Le 8 juin 1944, près de Saint-Céré (Lot), deux importants cadres toulousains de la Résistance en R 4 et un membre du maquis Pol-Roux de Vabre (Tarn) furent capturés par un détachement de la 2e division blindée SS Das Reich et furent aussitôt exécutés ; leurs corps furent inhumés le lendemain au cimetière de la ville. Le même jour, trois résistants de Cahors (Lot) venus également dans la région afin de récupérer une partie des armes de ce parachutage furent aussi fusillés, à un autre moment de la journée, par des SS de la division Das Reich

Le 6 juin 1944, Louis Pélissier, adjoint au DMR de la R4 (Toulouse) quitta Toulouse pour le Lot en automobile accompagné par le lieutenant Jean Cressot responsable adjoint du service des maquis de la R4 afin d’inspecter le terrain de parachutage « Chénier » et de récupérer des armes. Il se rendirent d’abord à Vabre (Tarn) afin de se joindre à un groupe du maquis (AS) implanté dans les environs de cette localité du sud-est du département dans les monts de Lacaune. Ce maquis était dirigé par un industriel protestant Guy-Gervais de Rouville (1915-2017) alias Pol-Roux, nom sous lequel on désigna aussi le maquis dont il fut l’âme. Les armes devant être récupérées dans le Lot étaient destinées à équiper ce maquis. Le terrain de parachutage, portait le nom de code de « Chénier », identique au patronyme de Jean Cressot ; il était situé à proximité de Sousceyrac localité au nord du département du Lot, à seize kilomètres à l’Est de Saint-Céré (Lot).
Lorsqu’ils circulaient dans le Lot, avant d’atteindre Saint-Céré, l’automobile des deux dirigeants militaires de l’AS de la R4 était suivie par un camion à bord duquel avaient pris place six hommes du maquis Pol-Roux (AS) situé pourtant loin de Saint-Céré, puisque implanté à l’est du Tarn, dans les Monts de Lacaune. Le choix de faire appel à des membres d’un maquis aussi éloigné du terrain d’atterrissage s’explique par le fait que le PC de Bernard Schlumberger, DMR de la R4 et supérieur direct de Louis Pélissier, se trouvait à Vabre où était implanté le maquis Pol-Roux et que les armes récupérées lui étaient destinées.
Le camion était parti avec six maquisards de Saint-Pierre-de-Trivisy (Tarn), commune limitrophe de Vabre. Près de Saint-Céré (Lot), les occupants des deux véhicules de la Résistance rencontrèrent un convoi allemand partiellement blindé (de la 2e division SS blindée Das Reich à qui le général Blaskowitz, commandant l’Armeegruppe G, avait donné l’ordre, ce même jour, de détruire les maquis du sud-ouest du Massif Central ; le 11 juin, il leur ordonna de gagner au plus vite le front de Normandie).
Pour certains auteurs chroniqueurs de la Résistance, les deux véhicules étaient de retour du terrain de parachutage avec le camion chargé d’armes ; pour d’autres, qui appuient leurs dires sur les témoignages des occupants du camion qui purent s’échapper et eurent la vie sauve, le convoi s’était d’abord arrêté à Saint-Céré afin de réparer des crevaisons à l’atelier de M. Gambade serrurier et, occasionnellement garagiste (Henri Gambade, 1920-2016, résistant de Saint-Céré impliqué dans les réceptions de parachutages, était le fils de Raymond, propriétaire de l’atelier dans cette localité ; tous deux étaient résistants et impliqués dans la réception des conteneurs parachutés), et se dirigeait vers le terrain d’atterrissage. Cette version semble la plus vraisemblable. En effet, après cette réparation, Germain Records, du maquis de Vabre et résident à Graulhet (Tarn) fut invité à s’installer dans l’automobile des deux officiers, Pélissier et Cressot, ce qui lui fut fatal.
Les véhicules se dirigèrent ensuite vers Sousceyrac. Le camion prit à son bord le forgeron de Frayssines, village proche de Saint-Céré, ce qui les retarda et fut à l’origine de leur rencontre avec un convoi de la division Das Reich comprenant trois autochenillettes, trois automitrailleuses et une trentaine de camions. Les Allemands découvrirent une arme dans l’automobile. Après la rencontre inopinée avec les Allemands, les occupants du camion, purent, après avoir abandonné leur véhicule, se camoufler et, pour quatre d’entre eux — dont Maurice Julien et Georges Chamayou, d’Espérausses (Tarn) — , rallier à pied leur maquis tarnais à Saint-Pierre-de-Trivisy après avoir été abrités pendant deux jours par les habitants de Sousceyrac.
Les trois occupants de la voiture de tête furent capturés. Pélissier, et Records furent fusillés : Pélissier et Records au bas de la route de Saint-Laurent-les-Tours et Cressot à un kilomètre de là, au lieu-dit Beaune, dans le territoire de la commune voisine de Saint-Laurent-les-Tours, très proche de Saint-Céré. Leurs corps furent laissés sur place pendant vingt-quatre heures. Mlle Brun, de la Croix-Rouge obtint des occupants qu’ils fussent inhumés à Saint-Céré. Les Allemands incendièrent le camion.
Vers 23 heures, après que l’on eut entendu des coups de feu au Pont Neuf, à proximité de l’hôtel de la Truite, les Allemands du détachement de la division Das Reich fusillèrent aussi trois hommes de Cahors (Lot) et jetèrent leurs corps dans un affluent de la Dordogne, la Bave, qui arrose Saint-Céré. Des auteurs qui relatèrent les massacres du 8 juin à Saint-Céré confondirent parfois ces trois assassinés et les résistants exécutés quelques heures plus tôt. En effet, ces trois hommes, Raymond Fontchastagnier né en 1925, Jean-Jacques Poli* entrepreneur de travaux publics à Cahors né le 25 novembre 1912 à Albertville (Haute-Savoie) et Jean Rottembourg* né en 1897 étaient des résistants de Cahors (Lot). Ils étaient venus, eux aussi, récupérer des armes réceptionnées au terrain « Chénier » de Sousceyrac.
Les noms des trois résistants de la Haute-Garonne (Louis Pélissier, Jean Cressot) et du Tarn (Germain Records) furent gravés sur une stèle érigée à Saint-Céré (Lot) en mémoire de leur exécution sommaire le 8 juin 1944. Une autre stèle fut érigée à la mémoire de Jean Cressot à Saint-Laurent-les-Tours, commune qui honora aussi en donnant son nom à une des voies de la commune. Une autre stèle fut érigée sur le pont franchissant la Bave à la mémoire des trois autres exécutés du 8 juin 1944, Raymond Fontchastagnier, Jacques, Marie Poli et Jean Rottenbourg.
Ce même jour, en réponse à la capture des trois résistants de Toulouse et du Tarn, des SS de la division Das Reich rassemblèrent quarante otages, pour la plupart des femmes et des enfants, en haut du boulevard Gambetta de Saint-Céré. L’intention du chef du détachement, renforcé entre temps par une colonne venue d’Aurillac (Cantal) était de les exécuter. C’est alors qu’une coiffeuse de la localité — Bozina [Berthe] Nasinec (1907-1963), Tchèque, née à Prague, mariée en 1933 avec Robert Pépiniot coiffeur à Saint-Céré — s’adressa en allemand à l’officier qu’elle identifia (au moment des faits ? Ou rétrospectivement lorsque ses agissements à Oradour furent connus d’un très large public ?) comme étant Adolf Diekmann, qui devait s’ « illustrer » deux jours plus tard à Oradour-sur-Glane. Toutefois, il est établi de manière irréfutable (Guy Penaud, op.cit ; site archive.quercy.net, op.cit ; courriels à André Balent, 11, 15 et 18 juin 2018, de Patrick Charron, coauteur avec Michel Bauny d’ Oradour-sur-Glane faits générateurs du massacre, Waterloo, Jourdan éditions, 2018) qu’Adolf Diekmann ne pouvait se trouver le 8 juin 1944 à Saint-Céré. Patrick Charron suggère que l’officier interpellé par Bosina Nasinec s’il s’agissait bien d’un officier supérieur pourrait être en fait le lieutenant-colonel Christian Tychsen ou l’un des chefs de bataillon qu’il avait sous ses ordres, Ernst Tetsch ou Dieter Kesten. Tychsen et Kesten portaient la Croix de Chevalier au cou. Il pourrait s’agir aussi d’un officier du bataillon du Génie ou d’un autre officier du régiment blindé.
Après quatre heures de discussion, elle convainquit l’officier SS à qui elle s’était adressée de libérer les otages. Une plaque commémorative, rappelant la courageuse intervention de Bozina Nasinec fut apposée à Saint-Céré le 8 juin 2011 en présence de sa fille, du secrétaire d’État aux Anciens combattants et des autorités départementales et communales.
Les victimes de la 2 Panzerdision Das Reich à Saint-Céré (Lot), le 8 juin 1944.
1) Les deux résistants toulousains et le résistant tarnais :
CRESSOT Jean
PÉLISSIER Louis
RECORDS Germain
2) Les trois résistants cadurciens :
FONTCHASTANIER Raymond
POLI Jacques, Marie
ROTTEMBOURG Jean
Sources

