le fossé, se tenait la tête avec un mouchoir. J’ai su par M. Belly, croque-mort, qu’à la demande des autorités de Condac et Ruffec, les corps avaient été transportés au cimetière de Condac, où ils sont restés jusqu’à la libération de Ruffec."
"Au moment de leur inhumation à même la terre, sans cercueil, M. Belly, fossoyeur, avait apporté des sacs dans l’intention de leur couvrir le visage. Les Allemands s’y étaient opposés. Cependant, profitant d’un moment d’inattention de leur part, M. Belly avait réussi à couvrir le visage des morts avec de l’herbe arrachée près de la fosse."

Une stèle commémorative fut érigée sur les lieux du combat, au bord de la RN 740. Les noms des victimes y sont inscrits.
AGNÈS André
BERNARD André
GAGET René
JONCOUR Alain
LAGARDE James
LAGARDE Jean-Louis, Roland
MERCIER Marc
NIEMEZYCK Étienne
VERBOIS Lucien
VIVIEN Marc
Sources

SOURCES : Guy Hontarrède, La Charente dans la Seconde Guerre mondiale, Dictionnaire historique, Saintes, Le Croît vif, 2004, p. 68-69. — CD-Rom, La résistance en Charente, AERI, 2005. — MémorialGenWeb. — Site Internet sur Ruffec-Condac — Actes de décès communiqué par la mairie de Condac.

Dominique Tantin

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