Né le 30 avril 1912 à Nice (Alpes-Maritimes), massacré le 10 juin 1944 à Ruynes-en-Margeride (Cantal) ; professeur ; résistant au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Marcel Bénézit était le fils de Pierre, Maurice Bénézit, receveur des Postes à Marseille et de Gabrielle Mathilde Antoinette Teste. Après avoir étudié au lycée Masséna de Nice, il est devenu professeur de lycée à Montpellier (Hérault) où il s’est marié avec Charlotte Giordan, institutrice. Ils avaient au moins un fils scolarisé à l’école de Ruynes où la famille (avec son frère, Lucien, Victor Jules Bénézit, et sa belle sœur Madeleine Trucchi et leurs deux fils également scolarisés à l’école) était réfugiée comme tant d’autres "Marseillais" dans le Cantal. Mais Marcel et Lucien Bénézit étaient en fait aussi tous deux résistants FFI.
Le sous-lieutenant Marcel Bénézit avait déjà été cité à l’ordre de la division lors de la campagne de 1939-1940 par le Général Gérodias, commandant de la 29e Division d’Infanterie pour le motif suivant : « Officier de tout premier ordre, plein de courage et de calme. Le 6 juin 1940, son Unité étant encerclée par les chars ennemis et soumise à un violent bombardement aérien, a été blessé à son poste de combat. A pris cependant le commandement d’un détachement et a réussi à franchir les barrages des chars adverses et à rentrer dans nos lignes – a été évacué. »
Il a adhéré au Groupe Franc « Combat » secteur de Montpellier, auprès de Germain Bonifas, chef départemental MUR (branche R.O.P.), fondateur et premier chef des Milices Patriotiques de l’Hérault. Du 1er juin 1943 au 21 mai 1944 (jour de l’arrestation de Bonifas par la Gestapo qui le fera déporter à Buchenwald), il sert sous ses ordres comme agent de liaison : « Professeur agrégé d’histoire au Lycée de Montpellier, il m’a puissamment aidé dans le recrutement des candidats aux Grandes écoles, pour les Forces Françaises de l’Intérieur. Il a distribué des journaux : Combat, Défense de la France, Témoignage Chrétien, recueilli des fonds, de la nourriture, des vêtements, et hébergé gratuitement des réfractaires en partance pour les maquis (Le Bousquet d’Orb et Bir Hakeim). A servi d’agent de liaison et a organisé des transports d’armes. Officier de réserve, grand patriote, très aimé des élèves et des parents, il a toujours fait preuve de dévouement, de patriotisme et de désintéressement. » certifie le capitaine Bonifas le 25 juillet 1950. Il était en liaison à Ruynes en juin 1944.
Le samedi 10 juin 1944 vers midi, le détachement allemand de reconnaissance n° 1000 Aufklärungsabteilung, 3 compagnies d’Azerbaïdjanais, probablement 2 compagnies du 19e régiment SS de Police de l’ordre, soit 800 à 900 hommes, sous le commandement du chef de bataillon Enns, a quitté Saint-Flour pour monter à l’assaut du maquis du Mont-Mouchet. (Martres)
Dans A nous, Auvergne ! , Gilles Lévy et Françis Cordet donnent un compte-rendu très précis du passage à Ruynes de la colonne allemande :
« À 14 heures, des coups de feu éclatent sur la route de Saint-Flour [...] ; le jeune Boulet tout essoufflé arrive en criant : "Les Allemands sont là." Les premières victimes civiles, René Claude et Henri Rousseau, viennent d’être abattues sous les yeux du jeune Boulet à moins de deux kilomètres de là. Une colonne allemande d’environ 250 hommes atteint le bas de la côte qui mène au bourg de Ruynes-en-Margeride. Le garde champêtre Vital Boulet donne à son tour l’alarme. Les hommes jeunes et valides se terrent dans les ravins proches. La colonne aborde le village selon des ordres précis. Les Allemands vont s’y livrer à un véritable massacre.
Deux maisons flambent déjà ; dans la première deux enfants malades sont jetés hors du lit. Mme Simone Barlier est abattue dans son jardin ; un peu plus loin c’est le tour de Dominique Tanari, réfugié marseillais de soixante-quatre ans, qui coupe son bois. De toutes les maisons les hommes sont poussés au hasard jusqu’à la fusillade. Avenue de la gare, tombent le percepteur Lucien Fabre et Louis Munery (vingt-cinq ans), gendre du propriétaire de l’hôtel. Plus loin, l’instituteur Jean Chalvet, arraché à son école, est emmené avec Emile Drigout (quarante ans) et le garde-voie Adrien Cosson ; ils sont fusillés à l’entrée d’un pré. Autour de la place de l’église tombent Marcel Bénézit, professeur au lycée de Montpellier, deux gardes-voies Pierre Chabrier et Florimond Delin et un enfant de huit ans, Elie Barrier. » (Lévy-Cordet)
Marcel Bénézit avait 32 ans.
Son acte de décès porte la mention "Mort pour la France".
Son nom est gravé sur la plaque apposée dans l’église de Ruynes en "hommage aux victimes de Ruines sauvagement assassinés par les Allemands le 10 juin 1944", ainsi que sur le monument commémoratif des fusillés, à la mémoire des 26 martyrs de la commune. Il est également gravé sur le monument de la Résistance à St-Flour (Cantal). Deux plaques apposées, l’une dans le hall du lycée Masséna à Nice, et l’autre à l’université de Montpellier-3, rendent hommage à Marcel Bénézit.
Sources

SOURCES : SHD Vincennes, dossiers de résistants de Marcel Bénézit : GR 16 P 47011, et de Lucien Bénézit : GR 16 P 47010 (non consultés) . — Dossier d’homologation FFI du 26 juillet 1950 (transmis par Geneviève Launay) .— Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon, De Borée 1993 . — Gilles Lévy, Francis Cordet, A nous, Auvergne !, Presses de la Cité, 1974. — Jean Favier, Lieux de mémoire et monuments du souvenir. Cantal, 1940-1944, Aurillac, Association des Maquis et Cadets de la Résistance du Cantal, 2007 . — État civil (AD 15) . — MémorialGenWeb.

Patrick Bec

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