Née le 4 mai 1916 à Paris XVIIe arr. (Seine), exécutée sommairement fin juin 1944 par des maquisards FTPF à Dournazac (Haute-Vienne) ; assistante sociale OSE ; résistante réseau Garel.

Renée Gaudefroy dite Pauline
Adhérente dans les années 1930 du mouvement des auberges de jeunesse, de religion catholique, Renée Gaudefroy fut au début des années 1940 infirmière de l’hôpital militaire d’Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales). Par l’intermédiaire d’une amie d’enfance Isabelle Vichniac, cousine de Lili Garel (Élise Tager, femme de Georges Garel), elle se mit au service du réseau Garel, branche clandestine de l’organisation juive OSE, qui se consacrait au sauvetage des enfants juifs. En septembre 1943, quand les Allemands occupèrent la Côte d’Azur suite au changement de camp de l’Italie, les réfugiés juifs de cette région se trouvèrent dans une situation critique. Renée Gaudefroy fut volontaire pour conduire des enfants juifs menacés vers le centre de la France afin de les y cacher. Georges Garel lui confia alors le secteur de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Creuse dont elle devint responsable. Limoges fut pendant la guerre, après Lyon, le deuxième plus grand centre de l’OSE, regroupant plusieurs services du réseau. Renée Gaudefroy, dite Pauline, sous la couverture d’un poste d’assistante sociale auprès du Secours National, eut à gérer le démantèlement, suite aux menaces de plus en plus fortes qui pesaient sur elles, des maisons d’enfants de l’OSE du Limousin. Elle se chargea de la recherche de lieux sûrs, du convoyage, et du placement des enfants menacés dans des familles d’accueil et des établissements d’enseignement possédant un internat (pour la Creuse à La Souterraine, Bourganeuf, Guéret). Il lui fallait changer l’identité des enfants en leur attribuant un nom et un prénom "aryens", procurer des cartes d’alimentation et fournir une aide financière aux personnes ou aux institutions qui les prenaient en charge et leur rendre régulièrement visite ce qui l’amenait à s’absenter souvent de Limoges parfois pour des périodes assez longues. Elle assura également, en les accompagnant jusqu’à la frontière, le passage vers la Suisse pour les enfants pour lesquels un placement clandestin était impossible du fait de leur non-maîtrise de la langue française ou de leur jeune âge. Ayant peut-être attiré l’attention des services de répression par ses absences répétées peu compatibles avec l’action d’une assistante sociale du Secours national, elle fut arrêtée dans la rue, à Limoges le 11 juin 1944 alors qu’elle déplaçait un enfant en danger, par des membres du PPF (Parti Fasciste Français), collaborateurs français de la Gestapo. Elle parvint à faire s’échapper l’enfant mais fut conduite au local du PPF, 11, rue Jean-Baptiste Blanc où elle fut torturée. Profitant d’un moment où ses tortionnaires l’avaient laissé seule, elle parvint la nuit même à s’échapper. Elle fut recueillie par une religieuse de l’ordre de Saint-Vincent-de-Paul, infirmière à l’hôpital de Limoges qui la fit soigner et la cacha dans ses appartements. Quinze jours plus tard, le 27 juin 1944, craignant qu’elle soit découverte, son transfert en ambulance fut organisé vers un maquis FTPF, installé à Dournazac (Haute-Vienne), au sud-ouest de Limoges, à proximité de la Dordogne. Elle fut à une date inconnue, exécutée par les maquisards FTPF qui l’avaient accueilli. L’hypothèse la plus probable est que les chefs FTP aient vu en Renée Gaudefroy une espionne retournée après torture et envoyée pour infiltrer le maquis.
Face à cette « monstrueuse erreur » (Georges Garel op. cit.) qu’ils ne voulurent pas reconnaître, les responsables du maquis FTPF ne consentirent jamais à révéler les causes ni les circonstances de l’exécution pas plus que la date du décès ni le lieu de la sépulture. Les recherches faites après-guerre se heurtèrent à un mur de silence visiblement concerté.
Elle obtint en 1947 la mention Morte pour la France. Pour autant son nom ne fut jamais inscrit sur le monument commémoratif de la résistance 1939 – 1945 du jardin d’Orsay à Limoges. Son nom et son action sont rappelés à Yad Vashem à Jérusalem où elle a été reconnue en 1976 Juste parmi les nations. Son nom est inscrit sur le mur de l’allée des Justes parmi les Nations, située dans le quartier du Marais à Paris, en bordure du Mémorial de la Shoah. L’Organisation de Secours aux Enfants (OSE) fonda au Vésinet, près de Paris, après la guerre, un orphelinat portant son nom afin de commémorer son souvenir.
Sources

SOURCES : Dossier Yad Vashem 1038 et Mémorial de la Shoah — Georges Garel Le sauvetage des enfants juifs par l’OSE Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Ed. Le manuscrit. 2012 — Xavier Laroudie, Un seul châtiment pour les traîtres, Haute-Vienne 1944 Geste Editions 2016 — Site internet ajpn — Dossier réalisé par le lycée Raymond Loewy de La Souterraine (Creuse), Témoignages.

Michel Thébault

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