SOURCES : Marie-France Blanc, « Henri Gambade. Une vie bien remplie. Résistant, sportif, chef d’entreprise », Cère et Dordogne Magazine, 98, Cornac (Lot), 2015, pp.20-24. — Henri Gambade, « Les parachutages par la Résistance dans le Lot », propos recueillis par Marie-France Blanc, Cère et Dordogne Magazine, 98, Cornac (Lot) 2015, pp. 26-27. — Henri Noguères (avec la collaboration de Marcel Degliame-Fouché et Jean-Louis Vigier), Histoire de la Résistance en France, Paris, Robert Laffont, tome 5, Au grand soleil de la Libération. 1er juin 1944-15 mai 1945 Paris, Robert Laffont, 1981, 923 p. [p. 117]. — Guy Penaud, La Das Reich : la 2e SS Panzerdivision, préface d’Yves Guéna et introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2005, pp. 164-165, p. 512. — La Dépêche (Lot), 11 juin 2011, « Saint-Céré. Bozina Nasinec, une héroïne enfin reconnue » (compte -rendu de la cérémonie de Saint-Céré en mémoire de l’action de Bozina Nasinec le 8 juin 1944, en présence du secrétaire d’État aux anciens combattants, du préfet du Lot, des élus de Saint-Céré et de la fille de Nazina Bozinec). — Site MemorialGenWeb, consulté les 27 et 29 avril 2018. — Site archives.quercy.net/historique/resistance consulté le 29 avril 2018. — Site AJPN.org, consulté le 29 avril 2018. — Courriels de Patrick Charron, 11, 15, 18 et 19 juin 2018.

André Balent

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