Née le 26 juin 1921 à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine), exécutée sommairement entre le 26 janvier et le 5 février 1945 au camp de concentration de Ravensbrück (Allemagne) ; sous-lieutenant du Special Operation Executive (SOE), section F.

Violette Szabo
Crédit : Wikicommons
Stèle commémorative à Sussac
Photo D. Tantin
Buste à Londres
Crédit : Wikicommons
Violette Bushell, qui naquit au British Hospital de Paris, était issue d’une famille franco-britannique. Son père, Charles Georges Bushnell, était anglais, et travailla comme chauffeur de taxi, vendeur de voitures d’occasion puis commerçant ; sa mère, Reine Leroy, couturière, était une Française originaire de Quevauvillers (Somme). Le couple eut cinq enfants et elle était la seule fille. Ses parents s’installèrent en Angleterre où Violette fut scolarisée, mais elle revenait en France passer ses vacances chez sa tante. A quatorze ans, elle arrêta l’école et travailla chez une corsetière puis comme vendeuse. D’une « beauté incandescente » (Beryl E. Escott, op. cit., 242), elle était sportive et parfaitement bilingue.
Au début de 1940, elle rejoignit la Women’s Land Army, travaillant notamment dans une usine d’armement. Le 14 juillet 1940, la mère de Violette Szabo invita un soldat français à passer la soirée après le défilé des FFL à Londres. C’est ainsi que sa fille fit la connaissance d’Étienne Szabo, un adjudant-chef de la Légion étrangère né à Marseille le 4 mars 1910, mais d’origine hongroise. De retour de Narvik, il s’était rallié à la France Libre. Entre le légionnaire de 30 ans et la jeune fille de 19 ans, ce fut le coup de foudre, et ils se marièrent le 21 août 1940. De cette union naquit une fille, Tania Désirée Szabo, le 8 juin 1942. Alors que son mari participait à des opérations outre-mer, notamment à la bataille de Bir-Hakeim, Violette Szabo travailla comme standardiste, s’engagea dans l’Auxiliary Territorial Service (ATS) puis devint sous-lieutenant dans les First Aid Nursing Yeomanry (FANY) où elle servit comme pointeuse de canons de DCA. Elle apprit bientôt la mort de son mari, tué au combat en Égypte le 24 octobre 1942, au début de la bataille d’El Alamein, sans avoir connu sa fille.
Cet événement la détermina sans doute à accepter en juillet 1943 l’offre de recrutement du SOE. Elle fut affectée à la section F dirigée par Maurice Buckmaster car elle possédait toutes les qualités requises pour être envoyée en France. Elle suivit la formation dispensée aux agents, notamment un entrainement parachutiste au cours duquel elle se blessa à la cheville gauche.
Le 5 avril 1944, Violette Szabo (nom de code Louise) partit pour sa première mission en France avec Philippe Liewer, alias capitaine Staunton, son chef. Ils furent déposés par un Lysander près d’Azay-le-Rideau (certaines sources indiquent les environs de Cherbourg). Il s’agissait d’une mission de reconnaissance. Liewer voulait relancer le réseau Salesman autour du Havre et de Rouen qui avait été décimé pendant son séjour à Londres par de nombreuses arrestations, notamment à Rouen celle de Claude Malraux, le frère d’André. Violette Szabo fut chargée d’enquêter sur place et conclut qu’il était impossible de le reconstituer. Elle profita de son déplacement dans la région parisienne et en Basse-Seine pour collecter des renseignements sur des cibles possibles de bombardements, sites industriels et installations militaires. Un Lysander ramena Violette Szabo et son chef en Angleterre le 30 avril.
Le 8 juin 1944, Violette Szabo (nom de code Corinne) fut parachutée pour une seconde mission à Sussac en Haute-Vienne par un Liberator B 24 américain, accompagnée du capitaine Liewer, du lieutenant Robert (Bob ou Paco) Maloubier, agent français du SOE, instructeur en sabotage, et du radio franco-américain Jean-Claude Guiet. Ils avaient pour mission de recréer un réseau Salesman 2 en Haute-Vienne et Dordogne. Ils arrivèrent au cœur du fief du communiste Georges Guingouin, le « préfet du maquis », réceptionnés par des FTP qui s’étaient fait passer pour des membres de l’AS afin d’obenir l’aide des Anglo-Saxons. Les maquisards étaient nombreux et combatifs, et la répression de la Milice et des Allemands s’intensifiait avec l’arrivée de la Panzerdivision SS Das Reich. Le 9, les SS pendirent 99 otages à Tulle et le lendemain ils massacrèrent 642 habitants d’Oradour-sur-Glane. Des détachements SS sillonnaient la région, pourchassaient les maquisards et tentaient de libérer un officier de la division, le commandant Helmut Kämpfe, capturé par des résistants le 9 juin près de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne).
