Miremont est une commune située à une trentaine de kilomètres au sud de Toulouse (Haute-Garonne), entre les vallées de l’Ariège et de la Lèze. Une compagnie de SS de la division Das Reich cantonna dans le village du 9 avril au 24 juin 1944. La présence de cette unité fit de cette commune un des lieux de répression importants de la Haute-Garonne. Ils exécutèrent ou abattirent dix-huit personnes : un civil de la commune le 14 avril froidement abattu d’un coup de revolver ; deux inconnus fusillés le 5 mai 1944 ; quinze Juifs extraits de la caserne Caffarelli de Toulouse et exécutés comme otages le 2 juin 1944. Cinq personnes (dont une femme), des résistants de la commune, liés au Corps franc Pommiès (ORA) furent arrêtées le 24 avril 1944 et déportées en Allemagne à Dachau (pour les hommes) et à Ravensbrück (la femme)
 

Miremont occupé par les SS de la division Das Reich :
 
Le village de Miremont (878 habitants au recensement de 1936), est situé à 30 km au sud de Toulouse proximité du bourg d’Auterive et de la limite avec le département de l’Ariège. Il n’est pas très éloigné, non plus, de Muret, chef-lieu d’arrondissement de la Haute-Garonne. Il est également proche, à Vénerque et à Auterive, d’un axe communication majeur, routier et ferroviaire : la RN 20 de Toulouse à Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales) à la frontière espagnole ; la ligne de chemin de fer de Toulouse à Latour-de–Carol (Pyrénées-Orientales), également à la frontière espagnole. Il semblait un lieu sûr pour servir d’abri aux proscrits — il avait accueilli une famille juive, les Liberman et un bébé, Marie-Claude Laska, tous pourvus de faux papiers — et abriter une activité résistante importante. D’autres compagnies de la 3e compagnie du 3e régiment blindé de la division Das Reich furent aussi cantonnées dans des communes de ce secteur du piémont pyrénéen au sud de Toulouse. Elles avaient également les maquis en ligne de mire afin de protéger les voies de communication.
 
Le village :
 
Le 9 avril 1944, la 9e compagnie du III/SS-Pz Grn Rgt 3 de la 2. SS-Panzergrenadier-Division "Das Reich" arriva à Miremont (Haute-Garonne) et y installa son P.C. L’état-major fut sous la direction successive des SS-Untersturmführer Seibert puis Philip Busch. L’état-major allemand (le quartier général du groupe d’armées G de la Wehrmacht commandé par le général Johannes Blaskowitz se trouvait à Rouffiac à huit kilomètres au nord-est de Toulouse ; Blaskowitz avait entrepris dès le printemps de détruire les maquis susceptibles d’entraver les communications vers le nord et vers l’est le littoral méditerranéen et la basse vallée du Rhône (débarquements alliés attendus sur les plages de la Manche et de la Méditerranée, mais aussi, vers le sud (contrôle de la frontière espagnole et andorrane et des voies de pénétration vers le massif pyrénéen). Il se trouve que Miremont était situé à proximité d’un maquis de la Haute-Garonne rattaché au Corps franc Pommiès (CFP) de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), le maquis de Rieumes. Ce maquis était fort actif et avait récupéré les contenus de cinq parachutages. Il avait suffisamment d’armes non seulement pour équiper des effectifs qui seraient activés après un premier débarquement, mais également pour en fournir à d’autres maquis et en introduire dans la ville de Toulouse. Des armes et des parachutes étaient cachés dans le village et ses environs. D’ailleurs, le capitaine Lacroux, du CF Pommiès et un des futurs chefs du maquis de Rieumes (Haute-Garonne), habitait à Miremont. L’installation de cette compagnie de la division Das Reich à Miremont doit être comprise dans la double perspective stratégique qui lui était assignée, le contrôle des voies de communication et la lutte contre les maquis, surtout celui qui, à proximité de ce village, avait le plus attiré leur attention.
 
