Né le 29 septembre 1913 à Thomery (Seine-et-Marne), guillotiné le 23 juillet 1942 dans la cour de la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.) ; employé au central télégraphique ; militant communiste ; résistant FTPF.

André Dalmas était le fils d’un sous-officier au 41e Régiment d’infanterie et d’une institutrice. Son père fut tué dans la Marne en avril 1916 et André Dalmas fut adopté par la Nation le 20 novembre 1919. Dans une autobiographie manuscrite de dix-neuf pages en date du 18 novembre 1938, destinée au Parti communiste, il retraçait son parcours familial et militant. Sa mère avait été institutrice, adhérente à la Ligue des droits de l’Homme ; elle répondit à l’appel du comité Thaelmann, elle éleva son fils « dans l’horreur de la guerre, la haine de l’injustice ». Elle lui fit partager son admiration pour Henri Barbusse et Romain Rolland. Dès leur parution, il lisait les ouvrages d’André Malraux. André Dalmas étudia, obtint le baccalauréat de philosophie, deux certificats de licence en droit. Il adhéra aux Étudiants communistes en 1934 pendant ses études à la faculté de droit de Paris, il devint trésorier quelques mois, fut membre de l’Union fédérale des étudiants (UFÉ). Il participa aux manifestations pour défendre le professeur de droit public de la faculté de droit de la Sorbonne Gaston Jèze, attaqué par les Croix-de-feu et les Jeunesses patriotes en 1935 et 1936. Il collabora à la rédaction d’un journal destiné aux gardes champêtres, publication dirigée par un franc-maçon, juge de paix. Il eut le contact avec la loge de Moret-sur-Loing, mais rompit.
Il fut surveillant au collège de Fontainebleau (Seine-et-Oise), puis à l’Internat de l’École départementale Adolphe Chérioux à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), à l’Institut des sourds-muets à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Il participa à la campagne pour l’élection d’Émile Dutilleul à Asnières, Gennevilliers, écrivit dans Le Travailleur de la banlieue ouest. Le 1er février 1938, il était embauché par l’administration des PTT au central télégraphique 103 rue de Grenelle, pour un salaire de 1900 francs par mois en 1942, domicilié à Maisons-Laffitte (Seine-et-Oise) chez ses beaux-parents. André Dalmas avait adhéré au Parti communiste en mai 1938 à la cellule 542 des PTT, remplaçant le secrétaire de cellule le temps des vacances. Il lisait assez régulièrement Correspondance internationale, les Cahiers du bolchevisme et l’Humanité, étudia le Manifeste du Parti communiste de Marx et d’Engels, des textes de Lénine.
Il fit son service militaire d’octobre 1936 à octobre 1937 à Mourmelon à la 6e section d’infirmiers militaires. À son retour dans la vie civile, il s’impliqua dans la vie militante, lisait Regards et Russie d’Aujourd’hui. Il fut mobilisé d’août 1939 à août 1940. Il épousa Aimée Pannetier, une ex-étudiante en philosophie le 5 décembre 1939 en mairie de Maisons-Laffitte (Seine-et-Oise, Yvelines). Le couple habita la ville au 2 impasse Pierre-Curie. Aimée fut membre des Jeunesses socialistes, milita ensuite à l’Union fédérale des étudiants.
Très vite André Dalmas rejoignit le Parti communiste clandestin puis les FTPF. Il fut chargé de protéger Madeleine Marzin lors de la manifestation des femmes contre les pénuries et les difficultés du ravitaillement le 31 mai 1942 au magasin d’alimentation Éco à l’angle des rues de Buci et Seine. Un tract fut jeté à la volée, intitulé « Écoutez-nous ! » signé d’« Un groupe de ménagères du VIe arrondissement ». Un appel à l’action directe sans équivoque était lancé : « Si nous élevons la voix davantage nous obtiendrons davantage. Mieux, si nous nous mettons en colère, on nous donnera satisfaction. [...] Servons-nous, nous-mêmes. Nos enfants ont faim, cela passe avant tout. »
