Le combat du Pont-de-la-Mouline fut le dernier combat du CFMN, le Corps franc de la Montagne noire avant son engagement dans la campagne d’Alsace. il eut lieu dans le Tarn, le 23 août 1944, deux jours après celui de St Pons (Hérault), avec le même objectif : se porter au-devant d’une colonne allemande en retraite, l’attaquer pour la retarder et l’affaiblir. Pour ce maquis, le combat du Pont de la Mouline fut sans doute celui qui coûta aux Allemands les plus fortes pertes en hommes : une centaine de tués, tout en entraînant la mort de 9 maquisards. Le CFMN avait eu 16 engagements contre les Allemands depuis avril 1944 et perdu au total 36 hommes. Le combat du Pont de Mouline fut le dernier.

Monument commémoratif, ossuaire du CFMN.
Le CFMN s’est formé en avril 1944 par le regroupement de plusieurs maquis créés depuis le début de 1943. La Montagne Noire, située aux confins de trois départements : Tarn, Aude, Hérault, est une région de forêts, de landes, et d’habitat dispersé. C’est un refuge naturel. La composition de ce maquis a été très complexe : des groupes de réfractaires, des militaires issus de l’armée d’armistice et réunis dans le maquis « De Lattre de Tassigny » qui comptait quatre-vingts hommes, plus une quinzaine de de transfuges russes de la Wehrmacht, une vingtaine de juifs réfugiés en montagne, et un commando créé par un français Henri Sévenet, passé en Angleterre, entrainé par le SOE puis parachuté en France avec le grade de capitaine. Ce commando, le « Detective circuit », était reconnu par l’Etat-Major interallié. C’est en mars 1944 qu’Henri Sévenet et Roger Montpezat, né à Bordeaux en 1899, mais installé à Toulouse, conçurent le projet de création du CFMN. Le mois suivant, sans doute le 20 avril 1944 à Castres, le projet aboutit, avec l’accord du chef du maquis De Lattre de Tassigny : Bernard Jouan de Kevernoael était un officier d’active, lieutenant du 3° régiment de Dragons de Castres, qui venait de l’armée d’armistice. Son groupe apportait à la fois un savoir-faire, un entrainement militaire que les résistants civils ne possédaient pas, et un certain nombre d’armes récupérées après l’arrivée des Allemands en zone sud. Quant à Henri Sévenet, parachuté en octobre 1943 avec l’opérateur-radio Richardson, il pouvait obtenir le parachutage d’armes. Pour procurer des uniformes aux maquisards, un coup de main fructueux fut organisé à Toulouse le 9 mai pour s’emparer de chaussures et de vêtements stockés dans des bâtiments de l’Administration de la Jeunesse. D’autres matériels furent prélevés sur les réserves du Chantier de Jeunesse n° 35 : en effet, en avril 1943, les Chantiers de Jeunesse avaient été éloignés des zones côtières et déplacés vers l’intérieur ; avec l’occupation allemande, leur existence avait perdu son sens d’origine et les Chantiers se vidèrent peu à peu. Le chantier n° 35 dit « Montagne Noire » fut installé dans le Tarn à Labruguière ; l’intérêt de sa présence tint à ce que ses abondantes ressources finirent par être récupérées par les maquisards. Ravitaillement, pantalons, vestes, chandails, a écrit Gérard Bouladou, furent prélevés lors de raids rapides, parfois avec la complicité de jeunes du Chantier. L’objectif des chefs de ces maquisards fut de militariser le CFMN et de le préparer à combattre en soutien aux troupes alliées, dans l’hypothèse d’un débarquement en Méditerranée. Quant aux Allemands, ils avaient pour but de détruire les maquis avant un débarquement pour sécuriser les mouvements de leurs troupes.
Le Corps franc de la Montagne Noire eut à se déplacer sur plusieurs départements au gré des attaques allemandes : le premier combat eut lieu dans le Tarn dès le 22 avril 1944, mais il y en eut 5 autres, souvent meurtriers, dans l’Aude pendant l’été suivant et les deux derniers, dans l’Hérault à Saint-Pons et au Pont de la Mouline lors de la retraite allemande. L’histoire de ce maquis est donc en lien avec deux phases différentes : celle de la répression par l’occupant de la Résistance armée, puis celle de la retraite allemande vers l’Est, retardée par les attaques de maquis. La première phase avait été marquée particulièrement par deux batailles dans l’Aude : le 20 juillet quand eut lieu une forte attaque allemande soutenue par un bombardement aérien à La Galaube, puis le 8 août à Trassanel où les Allemands pourchassèrent des hommes de deux maquis, le CFMN et le maquis audois Armagnac. Le CFMN avait perdu 4 hommes à La Galaube. Il en perdit encore 9 au Pont-de-la-Mouline.