La présence, pendant plus de deux mois, de cette compagnie de la division SS Das Reich dans une commune rurale si petite fut à l’origine de problèmes et de drames. Des maisons furent réquisitionnées. Le couvre-feu, très strict, fut imposé (à l’exception de Mère Marie de Béthanie, infirmière et supérieure de l’orphelinat. Elle en profita pour livrer des armes destinées à cordonnier toulousain) perturbant les travaux agricoles de printemps. Les SS fouillèrent systématiquement les maisons suspectes. Ils s’emparèrent sous la menace, de denrées alimentaires. Ils établirent des barrages à toutes les entrées du village. Le clocher fut aménagé et devint un mirador qui contrôlait en permanence les activités des habitants dans les rues du village. Les délations qui facilitèrent le travail de répression de personnes soupçonnées de travailler pour la Résistance, en l’occurrence le CF Pommiès, créèrent et maintinrent une ambiance délétère. Le maire, Jean Saint-Gaudens, dut négocier à plusieurs reprises avec les militaires SS, évitant à plusieurs diverses reprises une répression aveugle.
 
L’action répressive de la compagnie de la division Das Reich à Miremont :
 
Les arrestations du 24 avril 1944 :
 
Deux maisons de Miremont préalablement désignées furent fouillées. Des habitants de Miremont liés à divers titres au CF Pommiès furent arrêtés par la Sipo-SD et déportés en Allemagne. Ils furent confondus par la découverte de parachutes ayant servi au largage d’armes. Quatre d’entre eux dont une femme — Paul Nouziès, né en 1893 ; Célina Doumeng née Raspaud, née 1893 ; Jean Doumeng, né en 1888 ; Pierre Doumeng né en 1914 — furent déportés en Allemagne (Dachau pour les hommes, Ravensbrück pour la femme) où ils moururent avant la libération de ces camps. Gustave Lebran revint vivant de la déportation en Allemagne. Le même jour, des miliciens venus appuyer essayèrent de s’emparer du capitaine Lacroux qui réussit à s’échapper et dut se tenir caché.
 
Deux inconnus exécutés sommaires, le 5 mai 1944 :
 
Le 5 mai, deux inconnus*, sans doute des résistants, furent fusillés par des SS stationnés au village et enterrés sommairement près de la maison de Mme Guiraud. Les SS obligèrent cette dernière … à lui livrer ses œufs.
 
L’exécution sommaire de Jules de Jules Soulié, le 14 mai 1944 :
 
Un agriculteur de Miremont, Jules Soulié*, fut abattu d’un coup de revolver pour avoir refusé de livrer ses œufs à des SS.
 
L’exécution de quinze Juifs extraits de la caserne Caffarelli de Toulouse, le 2 juin 1944 :
 
À la suite d’un attentat contre un militaire allemand — abattu par la Résistance à Toulouse matin du 2 juin 1944 ou tué accidentellement par balle lors d’une tentative d’évasion de la caserne Caffarelli de Toulouse ? — quinze otages juifs incarcérés dans cette caserne furent fusillés par les SS à Miremont le soir du 2 juin 1944. En effet, la Milice détenait dans la caserne Caffarelli plusieurs personnes qu’elle avait arrêtées et, notamment, des Juifs victimes de rafles ou arrêtés en tant que résistants. La Milice de Toulouse a utilisé son pouvoir de police afin de sélectionner, de prendre comme otages et de transférer aux SS de Miremont ces quinze Juifs détenus dans la caserne.
 
 
À 21 heures, une camionnette stoppa non loin du cimetière. Les hommes furent débarqués et ne furent pas exécutés à cet endroit et non dans le cimetière ainsi que l’indiquent certaines sources. Les Allemands leur ordonnèrent de creuser une fosse et les abattirent. Le lendemain la mairie de Miremont signalait la découverte d’un charnier dans la commune. On ignore pourquoi la Milice prit la décision de de les amener à Miremont et de les livrer aux SS de la 9e compagnie du 3e bataillon du 3e régiment blindé de la division Das Reich dont un peloton les exécuta sommairement. Cet épisode montre, après beaucoup d’autres (Voir par exemple, dès le 3 mars 1944, à La Bastide-de-Virac le massacre de civils en Ardèche par des SS d’une autre division, la 9e Hohenstaufen) que la radicalisation que l’on constate dans les formes de répression témoigne, avant le 6 juin 1944, de la brutalisation des affrontements. Michel Goubet, historien de la Seconde Guerre mondiale dans la Haute-Garonne estime que la répression nazie à Miremont relève, selon les cas d’« agissements incontrôlés » ou d’une « démarche froide et réfléchie ». Au total, l’occupation du modeste village de Miremont pendant deux mois et demi par un détachement de SS fit vingt-trois victimes : cinq déportés dont quatre périrent dans les camps d’Allemagne et dix-huit fusillés ou abattus. Parmi les Juifs exécutés à Miremont, certains étaient des victimes civiles alors que d’autres étaient des résistants. Six de ces quinze victimes furent exhumées dès le 3 juin, les neuf autres, qui avaient été enterrées plus profondément, ne le furent qu’en septembre 1944. 
 
