Né le 1er janvier 1888 à Roubaix (Nord), fusillé le 15 juin 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; militant communiste du Maroc ; colonel des Brigades internationales ; directeur gérant de Ce soir légal, n° 1, 8 juillet 1940 dont la sortie ne fut pas autorisée par la censure allemande ; résistant.

Jules Dumont, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Jules Dumont, fils d’un cordonnier ou, selon l’acte de naissance, d’un tisserand – né dans une famille bourgeoise, disent Crémieux et Estager (op. cit.) –, fit son service militaire au Maroc où il fut nommé sous-officier et participa aux opérations de pacification. Pendant la Première Guerre mondiale, il se battit pendant cinquante-deux mois sur tous les fronts : Flandres, Somme, Verdun puis Salonique, et finit la guerre comme capitaine, décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur. Blessé à plusieurs reprises, gazé un mois avant l’armistice, il décida de rester dans l’armée. On lui confia le commandement de la place de Dunkerque puis un commandement de district au Maroc. Dumont quitta l’armée en 1920.
Il s’établit alors à Aïn Taoudjat dans une concession à défricher, fit des agrumes et de l’apiculture et s’y maria. La misérable condition des Marocains l’indigna et il prit leur défense, rédigeant pour eux des requêtes auprès de l’administration. Puis il se tourna vers les petits colons que la crise ruinait. Il les rassembla, fonda une coopérative d’achat de matériel agricole, se battit pour une indexation du prix des céréales, dénonça la pesante tutelle des banques. La lecture de l’Humanité, que lui procurait le chef de gare, fit de lui un communiste. En 1934, parce que ses enfants grandissaient, il demanda une charge de mandataire au marché de Meknès, ce qui lui fut accordé.
Qu’il ait cherché à prendre des contacts avec des indigènes pour développer une propagande anticolonialiste, ce n’est pas douteux. Ainsi accepta-t-il d’exposer ses vues dans deux réunions « clandestines », les 19 et 28 novembre 1934, mais les réunions en question avaient été organisées par deux indicateurs de police. Aussi son domicile fut-il perquisitionné, Jules Dumont arrêté, traduit devant le tribunal militaire de Meknès, condamné le 15 janvier 1935 pour propagande communiste et distribution de journaux interdits : L’Orient arabe et l’Humanité, et aussitôt expulsé. Les effets de cette affaire furent de deux ordres :
– Les amis de Dumont, dans un élan de solidarité, se manifestèrent. Louis Apcher recueillit les trois enfants, alerta les sympathisants de Casablanca dont Charles Dupuy et Xavier Gransart, et une section du Secours rouge fut créée en février.
– Pour clouer au pilori « les porteurs de sabre », deux tracts furent diffusés à un mois d’intervalle, le 1er février et le 1er mars. « Maroc rouge » annonçait la création d’un « Parti communiste marocain » et appelait « les peuples exploités » à la révolte. Ils firent scandale. La confection et la diffusion de ces tracts, envoyés par la poste, exigèrent des prises de contact, des liaisons qui révélèrent les premiers communistes du Maroc à eux-mêmes et à la police.
Quant à Dumont, pris en charge par le Secours rouge en France, il participait en mars 1935, à Paris, à des réunions du SRI et présenta à la conférence nationale des 16 et 17 mars 1935 un rapport sur la situation au Maroc. À l’automne de 1935, c’est l’Internationale communiste qui l’envoyait comme conseiller militaire auprès de l’état-major du Négus en Éthiopie attaquée par Mussolini.
Dès juillet 1936, Jules Dumont se porta volontaire pour organiser l’instruction des combattants des Brigades internationales (BI). Il constitua à Madrid la centurie « Paris » (92 hommes, dont 77 Français) qui semble avoir été le noyau des unités françaises des BI. À partir du 22 octobre 1936, il commanda, avec le grade de colonel, le bataillon « Commune de Paris » de la 1re BI. Il exerça cette fonction, secondé par Marc Sangnier, jusqu’au 3 janvier 1937 puis du 18 janvier au 15 février 1937. André Marty lui confia ensuite le commandement de la XIVe BI (« La Marseillaise ») du 28 février 1937 au 23 février 1938. Il conduisit ses troupes au Jarama et à Cuesta de la Reina. Malade en décembre 1936, blessé le 4 janvier 1937, il bénéficia d’une permission en novembre-décembre 1937 et fut remplacé par Boris Guimpel. Dumont, qui habitait semble-t-il à Montreuil-sous-Bois, vint saluer la conférence régionale communiste Paris-Est en décembre. Il aurait quitté définitivement l’Espagne au milieu du mois de janvier 1938 mais son commandement prit fin un mois plus tard.
