La libération de Tonnerre se fit dans des conditions particulières. D’abord libérée, la ville fut réinvestie par l’occupant. Elle est aussi la seule ville où le plan de l’état-major FFI répartissant les unités combattantes dans le département ne fut pas respecté. En effet, les FTP du capitaine Magendie et les hommes du commandant « Verneuil » (Libération-Nord) entrèrent en concurrence. Les combats, à Tonnerre et dans les environs proches, s’étalèrent du 25 au 29 août 1944 et eurent pour conséquence la mort de huit résistants, de cinq civils et de sept prisonniers allemands.
Le 25 août 1944 en fin d’après-midi, la 2e compagnie FTP Rouget de Lisle, après avoir libéré Chablis, arriva à Tonnerre, où se trouvait déjà un petit détachement américain avec quelques blindés. Le lendemain matin, 26 août 1944, alors que la ville commençait à pavoiser, le capitaine Magendie fit fusiller sept Allemands prisonniers, malgré les protestations de plusieurs personnalités de la ville. Vers 10 h du matin, un convoi allemand fortement armé se présenta aux portes de la ville. Magendie, ne soupçonnant sans doute pas l’importance de ce convoi et comptant sur l’appui des blindés américains, décida de leur barrer la route au lieu-dit La Grange-Aubert, à la sortie sud de la ville. Il s’agissait de l’avant-garde d’une forte colonne de l’Afrika Korps en retraite, avec des engins blindés et de l’artillerie. Les deux groupes de FTP postés à La Grange-Aubert engagèrent quand même le combat et, avec leurs fusils mitrailleurs, tinrent tête aux soldats allemands jusqu’en milieu d’après-midi, avant de décrocher. Le combat leur coûta trois morts, Armand Leroux, Pierre Moraël et Paul Moreau, et trois blessés, tandis que deux civils du quartier, Henri Taron* et Gaëtan Gaulodin* étaient tués et que le lieutenant Georges de Tardy de Montravel* était fait prisonnier. Les Allemands investirent ensuite prudemment la ville, jetant des grenades incendiaires dans de nombreuses maisons, provoquant des débuts d’incendie qui heureusement furent pour la plupart éteints par un courageux habitant de Tonnerre. Ayant appris l’exécution du matin, le Allemands prirent 200 personnes en otages. On pouvait craindre le pire, mais les Allemands les relâchèrent, sauf cinq, dont quatre réussirent à s’enfuir et à quitter Tonnerre dans la soirée. Le cinquième, Lucien Louviot*, a été fusillé peu après à Moulins-en-Tonnerrois. L’unité de l’Afrika Korps quitta la ville dans la soirée.
Le 27 août en début d’après midi, près du village de Saint-Vinnemer, des éléments de cette colonne qui faisaient route vers l’est surprirent trois maquisards, Jacques Mazeau*, Francisco Doblado* et Valériano Palencia* qui furent immédiatement fusillés sur le bord de la route. Attaqués par un petit groupe de francs-tireurs du régiment Verneuil qui décrocha aussitôt, les Allemands répliquèrent par balles incendiaires et tirs de mortier. L’incendie se déclara dans le village de Commissey, qui fit deux morts parmi la population civile, Georges Rigault* et René Picoche*.
Le 28 août, les FFI du commandant « Verneuil » et les FTP de Magendie réinvestirent la ville de Tonnerre aux côtés des blindés américains. « Verneuil » exigea le départ de Magendie et de ses hommes et l’autorisa seulement à venir chercher ses morts.
Le 29 août, le danger allemand restait présent et des patrouilles sillonnaient le Tonnerrois. La 3e section du régiment Verneuil surprit les Allemands à Saint-Martin-sur-Armançon et livra un engagement qui fit deux morts, Raymond Guérémy*, dont c’était le baptême du feu, et Maurice Lannier*. Ce fut le dernier accrochage en Tonnerrois.
Sources

SOURCES : Robert Bailly, La Croix de Saint-André, Éd. ANACR-Yonne, 1981, pp. 305-310. Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée…, Éd. ANACR-Yonne, pp. 494-496. Gand Frédéric, « 25-29 août 1944, La libération de Tonnerre », in La Résistance dans l’Yonne, Cdrom, AERI-ARORY, 2004.

Joël Drogland

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