Liewer décida d’envoyer Violette Szabo en Corrèze et Dordogne afin de contacter le réseau SOE Digger dont André Malraux prétendit faire partie (Buckmaster a démenti). Le samedi matin 10 juin, Violette Szabo partit en mission dans une traction avant Citroën. Avec elle dans la voiture qui prit la route d’Arnac-Pompadour (Corrèze) où devait les attendre un contact, avaient pris place deux maquisards, Jacques Dufour, chef de groupe de résistance, et Jean Bariaud. Ils tombèrent sur un barrage dressé par des soldats du 1er bataillon du régiment Deutschland près du village de Salon-la-Tour (Corrèze) sur la route de Meilhards. Les trois occupants sautèrent du véhicule et de replièrent dans les bois en couvrant leur retraite de rafales de Sten. Les tirs allemands fauchèrent une fermière, Marie Verdier, devant sa ferme. Les deux hommes parvinrent à s’échapper, mais Violette Szabo fut vite immobilisée par sa blessure à la cheville et elle fut capturée après avoir épuisé ses munitions.
Elle fut emmenée à Limoges, interrogée par le capitaine SS Aurel Kowatsch du 2e bureau de la division qui arrivait de Tulle, avec pour interprète le lieutenant SS Dr Walter Wache, puis transférée au siège de la Sipo-SD à Paris le 16 juin avant qu’une opération puisse être organisée pour la délivrer. Elle resta silencieuse malgré les tortures et fut transférée à la prison de Fresnes.
Le 8 août 1944, elle fut emmenée en déportation avec une cinquantaine de prisonniers dont plusieurs agents du SOE, femmes et hommes, parmi lesquels le commandant Forest Yeo-Thomas. Les hommes furent dirigés vers Buchenwald où seize furent exécutés, Yeo Thomas échappant à la mort avec Stéphane Hessel et Harry Peulevé par une substitution d’identité. Les femmes furent acheminées à Ravensbrück. Le 4 septembre, Violette Szabo et deux autres agents du SOE, Denise Bloch et Lilian Rolfe, furent envoyées un mois à Torgau dans un kommando affecté aux travaux agricoles. Une tentative d’évasion échoua. Le 5 octobre les trois femmes furent ramenées à Ravensbrück où Violette Szabo fut battue et enfermée dans le Bunker, block des punitions. Le 19 octobre, elles furent envoyées travailler dans une région marécageuse aux travaux d’aménagement d’une base aérienne. Elles furent ramenées à Ravensbrück en janvier 1945. La date de leur exécution, incertaine, se situe, selon les sources, entre le 26 janvier et le 5 février. Les trois femmes, sur ordre de Berlin, furent exécutées d’une balle dans la nuque. Beryl E. Escott (op. cit.) évoque l’hypothèse d’une pendaison, mais celle-ci semble peu plausible. Une autre déportée du SOE, Cecily Lefort, fut gazée à Ravensbrück en janvier. D’autres avaient été exécutées par injection de phénol au camp de Natzweiler-Struthof en septembre 1944.
Sur les 55 femmes du SOE envoyées en mission, 13 furent tuées en action, 12 furent exécutées, deux moururent de maladie.
Violette Szabo fut décorée à titre posthume par le Royaume-Uni et la France. Le 7 décembre 1946, elle reçut la George Cross. Le 28 janvier 1947, la famille Bushell fut reçue à Buckingham et le roi George VI épingla lui-même cette décoration sur la robe de Tania. En 1947, elle reçut la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et en 1973 la Médaille de la Résistance.
Son souvenir est commémoré dans de nombreux lieux rattachés à sa vie et son action. En France, son nom est inscrit parmi ceux des 104 agents de la section F du SOE Morts pour la France au Mémorial de Valençay dans l’Indre. À Sussac, où elle fut parachutée le 8 juin 1944, une stèle fut élevée à sa mémoire. Un panneau lui est consacré au musée de la Résistance de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne). Une rue porte son nom à Noyelles-sur-Mer (Somme) où elle passa une partie de son enfance.
En Grande-Bretagne, le Violette Szabo GC Museum fut inauguré le 26 juin 2000 (Cartref, Tump Lane, Wormelow Tump, Herefordshire, HR2 8HN). À Londres, depuis 2001, une peinture murale due à Brian Barnes lui est dédiée au Stockwell War Memorial et un buste dû à Karen Newman a été dévoilé devant le Lambeth Palace en 2008.
Un récit de ses missions a été publié en 2007 par Tania Szabo sous le titre Young Brave and Beautiful : Le lieutenant Violette Szabo , agent exécutif des missions des opérations spéciales. De nombreux autres ouvrages relatent son action.
Un film, Carve Her Name With Pride (1956), et un jeu vidéo, Velvet Assassin (2009), s’inspirent de son action.
Sources

SOURCES : Beryl E. Escott, Les héroïnes du SOE, les femmes des services secrets britanniques dans la Résistance, traduit de l’anglais par Grégoire Lagrange, Versailles, Omblage Éditions, 2018, p. 241-246. — Guy Penaud, La "Das Reich" 2e SS Panzer Division, Éditions de La Lauze, 2005, p. 307-311. — Sélection de pages Internet, consultées en août 2018 : biographie sur Wikipedia, la version en anglais est plus complète ; une page bien informée sur un site dédié à Florentine et Jean Sueur, résistants déportés. ; Violette Szabo, sur France Inter dans l’émission Autant en emporte l’Histoire, 28 février 2016, 55’, avec l’historien Sébastien Albertelli. ; Site du musée Violette Szabo ; FR3 Nouvelle Aquitaine, Qui était Violette Szabo ? avec une photographie de Violette et Étienne Szabo. ; La Montagne, Hommage à Violette Szabo à Salon-la-Tour le 20 juin 2015 en présence de sa fille Tania

Dominique Tantin

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