Lieutenant-colonel de réserve, Jules Dumont participa aux opérations militaires du début de la Seconde Guerre mondiale et fut démobilisé après l’armistice. Le fils de Bernadette Cattanéo se souvient cependant l’avoir vu venir en civil visiter cette militante et amie personnelle pour parler avec elle de sa rupture. Il se mit aussitôt au service du Parti communiste clandestin. Pressenti comme directeur-gérant de Ce Soir, « grand quotidien indépendant d’informations », il se rendit le 6 juillet 1940 à l’ambassade d’Allemagne accompagné de Me Foissin. Reçu par Otto Abetz, il lui remit la morasse du numéro 1, daté du lundi 8 juillet 1940 (conservé aux Arch. Nat. AJ 40883). L’éditorial annonçait qu’après dix mois d’interdiction, Ce Soir avait obtenu l’autorisation de reparaître : « Ce Soir, journal indépendant, qui mena de courageuses campagnes pour défendre le peuple de France, fut interdit, en même temps que l’Humanité, pour avoir approuvé le Pacte germano-soviétique et servi par cela même la cause de la paix. » En bas de page une manchette annonçait : « Amis de Ce Soir souscrivez !... Envoyez les fonds à Jules Dumont, 123 rue Montmartre, Paris. » Dans une note du 7 juillet, Abetz se prononçait pour l’autorisation de Ce Soir : « Les journalistes désignés par le mouvement communiste pour la direction de la rédaction se sont déclarés prêts à soumettre chaque projet d’article avant impression et à s’aligner au plus près pour le traitement des questions politiques les plus importantes sur le journal la France au travail que nous rédigeons nous-mêmes » (CDJC, LXXIX a I, document trouvé par Denis Peschanski et cité dans L’Histoire, no 60, octobre 1983). On ignore si le cas Ce Soir fut évoqué le 13 juillet lors de la rencontre entre Me Foissin, Catelas, Tréand et Otto Abetz. Ce dernier partit en Allemagne pour répondre à une convocation d’Hitler. De retour en France, il reçut Me Foissin, le 22 août pour lui annoncer qu’Hitler et Ribbentrop jugeaient impossible la reparution de Ce Soir, trop marqué par la guerre d’Espagne.
Jules Dumont aurait ensuite été chargé pendant l’automne 1939 et l’hiver 1939-1940 de préparer l’évasion des députés communistes de la prison du Puy (Haute-Loire), mais, en mars 1941, les députés furent transférés à Marseille. Selon l’Humanité du 20 juillet 1940, Jules Dumont avait été arrêté dans le XXe arrondissement. Un tract communiste, ramassé par la police le 25 juillet, évoquait l’arrestation de Jules Dumont, le 14 juillet à Charonne, pour distribution de tracts (Arch. Tasca, vol. 23). Il fut vraisemblablement relâché rapidement. Fin novembre ou début décembre, la police découvrit à Montreuil, dans un local loué par Jules Dumont, du matériel de propagande : deux ronéos, 15 000 tracts, des numéros de l’Humanité clandestine, de La Vie ouvrière et de La Voix du XXe (Rapport de police hebdomadaire, 3 décembre 1940, Arch. Tasca).
Jules Dumont fut à l’automne 1941 un des fondateurs de l’Organisation spéciale (OS) et un des commissaires politiques du premier comité militaire national des FTP. Il avait organisé le déraillement de train d’Épinay en juillet 1941. Il mit au point les opérations « brûlots » effectuées par des groupes mobiles loin de leur base. L’état-major FTP le désigna comme chef militaire de la région Nord-Pas-de-Calais-Aisne-Ardennes, au début de l’année 1942, sous le nom de « colonel Paul ». Il était secondé par Hapiot et Charles Debarge. Arrêté à la fin de l’année 1942, torturé, incarcéré à Fresnes, il a été fusillé le 15 juin 1943 au Mont-Valérien.
Jules Dumont s’était marié le 19 avril 1913 à Roubaix et était père de trois enfants. Un fils, arabisant, fit une carrière importante au Maroc, notamment à la radio. Il fut professeur agrégé d’arabe à Dakar.
Une plaque, 6-8 rue Louis-Ganne, à Paris (XXe arr.), honore sa mémoire.
Dernières lettres
14 heures
Mardi, 15 juin 1943
Mes chers enfants,
On vient de m’avertir que la dernière cérémonie aura lieu dans deux heures.
J’aurais tant voulu me dire ce qui me gonfle le cœur, toute l’affection inexprimée.
Ce qu’il faut que vous sachiez c’est que mon courage n’aura pas faibli un seul instant. J’ai voulu que toute ma vie fut au service du peuple et de mon pays, ma mort aussi peut être leur servira.
Je sais au moins pourquoi j’ai souffert et pourquoi je vais mourir, tant d’autres souffrent et meurent sans savoir pourquoi.
Je veux aussi vous dire que depuis le départ de votre mère une autre femme en toute clarté est entrée dans ma vie. ; L. P. a été pour moi le dévouement même, c’est pour me sauver la vie qu’elle est elle-même en prison depuis 18 mois.
Ayez pour elle, comme pour votre mère d’ailleurs toute l’affection possible, que votre bonne affection remplace près de ces deux femmes également admirables, celle que je n’ai pu leur donner.
Au revoir, ma foi est intacte, je meurs content puisque c’est pour le peuple et pour mon pays.
Aimez-vous bien, soyez heureux, je vous embrasse de toutes mes forces.
Pierre, Fernand, Mimi
J. Dumont
 
