Né le 18 septembre 1914 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne), fusillé comme otage le 23 mai 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; dirigeant des Jeunesses communistes ; organisateur des intellectuels dans la Résistance et chargé de liaison au Front national.

Plaque commémorative à la mémoire de Charlotte Delbo et de son mari Georges Dudach apposée sur l’immeuble où ils ont été arrêtés le 2 mars 1942 au 93/95 rue de la Faisanderie dans le 16e arr.
Georges Dudach
Photographie des dossiers du Komintern (RGASPI, Moscou)
Georges Dudach était issu d’une famille de sept enfants. Sa mère faisait des ménages et gardait des enfants, et son père, Marcel Dudach, était un petit patron fabricant de bronze d’éclairage dans le IIIe arrondissement de Paris. Celui-ci, ruiné, fit du travail à façon rémunéré puis, après plusieurs années sans travail, devint ajusteur dans l’usine aéronautique Bloch. Ancien militant socialiste d’avant-guerre, Marcel Dudach sympathisa avec le Parti communiste sans y adhérer avant 1933. Il fut membre du comité de rayon et trésorier du rayon du IIIe arrondissement jusqu’à son décès en 1937. Selon l’autobiographie rédigée pour la commission des cadres en 1935, bien que son père fût discipliné dans le parti, il tenait parfois, selon son fils Georges, « dans sa famille des propos indignes d’un communiste ». Animé « d’idées anarchistes et petites bourgeoises, il semblait insuffisamment convaincu que la politique du parti est juste ». Sa femme était sympathisante communiste. Les deux frères, Armand et Georges, furent communistes, les cinq sœurs étant sympathisantes.
Élève à l’école primaire jusqu’à douze ans, Georges Dudach obtint le certificat d’études primaires et commença à travailler comme apprenti monteur en bronze à l’atelier de son père avant d’entrer à quatorze ans comme employé dans une banque. Tout en travaillant, il suivit des cours du soir en comptabilité et commerce et obtint ainsi des diplômes généraux et spécialisés. Il entra alors au Comptoir national d’escompte en 1928. Il avait adhéré aux Jeunes communistes (JC) à quatorze ans mais avait dû abandonner en raison de l’opposition de ses parents et il réadhéra en 1933. L’année suivante, il fut licencié du Comptoir national d’escompte où il avait créé une cellule de jeunes et une section syndicale. Au chômage, il fit une année de droit et obtint la Capacité en droit (1re année). Étant étudiant il bénéficia d’un sursis d’incorporation jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, qu’il demanda en accord avec le parti. Il avait pour compagne en 1935 Charlotte Delbo qu’il épousa l’année suivante. Sténodactylo-traductrice, celle-ci était membre des JC et du PCF ; son père, chef de chantier dans une entreprise de construction de ponts métallurgiques, syndicaliste d’avant-guerre, était syndiqué mais sans activité ; sa mère, antifasciste italienne immigrée, était sympathisante communiste.
Après son adhésion de 1933, Georges Dudach accéda au bureau régional des JC de Paris-Ville et fut deux mois rédacteur permanent à L’Avant-Garde. Il suivit l’école centrale organisée en 1935 par le parti pour les Jeunesses ainsi que des cours d’économie politique supérieure à l’Université ouvrière. Il fut correspondant de L’Avant-Garde à Moscou pendant trois mois et ensuite envoyé par l’ICJ en Belgique pour la transformation du journal de la Fédération belge Jeunesse nouvelle dont il forma la rédaction. Il fut rédacteur en chef des Cahiers de la Jeunesse (dirigés par Luc Durtain et Paul Nizan, 1er numéro, 15 juillet 1937) et participa au congrès de Bruxelles du Rassemblement universel pour la paix en 1938. Depuis 1932, il était adhérent au Syndicat unitaire des employés, secrétaire de sa section syndicale, membre du bureau de la section d’industrie et de la CE de la Fédération unitaire des employés. Il participa en mai 1935 à la grève des midinettes et au travail d’agitation et d’organisation qui suivit. Il fut également membre d’un club sportif affilié à la FST de 1932 à 1934.
