Née le 2 octobre 1917 à Paris (XIXe arr.), fusillée le 5 août 1944 dans la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) ; dirigeante de l’Union des jeunes filles de France, travailla à Moscou auprès de l’Internationale communiste ; agent de liaison radio de la résistance.

Francine Fromond et Marguerite Montré à bord du yacht de France-Navigation , le Vanadis
Francine Fromond
Le père de Francine Fromond, Albert, était ajusteur-mécanicien et fut tué en 1932 au cours d’une manifestation de chômeurs. Sa mère, Germaine Pointeau, était couturière à domicile. Ses parents n’étaient pas mariés. Elle avait un frère, Marcel, et une sœur, Madeleine. La famille habitait une petite maison ouvrière, 14 rue Rouget-de-l’Isle aux Lilas (Seine, Seine-Saint-Denis).
Francine Fromond ne put continuer ses études comme elle l’aurait voulu et, après avoir obtenu le certificat d’études et fait une année de cours supérieurs, elle devint à treize ans vendeuse, puis sténodactylo. Elle fut influencée par son milieu et surtout par son frère Marcel qui était, en 1933, secrétaire des Jeunesses communistes aux Lilas. En septembre de la même année, elle adhéra formellement à l’Union des jeunes filles de France (UJFF) où elle prit très rapidement des responsabilités comme trésorière du groupe des Lilas. Selon Jean Chaumeil, elle aurait participé à Montreuil, vers mars 1933, à la première Conférence des Jeunesses communistes de la banlieue Est où fut fondée la région de Paris Est qui allait de Pantin à Alfortville. Syndiquée au syndicat des employés, elle participait à la Fédération sportive du travail et au SRI. Elle fut élue membre du bureau régional avec Raymonde Salez et, dès cette époque, fut très active dans toute la banlieue Est, aux Lilas, à Montreuil, au Pré-Saint-Gervais, à Pantin. Elle était membre du comité de rayon, du comité régional et du bureau régional de Paris-Est. Employée à la région Paris-Est à partir du 5 mai 1934, elle était évaluée favorablement par le secrétaire Soupé dans un questionnaire du 21 février 1935 : « bonne camarade, très sérieuse, aurait besoin de suivre une école ». Elle était « envisagée par la commission des cadres pour délégation », sous entendu à Moscou. Elle travailla un temps à la Section coloniale du comité central du Parti communiste.
Elle arriva en URSS en juin 1935 et fut jusqu’en novembre dactylo au département des traductions du comité exécutif de l’Internationale communiste. En novembre 1935, elle entra à l’École léniniste internationale sous le nom de Madeleine Dupuy. Elle reçut par ailleurs une formation technique approfondie, en particulier dans le domaine des liaisons par radio. À son retour en France, elle continua son travail public dans l’Union des jeunes filles de France dont elle fut secrétaire de la région Paris-Est en 1938. Elle faisait également partie du Comité national de l’Union des Jeunes filles de France depuis son premier congrès, le 26 décembre 1936 et fit un rapport au second congrès de cette organisation.
Francine Fromond eut également une activité moins voyante mais très importante. À partir de 1936, elle participa à la lutte clandestine pour aider les Républicains espagnols et fournit un travail considérable dans l’aide aux réfugiés espagnols. Son frère Marcel Fromond, qui était parti combattre en Espagne, tomba au front en 1938. Durant les années 1936-1939, elle travailla comme secrétaire auprès de l’Italien Giulio Ceretti qui, sous le pseudonyme de Monsieur Pierre, s’occupait de la Compagnie France-Navigation. Avec ce dernier, elle participa à plusieurs missions délicates, en particulier lorsqu’elle dut récupérer de nombreux dossiers importants qui se trouvaient dans le bureau de Ceretti lorsque la compagnie France-Navigation fut mise sous séquestre à la fin du mois d’août 1939. Avec Paul Combette, elle put récupérer ces dossiers.
Le rôle d’agent de liaison, que lui donnaient ses capacités de technicienne radio, accrut évidemment les responsabilités de Francine Fromond en 1939. Elle passa en Belgique en septembre 1939 et travailla alors avec le délégué de l’Internationale, Eugen Fried. Elle apparut publiquement comme la secrétaire de la revue Cercle d’art qu’il commença à publier en Belgique à partir du 20 septembre 1939. Cette activité légale servait évidemment à couvrir les activités clandestines du délégué de l’Internationale communiste. À la fin de l’année 1939, Francine Fromond quitta la Belgique pour le Danemark où elle vit Giulio Ceretti le 31 décembre 1939. Elle fut arrêtée en mai 1940 par les Allemands lors de l’invasion de ce pays puis libérée le 6 juin grâce à l’intervention de l’ambassadeur soviétique.