Saint-Pons venait de subir deux jours de combat quand, au matin du 23 août, Roger Montpezat qui était à Lacaune, apprit par le receveur des Postes qu’une importante colonne allemande motorisée d’environ 2000 hommes allemande n’était plus qu’à 4 km et arriverait donc dans moins d’un quart d’heure. Il fallait chercher à savoir quelle direction elle prendrait après Lacaune. Ce fut la route de Murat : le commandant Monpezat l’apprit par la même source. Le receveur des Postes avait compté dans le convoi allemand 116 camions et plus de 20 canons. À environ 4 kms de Murat le convoi allemand va arriver au Pont de la Mouline qui a été saboté par la Résistance : ils pourront soit le réparer et le franchir soit décider de rebrousser chemin. C’est en ce lieu qu’il est décidé de leur tendre une embuscade. Le commandant Montpezat et le capitaine de Kervenoael font une rapide reconnaissance de la zone qui est boisée et accidentée, puis décident de la répartition des forces disponibles : deux escadrons sont placés sur les hauteurs qui dominent d’une centaine de mètres la rive droite du Dourdou et la route qui la longe, derrière un rideau d’arbres qui domine cet à-pic. Les hommes de l’escadron Jourdan sont flanqués sur leur droite du groupe hispano-russe et sur leur gauche du peloton Bardiès.
Au total 120 hommes, car il a été décidé de n’engager qu’un effectif réduit. Tous sont en poste à 16 h. L’escadron de Sénégas se place à côté des Russes. Derrière eux, au-delà d’un chemin creux,
Or, les Allemands qui avaient prévu l’embuscade étaient en position deux heures plus tôt et ont assisté à l’occupation du plateau par le Corps franc. Ils l’ont encerclé sans possibilité de retrait. Montpezat a tenté de parlementer. Deux prisonniers allemands porteurs d’un drapeau blanc ont été accueillis à mi-distance par l’artillerie allemande. C’est ainsi que le combat a été engagé car le Corps franc a riposté par le tir de deux mitrailleuses et huit fusils-mitrailleurs. Le Russe Arakamia qui servait l’une des mitrailleuses est tué. L’adjudant Guy Rabiller qui a rampé jusqu’à un fusil mitrailleur allemand et tué le tireur est atteint lui aussi par une rafale. Un orage et une forte pluie interrompent brièvement les tirs. Pas assez pour permettre un repli. Ainsi, Hervé Fontorbe du peloton Bauman, est atteint pendant le mouvement de repli. Deux officiers du Corps franc ont trouvé un abri derrière un rocher et ils ont un fusil mitrailleur dont les tirs empêchent des renforts allemands de monter sur le plateau. Le cavalier Michel Thoumire qui appartient au peloton du sous-lieutenant Vernet est frappé en pleine tête et le cavalier Pierre Mazière d’abord touché au genou est abattu de plusieurs balles alors que ses camarades tentaient de le ramener à l’abri.
Ceux du peloton Vernet continuent à combattre et réussissent ainsi à aider leurs camarades que ne protège plus la ligne d’arbres : Bertrand Lamourelle est tué lors de cet engagement Pierre Blot, Jean Dimier, grièvement blessés, ne survivent pas. L’aumônier du Corps franc Jean de Villeneuve, tente, mais en vain, d’amener à l’abri Jean Corbière.
Les Allemands ont réparé le pont et repris leur route pendant la nuit. A l’appel du matin le 24 août, le Corps franc compte 9 morts et 15 blessés graves.
Une ambulance venue de Castres a transporté les blessés à l’hôpital de La Salvetat. Parmi eux, l’aumônier de Villeneuve et le capitaine de Kervenoael.
LISTE DES MORTS AU COMBAT : tous reconnus "Morts pour la France".
ARAKAMIA Wladimir , né sans doute en 1921
BLOT Pierre, Maurice, né le 8 janvier 1924 à Châlons-sur-Marne [aujourd’hui Châlons- en- Champagne], (Marne)
CORBIERE Jean, né le 19 septembre 1924 à Castres (Tarn)
DIMIER Jean, Marie, Louis, né le 18 mai 1926 à Vabre (Tarn)
FONTORBE Hervé, Louis, René, né le 6 juin 1924 à Castres (Tarn)
LAMOURELLE Bertrand, Louis, Alphonse, né le 2 janvier 1924 à Carcassonne (Aude)
MAZIERES Pierre, né le 18 novembre 1921 à Fonters-du-Razès (Aude)
RABILLER Guy, Gérald, né le 11 août 1922 à Angers (Maine-et-Loire)
THOUMIRE Michel,Paul, Maurice, né le 7 juillet 1926 à Roubaix (Nord)
Oeuvres

Un combat de retardement engagé par une partie des forces du CFMN contre une colonne allemande aux confins du Tarn et de l’Hérault.

Sources

SOURCES : Les anciens du Corps Franc de la Montagne Noire, Le Corps Franc de la Montagne Noire, Journal de marche, avril-septembre 1944, 1963, 243p. — Roger Gau, Le maquis du CFMN, des combats acharnés sur le pont-de-la-Mouline, e-book, mai 2018, 14p. — Roger Bouladou, Les maquis du Massif central méridional, éditions Lacour, 2006, 617p.. — Delphine Leneveu, AVCC Caen, mars 2019. — Memorial GenWeb, consulté en mai 2019. — Site internet : Roger Mompezat (1899-1958), Compagnon de la Libération, l’un des fondateurs du CFMN.

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