Mardi 15 juin 43 (15 heures)
Chère Maria,
Dans une heure je serai fusillé, je pense à toi en toute sérénité.
Sans doute je n’ai pas été celui que j’aurai pu et voulu être.
Toute ma vie sentimentale a été impressionné par l’accident que tu sais, j’ai eu l’immense tort de ne pouvoir surmonter cet accident et de t’en garder rigueur. Pardonne-moi.
Un calme infinie n’a cessé d’être mien depuis 7 mois que (je souffrent) et en ce moment même où je vois la mort.
Il te reste nos bons, nos vaillants enfants.
Il faut leur dire, ils furent jusqu’à ma dernière minute mon refuge, mon meilleur souvenir.
J’étais tellement fier d’eux !
Ils t’aimeront tant que tu oubliera.
Je voudrais pourtant que toi et mes fils conserviez de moi un souvenir assez agréable, je suis tellement sur qu’on ne me connaissait pas !
Je vais tomber comme un soldat, sans peur et sans reproche, que cela au moins vous réconforte. Vive la France !
A Dieu je t’embrasse une dernière fois.
Jules
Sources

SOURCES : RGASPI, 495 270 1867, dossier Jules Dumont dans les archives du Komintern, mais nos demandes sont restées sans résultat. Le dossier a dû être versé à un autre service. – Arch. A. Marty (J. Maitron), E VIII, S I et S II. – Arch. AVER. – Arch. Tasca, Fondation Feltrinelli, communiqué par Denis Peschanski. – Arch. CDJC, LXXIX a I, communiqué par Denis Peschanski. – RGASPI, 495 270/1867. – La Voix de l’Est, 18 décembre 1937. – Albert Ayache, « Droite et gauche au Maroc de 1934 à 1936 », dans La Pensée, no 188, août 1976. – Alain Guérin, La Résistance, t. I, Paris, 1972, p. 238. – Francis Crémieux et Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, Paris, Éd. Sociales, 1983. – Andreu Castells, Las Brigadas Internacionales de la guerre de Espana, Barcelone, 1974. – Denis Peschanski, « L’été 40 du Parti communiste français », L’Histoire, no 60, octobre 1983. – Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40. La négociation secrète, Éd. de l’Atelier, 2006. – Françoise Demougin Dumonty, La promesse de l’oubli. Mon grand-père Jules Dumont, Tiresias, 2017. — Témoignage de Charles Dupuy. – Notes Albert Ayache. – État civil, Roubaix.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Jacques Duclos, Mémoires, op. cit., t. 3, p. 43-45. — Épopée d’Espagne, 1956, p. 51 et 126.

Jean Maitron, Claude Pennetier

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