Une semaine après les exécutions du 2 juin, la 9e compagnie du 3e bataillon du 3e régiment blindé de la division [Das Reich reçut l’ordre avec les 10e, 11e et 12e compagnies (stationnées aussi au sud de Toulouse) de partir à l’attaque des maquis du piémont pyrénéen et de la zone pré-pyrénéenne et de s’en prendre, le cas échéant, aux populations civiles coupables d’aider les « terroristes ». Du 9 au 12, elles semèrent la terreur en Comminges (Haute-Garonne), dans le Couserans (Ariège), la Bigorre (Hautes-Pyrénées), le sud-est du Gers et, finalement, à nouveau la Haute-Garonne, à l’ouest de Toulouse. Les populations civiles payèrent un lourd tribut, particulièrement à Marsoulas* (Haute-Garonne) le 10 juin où vingt-sept villageois furent massacrés.
 
Les monuments de Miremont :
 
Deux stèles commémorent les victimes de la répression nazie à Miremont : la première porte les noms des quatre habitants de Miremont morts en déportation et celui de Jules Soulié, abattu d’un coup de revolver ; l’autre stèle du souvenir est dédiée « aux quinze Juifs patriotes » exécutés dans la commune.
 
Le nom des quinze Juifs fusillés le 2 juin 1944 figurent sur le Monument aux Morts de Fontenilles-d’Aigueparse ainsi que sur la stèle commémorative apposée contre l’ancien mur du cimetière de Miremont.
 
 
 
Les dix-huit fusillés ou abattus de Miremont :
 
Le 5 mai 1944 : 
FUSILLÉ INCONNU DE MIREMONT N°1
FUSILLÉ INCONNU DE MIREMONT N°2
 
Le 14 mai 1944 :
Jules SOULIÉ
 
Le 2 juin 1944 :
Marcel SIESSEL
Maurice AUSCALER
Daniel AUSCALER
Etienne GOUZY
Simon KAPELOVITZ
Hans KOHN
Roger LAHANA
Jean LIPCYCK [JANKIEL LIPSZYC]
Maurice NAHON
Maurice SCHONHOLZ
Jean SCHONHOLZ
Jean SCHRAMEK
Léon STEIN
Simon WULFSOHN
Haim ZARA.
Sources

SOURCES : La répression de la Résistance par les autorités d’occupation et le régime de Vichy, brochure pour le concours de la Résistance et de l’occupation, 2011, Toulouse, Conseil général de la Haute-Garonne & Musée départemental de la Résistance et de la déportation, 2011, 66 p. [pp. 39-41]. — José Cubero, La résistance à Toulouse et dans la Région 4, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, 2005, 415 p. [pp. 268-269]. — Gardarem Miremont, Miremont, ses martyrs, ses héros, Miremont, s.d. [2004], « Le massacre des otages juifs » p. 9 à 11]. — Michel Goubet, « Un village sous la botte allemande [Miremont] », « Les activités du maquis de Rieumes », « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et alentours 10 et 11 juin [1944] » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure). — Arlette Lipszyc-Attali, En quête de mon père : soixante ans après la Shoah, une rescapée découvre le destin de son père Jankiel Lipszyc, Skierniewice, 1898-Miremont, 1944, Paris, Ll’Harmattan, 2010,146 p. — Sites MemorialGenWeb consulté par André Balent, 1er mai 2018 et Les Oradours oubliés : https://www.39-45.org/viewtopic.php?f=24&t=36064&start=10 consulté par Bernard Reviriego.

André Balent, Bernard Reviriego, Jean-Paul Nicolas

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