Né le 21 novembre 1926 à Paris (IVe arr.), fusillé le 1er octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; receveur lithographe ; militant des Jeunesses communistes du IVe arrondissement ; résistant, combattant du 2e détachement des FTP-MOI.

[APPP, id. jud.]
André Engros était le fils d’Isaac Engros et de Rosalie Getner. Son père, Juif égyptien né en 1890 à Alexandrie, était arrivé en France en 1900. Après avoir obtenu le CEP, il était devenu chauffeur. Fille d’immigrés juifs russes, sa mère était née en 1891 à Paris (IVe arr.). Elle fut couturière puis mère au foyer. André Engros était le benjamin d’une famille comptant deux autres garçons, Marcel et Lucien, qui vivait à Paris, 2 place du Marché-Sainte-Catherine (IVe arr.). En août 1927, les trois enfants du couple acquirent la nationalité française par déclaration. Son père demanda, en juin 1928, sa naturalisation, mais comme il ne s’était pas fait enrôler comme volontaire dans l’armée française en 1914 et que son casier judiciaire n’était pas vierge, sa demande fut ajournée. André Engros grandit dans le IVe arrondissement et fut scolarisé à l’école du quartier, rue Neuve-Saint-Pierre, où il obtint son certificat d’études primaires. Receveur lithographe de profession, il militait avec ses frères à la section du IVe arrondissement des Jeunesses communistes.
Au printemps 1939, lui et sa famille déménagèrent pour un appartement situé au 18 de la rue des Écouffes (IVe arr.). Ils se firent recenser comme Juifs en octobre 1940 auprès du commissariat de leur quartier et quittèrent leur appartement, semble-t-il, en novembre 1941, pour aller s’installer dans un logement, 35 rue de Charenton (XIIe arr.), peut-être afin d’éviter d’éventuelles arrestations.
Le 6 mars 1942, son frère aîné Marcel fut interpellé par la brigade spéciale au cours d’une vague d’arrestations opérées parmi des cadres importants de l’appareil central du PCF ; remis aux autorités occupantes, il fut incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Deux mois plus tard, le 8 mai, son frère Lucien, combattant de l’OS, fut arrêté à son tour par la brigade spéciale. Marcel a été fusillé comme otage au Mont-Valérien le 23 mai, tandis que Lucien fut condamné à mort le 7 août par le tribunal allemand de la Seine pour activité de franc-tireur. Le même jour, leur mère fut internée par la police d’occupation au fort de Romainville. Lucien a été fusillé le 22 août 1942 au stand de tir d’Issy-les-Moulineaux, alors que leur mère était transférée au camp de Drancy le 3 septembre, pour être déportée, le 18 du même mois, à destination d’Auschwitz, où elle trouva la mort.
Après les arrestations de décembre 1942 par la brigade spéciale parmi les FTP-MOI et dans le contexte de la capitulation de la VIe armée allemande sur le front de Stalingrad au début de l’année 1943, qui eut pour conséquence l’intensification de la lutte armée menée par le PCF clandestin, André Engros, encore très jeune, se retrouvant seul à Paris, rejoignit le deuxième détachement (détachement juif) des FTP-MOI, formant un groupe avec Raymond Kojitski et Nonique Tuchklaper, leur chef.
Pour éviter d’être arrêté par la police qui avait procédé à de nombreuses interpellations en mars 1943 dans les rangs de la sous-section juive de la MOI, André Engros alias Roger quitta son domicile du 35 rue de Charenton, où il continuait à vivre sous son véritable nom et passa dans la clandestinité. Nonique Tuchklaper lui fournit une fausse carte d’identité au nom de Gérard Larmant ainsi qu’une chambre louée, au 92 rue du Faubourg-du-Temple (XIe arr.), où il demeura dans l’illégalité. Cependant, dès le 28 avril, il fut pris en filature par des inspecteurs de la brigade spéciale alors qu’il avait rendez-vous, au métro Porte-de-Vincennes, avec Meyer List, alors responsable militaire du deuxième détachement.
Au sein des FTP-MOI, André Engros participa notamment au grenadage d’un détachement allemand, rue de Courcelles, le 27 mai 1943, en compagnie de Raymond Kojitski. Le 2 juillet suivant, il fut interpellé à son domicile clandestin par des inspecteurs de la brigade spéciale, dans le cadre d’une vague d’arrestations opérées ce jour-là parmi les rangs de la MOI. Remis aux autorités occupantes, condamné à mort le 20 septembre 1943 par le tribunal allemand de la Seine pour activité de franc-tireur, il a été fusillé le 1er octobre au Mont-Valérien à Suresnes et inhumé au cimetière d’Ivry (Seine, Val-de-Marne). Il n’avait pas encore 17 ans, il est le plus jeune fusillé du Mont-Valérien.
Son père, Isaac Engros, interné au camp de Rouillé (Vienne), fut transféré le 21 janvier 1944 au camp de Drancy, pour être déporté le 10 février suivant à destination d’Auschwitz, où il trouva la mort.
Après guerre, André Engros ne fut ni homologué au titre de la Résistance intérieure française, ni reconnu comme « Interné Résistant », à titre posthume. Sa famille ayant totalement disparu, personne ne fut en mesure de déposer une demande à cet effet. En marge de son acte de décès, on fit figurer, en septembre 1972, la mention « Mort pour la France ».
Au 18 de la rue des Écouffes, une plaque figure, mentionnant : « Ici vécurent avec leur mère, torturée à mort par la Gestapo, les patriotes Marcel, Lucien et André Engros, fusillés par les occupants hitlériens. »
Sources

SOURCES : Arch. Nat., Natural. BB11 32909 X 27 Engros, BB11 81999 X 28 Engros née Getner Rosalie, BB11 24875 X 1929 Engros Isaac ; F9/5578., F9/5689/4 Fich. du camp de Drancy. – SHD BVCC dos. EC Engros André ; B7/911 ; Boîte 5 E-F fort de Rom. – Arch. PPo. BS2 GB 130, BA 2298.

Lynda Khayat

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