Né le 15 août 1914 à Dolomieu (Isère), fusillé le 18 juillet 1944 à Signes (Var) ; professeur de philosophie ; communiste ; résistant FTPF, responsable du service de renseignements des Mouvements unis de la Résistance (MUR)-Mouvement de libération nationale (MLN) des Basses-Alpes, membre du Comité départemental de Libération (CDL) des Basses-Alpes.

François Cuzin
Collection personnelle Jean-Marie Guillon.
Fils de Célestin Cuzin, employé de soierie devenu directeur des Tissages Laffont à Lyon (Rhône), François Cuzin, par sa mère, Jeannette Bianconi, sœur d’Antoine Bianconi – spécialiste des langues africaines, élève de Marcel Mauss et collaborateur d’Émile Durkheim, tué sur le front en 1915 – appartenait à un milieu intellectuel particulièrement remarquable. Il fut très lié à son oncle par alliance, l’un des chefs de file de l’école mathématique française, Élie Cartan, professeur à la Sorbonne, enseignant à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, et à ses enfants, Henri Cartan, futur mathématicien de grand renom, et Louis Cartan, physicien, futur résistant qui connut un sort tragique.
François Cuzin fit de brillantes études à Lyon, au lycée Ampère où il se lia à Pierre Grappin, puis en khâgne au lycée Lakanal à Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine) à partir de 1933. Élève de Jean Guéhenno, ami de Jean-Toussaint Desanti, admissible à l’ENS, section littéraire, en 1935, il fut reçu premier en 1936. Mais une tuberculose rénale interrompit momentanément ce cursus. Bénéficiant d’un congé, il passa plusieurs mois en préventorium sur le littoral varois, non loin de chez ses parents établis depuis 1933 à Toulon (Var), où son père avait acheté une entreprise de vulcanisation, La Maison du Pneu.
François Cuzin, socialiste, très critique vis-à-vis du Parti communiste, militait à Paris pour le Front populaire, ce qui lui valut d’être sérieusement matraqué par les Camelots du Roy en 1935. Ébranlé par la Guerre d’Espagne, il rejoignit les étudiants communistes à son retour à l’ENS. Élève de Vladimir Jankélévitch, il apparut alors comme l’un des espoirs de la philosophie française. Le Pacte germano-soviétique le révulsa au point de lui faire déchirer sa carte de l’Union des étudiants communistes. Sujet à des rechutes, il souffrit d’être réformé et de ne pouvoir participer au combat. Il écrivit, le 30 septembre, au secrétaire général de l’ENS pour demander comment il pouvait « servir son pays en dépit de son exemption ». Le 29 janvier 1940, il prit la parole, en tant que « cacique » 1936, avec Jean Cavaillès, « archicube » 1924 lors de la cérémonie en hommage au grand républicain Célestin Bouglé, directeur de l’ENS, mort peu avant, dont ils saluaient les valeurs. Dès la rentrée 1940, il fit partie du groupe de normaliens (Jean-Toussaint Desanti, Simone Devouassoux, Yvonne Picard, etc.), appelé « Sous la botte », qui tirait des tracts dans les caveaux de la rue d’Ulm. Ce groupe rejoignit en 1941 « Socialisme et Liberté » créé par Jean-Paul Sartre avec Maurice Merleau-Ponty et Simone de Beauvoir.
François Cuzin participa à la manifestation estudiantine du 11 novembre 1940 et écrivit comme « cacique général », le 8 décembre 1940, à Jérôme Carcopino, devenu directeur de l’ENS, pour lui demander d’ignorer l’interdiction allemande de déposer des couronnes de fleurs devant le monument aux morts de l’École lors de la cérémonie marquant le retour des normaliens. Il lui écrivit à nouveau le 21 mars 1941 – Carcopino étant devenu ministre de l’Instruction publique – pour protester contre l’interdiction faite aux étudiants juifs de se présenter à l’agrégation.
En congé de maladie, François Cuzin vint se soigner à Toulon en 1941-1942, tout en gardant contact avec ses condisciples. C’est ainsi qu’il rejoignit en janvier 1942 le philosophe Pierre Kaufmann (promotion 1936) qui s’était installé dans un hôtel de Saint-Agrève (Ardèche). À Toulon, il noua des contacts avec Marcel Abraham, ancien directeur de cabinet de Jean Zay, parti de la région parisienne où il participait au réseau du Musée de l’Homme, et, grâce à lui, adhéra quelques mois après au mouvement Franc-Tireur. Son ancien condisciple de l’ENS, André Mandouze, nommé au lycée de Toulon, diffuseur de Témoignage chrétien, se rapprocha de lui. Faisant partie d’une commission de réflexion sur la presse, il entra en relation avec le Comité national des Intellectuels de la Zone sud en 1943. Il écrivit en 1943 des articles pour la revue lyonnaise Confluences, créée en 1941 par Pierre Grappin. Par son intermédiaire et celui de ses amis Auguste Angles et Pierre Kaufmann (qui séjourna à Toulon au début du printemps 1943), il fut sans doute en contact avec le Centre d’information et de liaison des MUR dont ils étaient parmi les animateurs. Ayant réussi à l’agrégation de philosophie en 1943, en dépit d’un état de santé toujours oscillant, il fut nommé au lycée Gassendi à Digne (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), le 1er octobre 1943. Désigné comme chef départemental de Franc-Tireur dans les Basses-Alpes, il devint de ce fait membre de la direction départementale des MUR et de l’Armée secrète (AS). Sous le pseudonyme d’Étienne, il y fut chargé du renseignement sous les ordres de Frank Arnal, chef régional du service de renseignements des MUR. Il participa à la réunion qui aboutit à la fusion de l’AS et de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) fin décembre 1943 aux côté de Louis Martin*-Bret et Marcel André. En janvier, il fut nommé à la tête du 2e Bureau de l’état-major AS-ORA. Il était également membre du CDL des Basses-Alpes. Dans ce département où la Résistance communiste, grâce aux Francs-tireurs et partisans (FTP), faisait preuve d’un dynamisme remarquable, il adhéra au Parti communiste clandestin en 1944. Il fut arrêté à Oraison (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) avec ses camarades du CDL le 16 juillet 1944 par les Allemands et leurs auxiliaires de la 8e compagnie Brandebourg. Emprisonné aux Baumettes à Marseille, il a été fusillé à Signes le 18 juillet avec vingt-huit autres résistants. D’après Ernst Dunker (Delage), l’un des responsables de la section IV de la Sipo-SD, le jugement aurait été prononcé par la cour martiale de la 244e Division d’infanterie. Les corps furent exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés » et devenu nécropole nationale en 1996. D’autre part, un monument à Oraison rappelle l’arrestation du 16 juillet.
Une cérémonie à sa mémoire eut lieu à Digne, le 2 novembre, au cours de laquelle son nom fut donné à la salle de philosophie du lycée et une plaque dévoilée (on lui dédia plus tard une avenue). Au même moment, son nom fut donné à l’avenue de Toulon où sa famille résidait. Une autre cérémonie, religieuse celle-là, fut organisée par sa famille, à Paris, le 21 décembre 1944, avec la participation de ses amis, André Mandouze et le philosophe Pierre Kaufmann, son cothurne avec lequel il était resté très lié durant toute la période. Auguste Anglès rédigea un rappel biographique dans la revue Confluences au début 1945. Cette revue littéraire et de sensibilité résistante, dirigée par René Tavernier, avait publié plusieurs articles de lui en 1943 (dont une longue analyse intitulée « Situation du surréalisme »). En 1971, l’unité d’enseignement et de recherches de philosophie de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où Jean-Toussaint Desanti enseignait, décida de donner son nom à une salle, non loin de la salle Jean Cavaillès. Il a été déclaré « Mort pour la France ».
Oeuvres

