Saint-Félix est un faubourg de Rodez (Aveyron), le long de la route de Decazeville et Villefranche-de-Rouergue. Aujourd’hui bien urbanisé, il regroupait déjà en 1944 quelques entrepôts ou établissements industriels. La chef départemental de l’AS (Armée secrète), Léon Freychet, décida une opération contre la station d’essence de la Standard française des Pétroles afin de procurer des carburants pour ses unités combattantes. Trois groupes provenaient de trois maquis aveyronnais différents devaient participer à l’action. Celle-ci fut un fiasco, car les Allemands, informés, étaient au rendez-vous. Le maquis Du Guesclin perdit quatre hommes dans le combat. Un autre membre de maquis, prisonnier, fut, le 17 août 1944, un des trente fusillés sommaires de Sainte-Radegonde (Aveyron)

Rodez (Aveyron), Saint-Félix, monument à la mémoire des résistants du maquis Du Guesclin (AS) tombés dans l’embuscade du 5 mai 1944
Monument érigé le long de la route de Rodez à Villefranche-de-Rouergue et Decazeville, sur le lieu du combat. Photographie : André Balent, 3 août 2018
Rodez (Aveyron), Saint-Félix, monument à la mémoire des résistants du maquis Du Guesclin tombée dans l’embuscade du 5 juin 1944
Détail. Photographie : André Balent, 3 août 1944
L‘Aveyron au printemps de 1944 : des maquis en plein essor :
Au sud du Massif Central, l’Aveyron attirait des réfractaires des départements voisins , mais servait également de refuge à des dirigeants de la Résistance d’autres départements. Les maquis surent mettre à profit le relief accidenté du département et les ressources alimentaires procurées par une agriculture diversifiée. Les dirigeants aveyronnais de l’Armée secrète s’efforçaient — comme ceux des FTPF — de structurer cet afflux de réfractaires et de renforcer la logistique et la mobilité de formations armées dont les effectifs ne cessaient d’augmenter. L’opération avortée des 5 et 6 mai 1944 à Saint-Félix (commune de Rodez) de l’AS aveyronnaise s’inscrit dans ce contexte. L’AS avait un impérieux besoin de carburant afin d’accroître la mobilité de ses formations armées et par la même de faciliter leurs capacités opérationnelles.
La décision de l’action de « réquisition » de carburants à la Standard française de Pétroles de Saint-Félix, à Rodez avait été décidée par le chef départemental de l’AS, Léon Freychet. Ce dernier, un polytechnicien protestant né à Nîmes (Gard) en 1893, directeur des caves (à fromages) de Roquefort (Aveyron) avait d’abord été membre de Combat. Avec un instituteur de Millau (Aveyron), Jean Birebent (né en 1902), il avait organisé, au plan départemental les réfractaires au STO et contribué à former des maquis.
Le maquis « Du Guesclin » de l’AS de l’Aveyron :
Un groupe de dix-sept réfractaires au STO qui, en août 1943, s’établirent près de Brandonnet (Aveyron) au Pont du Cayla (commune de La Bastide-l’Évêque, Aveyron), prirent le nom de « maquis Du Guesclin ». Il ne fut réellement constitué qu’en janvier 1944 à l’initiative de résistants de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) : l’ingénieur des Ponts et Chaussées Hygonet (ou Hygonnet) du réseau Gallia contacté par Léon Freychet afin de structurer l’AS dans le Villefranchois, Jean Clauzure, Krémer, Cestrières et Landau.. À cette date il se composait de deux groupes francs et d’un groupe de six hommes qui, après s’être déplacés dans plusieurs lieux de l’ouest de l’Aveyron, établirent leur cantonnement près de Rignac (Aveyron), entre Mirabel et Prévinquières, dans la vallée de l’Aveyron, en aval de Rodez, approximativement à mi-chemin entre cette ville et Villfranche-de-Rouergue. Des hommes y affluèrent. Ils venaient du Villefranchois et du bassin de Decazeville (Aveyron) au nord et du Ségala au sud. Dans cette dernière région, on trouvait beaucoup de réfugiés de l’est et du nord de la France ainsi que des étrangers (présents aussi dans le bassin houiller) . Le maquis réussit à regrouper des Espagnols , des Polonais et d’anciens militaires malgaches démobilisés. Hygonet alias « Lescure » fut le premier responsable du maquis.
L’action de Saint-Félix :