Arrêté par deux gardiens de la paix, il fut conduit au poste de police du quartier Saint-Germain. Sur le chemin, au carrefour des rues Buci-Bourbon-Le Château, des manifestants tentèrent de libérer André Dalmas. Des policiers prêtèrent main-forte à leurs deux collègues. Deux FTP, Edgar Lefébure et Henri Meunier firent usage de leurs armes et tuèrent deux policiers, trois autres furent blessés. Arrêté, emmené dans les locaux de la BS2 où il fut interrogé, André Dalmas fut jugé par la Section spéciale du tribunal d’État et condamné à mort le 25 juin 1942 avec Edgar Lefébure, Henri Meunier et Madeleine Marzin. Celle-ci vit sa peine commuée en travaux forcés. André Dalmas, Edgar Lefébure et Henri Meunier furent guillotinés le 23 juillet dans la cour de la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.).
Son épouse Aimée fut interpellée le même jour que son mari, emmené à la BS2, gardée à vue dans un bureau. Son arrestation et de celle de son mari provoquèrent de rudes chocs émotionnels ; elle refusa de se nourrir, délira, eut des hallucinations. Conduite à l’infirmerie spéciale de la préfecture de police, puis le 13 juin à Saint-Anne, elle en fut sortie le 29 septembre, puis confiée à sa sœur domiciliée dans l’Yonne.
Le dimanche 28 avril 1946, une cérémonie eut lieu rue Jean-Dolent, devant la prison de la Santé. Une plaque de marbre fut dévoilée : « Derrière ces murs 18 patriotes antifascistes furent exécutés sur les ordres d’un Gouvernement au service de l’ennemi. » Le nom d’André Dalmas y figure. Quarante-huit heures plus tard, l’Humanité en rendait compte en page une, par une simple photographie légendée, en « l’honneur de 18 patriotes guillotinés ou fusillés ».
Le 14 juin 1947, son corps et ceux des trois autres guillotinés : Jacques Woog, Henri Meunier et Edgar Lefébure furent transférés et ré-inhumés face au carré des fusillés en présence des familles, d’associations et de Georges Marrane, maire d’Ivry-sur-Seine.
Le nom d’André Dalmas figure sur le monument aux morts érigé dans le cimetière communal et sur la plaque « À la mémoire des combattants morts pour la France » en l’église Notre-Dame de la Croix de Maisons-Laffitte, ainsi qu’à la Bourse du Travail de Paris avec les militants syndicalistes.
Il apparait, par erreur, dans certains documents du DAVCC et dans les lettres de fusillés publiées en 1946 sous le nom de André Delmas.
.................................................................
Dernière lettre
Lettre adressée au Parti Communiste et retrouvée dans les archives de la Santé.
Paris, le 23 Juillet 1942
A mon Parti,
A tous mes camarades,
Je vais donc dans quelques minutes être exécuté, guillotiné.
Que tous sachent que toutes mes pensées sont allées, comme va encore notre dernière pensée, à notre cher Parti, à notre grande Internationale Communiste, à la magnifique lutte des peuples pour leur libération, à notre cher Staline, lutte pour laquelle nous donnons, aujourd’hui, notre vie, froidement, le regard droit, la tête : haute, fiers de mourir pour notre Patrie martyre qui demain renaîtra
A ma femme, quand la chose sera possible, dites simplement ceci : « Il t’aimait et, quand vint l’heure dernière, il s’endormit emportant dans ses yeux lourds ton image douce et la vision fulgurante d’une pluie d’étoiles rouges. »
 
A. Delmas
Sources

SOURCES : Arch. PPo, BS2 carton 6, activités communistes pendant l’Occupation carton 6. BA 2128, BA 2297, BA 2299. – DAVCC, Caen, guillotiné B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – 1W 0295 (transmis par Gilles Morin). – Arch. André Marty, CHS du XXe siècle. – J. Kahn, Persiste et signe, Éd. Sociales, 1973. – Georges Frischmann, Histoire de la Fédération CGT des PTT, Éd. Sociales, 1967. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946, p. 57. — L’Humanité, 30 avril 1946. – État civil.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Version imprimable de cet article Version imprimable