ŒUVRE : « La mort d’autrui », texte publié dans le n° 16 de La Liberté de l’esprit, n° spécial « Visages de la Résistance », automne 1987.

Sources

ŒUVRE : « La mort d’autrui », texte publié dans le no 16 de La Liberté de l’esprit, no spécial « Visages de la Résistance », automne 1987.$$SOURCES : SHD 13P53, Journal de marche du commandant Chaumont, chef départemental de l’ORA. – Arch. privées. – Presse locale (Le Var libre 21, 22, 26, 29 septembre 1944). – Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, thèse d’histoire, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977. – Dominique Desanti, Ce que le siècle m’a dit. Mémoires, Paris, Plon, 1997. – Dominique et Jean-Toussaint Desanti avec Roger-Paul Droit, La Liberté nous aime encore, Paris, Odile Jacob, 2001 – Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence, Digne, 1983. – Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var, thèse d’histoire, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1989. – Stéphane Israël, Les études et la guerre, les normaliens dans la tourmente (1939-1945), Paris, Éd. rue d’Ulm, 2005. – Jean Vial, Un de l’AS bas-alpine. Souvenirs d’un résistant, Marseille, imprimerie Villard, 1947. – Notes de Jacques Girault et Thérèse Dumont.

Jean-Marie Guillon

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