Mobilisé en 1939, il suivit le stage des aspirants de l’École de l’air de Versailles. Ses opinions le firent chasser de l’École et envoyer en Afrique dans un bataillon disciplinaire. De retour en France, il reprit contact avec le Parti communiste clandestin, contribua à l’organisation des milieux intellectuels puis du Front national universitaire.
Au début de l’année 1941, Georges Dudach, envoyé par la direction nationale clandestine du parti de la Zone nord, retrouva la trace d’Aragon et d’Elsa Triolet à Nice. La date à laquelle Georges Dudach rencontra pour la première fois le couple à Nice ne peut être donnée avec certitude, Aragon la situe au début de l’année 1941 (février ou mars), Francis Crémieux, pour sa part, la situe en mai ou juin (Faites entrer l’infini, no 19, juin 1994). Dans L’Homme communiste, Aragon parle de trois rencontres avec Dudach. Celui-ci avait la mission d’accompagner Aragon jusqu’à Paris pour le mettre en contact avec les responsables du travail parmi les intellectuels, notamment Georges Politzer. Arrêtés par les Allemands en franchissant clandestinement la ligne de démarcation près de La Haye-Descartes le 25 juin 1941, ils furent tous trois incarcérés à Tours, puis finalement libérés sans avoir été reconnus au lendemain du 14 juillet. À Paris, Aragon rencontra, chez le peintre Édouard Pignon, Danielle Casanova et Georges Politzer afin de discuter d’une organisation d’écrivains. Aragon, d’après son témoignage, convainquit Georges Politzer de suspendre La Pensée libre et de lancer Les Lettres françaises (« De l’exactitude historique en poésie »). L’intervention d’Aragon, en faveur d’une large union, allait coïncider avec la politique de Front national en gestation depuis plusieurs mois. Aragon rencontra Jean Paulhan qui avait formé avec Jacques Decour le premier projet d’édition des Lettres françaises. De retour dans le Midi, Aragon et Elsa se chargèrent, avec un mandat précis, de regrouper les intellectuels, de créer et d’animer le Comité national des écrivains pour la Zone sud.
Georges Dudach fut arrêté par la brigade spéciale le 2 mars 1942 à son domicile parisien, 93 rue de la Faisanderie (XVIe arr.) d’où Pierre Villon, échappé le matin même d’une maison perquisitionnée par la police, put s’enfuir à temps. Les Allemands le qualifièrent de « Juif communiste ». Torturé, il fut interné à la Santé puis fusillé au Mont-Valérien comme otage le 23 mai 1942 en même temps que Georges Politzer, Jacques Solomon et le docteur Jean-Claude Bauer. Quelques jours plus tard, le 30 mai, Jacques Decour a été fusillé au même lieu. La femme de Georges Dudach, Charlotte (née Joséphine, Charlotte, le 10 août 1913 à Vigneux) et connue dans le monde du théâtre sous le nom de Charlotte Delbo, secrétaire de Louis Jouvet, fut arrêtée le 2 mars 1942 déportée à Ravensbrück, du 22 janvier 1943 au 23 juin 1945.
La soeur de Dudach, Marcelle Dudach-Roset, militante communiste, résistante, à été déportée à Ravensbrück.
Sources

SOURCES : Arch. Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 670, Autobiographies du 8 décembre 1935 et du 2 juillet 1936 avec compléments du 26 mars 1937 (consultées par Nicole Racine). – DAVCC, Caen. – Arch. du secrétariat d’État chargé des Anciens Combattants et des Victimes de guerre. – La Voix du IIIe, 1er mai 1945 (avec photographie). – Pierre Daix, Aragon, éd. mise à jour, Flammarion, 1994. – Francis Crémieux, « Une biographie à changer. Aragon, Elsa Triolet de la clandestinité à la Libération », Faites entrer l’infini, no 17, juin 1994. – Notes René Lemarquis. – État civil, Saint-Maur-des-Fossés.

Nicole Racine

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