Décidée par Léon Freychet chef de l’AS aveyronnaise, l’attaque du dépôt de carburants de Saint-Félix fut maintenue par son adjoint Birebent qui le remplaça à la tête de l’AS après son arrestation à Rodez le 3 mai 1944 par la Sipo-SD et son incarcération initiale dans cette ville. L’AS fit appel à trois de ses groupes invités à venir se ravitailler en essence. Le premier, commandé par Birebent, appartenait au groupe franc et maquis de La Prade du Sud-Aveyron, rattaché au grand maquis de l’AS « Paul Clé », le deuxième au maquis Du Guseclin, le troisième à un groupe de l’AS d’Espalion, dans le Nord-Aveyron. Informés, les Allemands attendaient l’arrivée des résistants au dépôt de Saint-Félix. Ils étaient postés à proximité dans la soirée pluvieuse du 5 mai.. Le groupe commandé par Birebent fort de neuf hommes arriva le premier sur les lieux vers 21 heures. Au bout d’une heure d’un combat inégal, Birebent décrocha accompagné de quelques-uns de ses hommes, alors que les autres réussissaient à se disperser. Vers 22 heures, le groupe du maquis Du Guesclin arriva à son tour sur les lieux et succomba au guet-apens. Les soldats allemands couchés dans les fossés de part et d’autre de la route, tirèrent avec des fusils-mitrailleurs sur la camionnette transportant les six hommes du maquis Du Guesclin. Le combat, très inégal dura près d’une heure. Un sous-officier allemand et quatre maquisards — Jean Clauzure, Aimé Morhain, Joseph Petitjean et Félix Schmit — furent tués. Le troisième groupe de résistants, venant d’Espalion était arrivé près de la gare de Rodez lorsque ses hommes entendirent le bruit de la fusillade de Saint-Félix et décidèrent de revenir sur leurs pas. Un chauffeur de l’entreprise Pelou de Rodez qui passait sur la route avec son camion fut blessé et dut être amputé d’un bras le lendemain.
Le capitaine Hygonet réussit à se réfugier chez un ami à Rodez. Il rédigea une note racontant les circonstances de l’embuscade. Il faisait état de la présence d’une vingtaine d’Allemands et de leur mise en oeuvre d’une mitrailleuse. Il signalait la perte de quatre maquisards de son groupe sans, toutefois, les identifier. Il pensait que le dernier d’entre eux avait réchappé. C’était en partie vrai. En effet, Roger Lavergne réussit à gagner La Mouline dont le maire prévint le docteur Bonnefous qui le fit admettre à l’hôpital de Rodez où les Allemands le capturèrent et attendirent qu’il fut rétabli. Emprisonné à la caserne Burloup, prison ruthénoise de la Sipo-SD. il fut exécuté sommairement le 17 août 1944 au champ de tir de Sainte-Radegonde avec vingt-neuf autres prisonniers, otages.
Un tourneur-ajusteur Georges Miquel, trente-deux ans, fut arrêté car les Allemands saisirent le 8 mai 1944des bidons d’essence à son nom et à son adresse. Arrêté, le 8 mai 1944, il fut déporté à Neuengamme où il mourut. La gendarmerie française ratissa les environs de saint-Félix et trouva deux mitraillettes Sten avec leurs chargeurs le première à 300 m de Saint-Félix et la seconde, à proximité, à Bourran.
L’affrontement du 5 mai 1944 qui fut défavorable à la Résistance aveyronnaise fut cependant un une démonstration de son dynamisme. La montée en puissance des nombreux maquis du département gonflés par réfractaires venus de l’extérieur imposa aux résistants locaux d’importantes tâches d’encadrement et de logistique. Les cadres aveyronnais donnèrent souvent leur vie dans la réalisation de ce travail de structuration militaire de la Résistance dans ce vaste département, "pépinière de maquis". À Saint-Félix, ce fut le cas du Villefranchois Jean Clauzure.
Jean CLAUZURE
Aimé MORHAIN
Joseph PETITJEAN
Félix SCHMIT
Roger LAVERGNE blessé à Saint-Félix et fusillé à Sainte-Radegonde le 17 août 1944
Sources

SOURCES : Christian Font & Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron. Opinion publique et résistance. Chronologie 1936-1944, Rodez et Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition 2001, 411 p. [pp.238-240)]. — Christian Font & Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez et Toulouse, CDDP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [pp. 112-113]. (Christian Font et Henri Moizet s’appuient sur les témoignages oraux et écrits des survivants de l’embuscade de Saint-Félix). — Site aveyronresistance consulté le 4 août 2018. — Site MemorialgenWeb consulté le 4 août 2018.

André Balent

Version imprimable de cet article Version imprimable