Arrivée en Union soviétique, Francine Fromond suivit à nouveau des cours dans le domaine de la liaison par radio. En raison de l’avancée des troupes allemandes, elle fut transférée à Oufa et travailla auprès de la direction de l’Internationale communiste. Dimitrov écrit dans son Journal, en date du 10 octobre 1941 : « Nous avons décidé d’envoyer Raymond [Guyot], Daniel [Georges] et Fromont en France. J’ai ordonné à Sorkine [de leur faire suivre] une préparation rapide. » Après une formation, elle quitta donc l’URSS pour regagner la France en compagnie de Raymond Guyot et de Daniel Georges, frère du futur Colonel Fabien. Elle fut parachutée en France à la fin de janvier 1942 après un long voyage via Arkhangelsk, le Spitzberg, Mourmansk, Reykjavik et l’Écosse. Elle se retrouva aux côtés de Raymond Guyot à la tête de l’organisation communiste clandestine de Zone sud où elle fut chargée de faire la liaison avec l’Internationale communiste.
Fin 1941, les trois militants quittèrent donc l’URSS pour l’Angleterre, via Arkhangelsk, le Spitzberg, Mourmansk et Reykjavik, à bord d’un cargo protégé par la marine de guerre britannique. Après avoir reçu une instruction au parachutisme sur la base de Ringway près de Manchester ; tous trois furent parachutés par les services secrets anglais fin janvier 1942 dans la région de Montpellier, munis d’un poste-radio. Daniel Georges allait s’implanter à Toulouse, tandis que Raymond Guyot s’installait à Lyon pour diriger l’organisation communiste clandestine en Zone sud. Francine Fromond l’accompagnait pour assurer ses liaisons radio avec Moscou, via l’ambassade soviétique à Londres. Sa mère ainsi que son aide-radio Joséphine Turin vinrent s’installer avec elle à Saint-Vérand, petit village de la banlieue lyonnaise, d’où elles émettaient.
Les trois femmes furent arrêtées dans la maison, le 30 juillet 1943 suite à une dénonciation par la Milice ou un repérage de la goniométrie allemande, et livrées aux Allemands. Après avoir été interrogées et torturées pendant huit jours par la Gestapo de Lyon, elles furent transférées en août à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Peu après leur arrivée, la mère mourut des suites des sévices qui lui avaient été infligés. Elle était âgée de cinquante-quatre ans. Début 1944, Francine Fromond fut traduite devant un tribunal de guerre et condamnée à mort pour espionnage. Selon le témoignage de l’une de ses codétenues, le docteur Marguerite Bohn-Nageotte, elle fit le récit suivant à son retour : « quand on m’a signifié le verdict, je me suis levée et j’ai adressé un petit discours au président du tribunal. Je lui ai dit que c’était un honneur pour une Française que d’être condamnée par un tribunal allemand et je l’ai remercié. [...] Il était furieux. » En prison, Francine Fromond se faisait appeler « Florence », probablement en souvenir de la ville natale de Giulio Ceretti dont elle était très proche.
Francine Fromond et Joséphine Turin ont été fusillées le 5 août 1944 dans la prison de Fresnes.
Dans la lettre qu’elle écrivit à sa sœur Madeleine, quelques heures avant son exécution, Francine évoqua le « dévouement » qu’elle avait pour son « grand Parti ».
Dans le dossier de Francine Fromond au RGASPI (Moscou) figure, en russe, une attestation établie par Tchernov, vice-secrétaire des cadres, datée de janvier 1949, en vue de « matériaux pour une affaire personnelle ». Les principaux éléments de sa biographie y sont exposés et le signataire ajoute qu’elle avait épousé un certain Maurice Wietzland (transcription phonétique des caractères cyrilliques), Maurice Velzland fils d’un émigrant russe membre du PCF, mais que celui-ci, après vérification, ne méritait pas la confiance politique et que, d’après ses informations, elle aurait d’ailleurs divorcé.Il fut fusillé le 30 avril 1942 au champ de tir de Biard (Vienne).
En 1945, l’Union des femmes françaises publia une brochure dédiée à la mémoire de Francine Fromond. Une plaque fut apposée sur la maison des Lilas, réunissant dans un même hommage Francine Fromond, sa mère et son frère. Plusieurs écoles maternelles portent le nom de Francine Fromond, à Bagnolet, à Aubervilliers et à Drancy ainsi qu’un collège à Fresnes. Une rue des Lilas a été rebaptisée à son nom.
Sources

SOURCES : Arch. Komintern, Moscou, RGASPI, 495 270 6853, autobiographie du 26 avril 1934 ; questionnaire du 21 février 1935 ; questionnaire en russe, septembre 1935 ; autobiographie du 5 novembre 1935 ; questionnaire ELI du 5 novembre 1935 ; notes en russe de janvier 1949. – Une jeune fille de France. Francine Fromond fusillée à vingt-six ans à la prison de Fresnes le 5 août 1944, Union des femmes françaises, 1945, 24 p. (Cette brochure comporte le témoignage de Jean Chaumeil, p. 15-16). – Lettres de fusillés, Paris, Éd. Sociales, 1958, p. 76-77. – Giulio Ceretti, À l’ombre des deux T. quarante ans avec Maurice Thorez et Palmiro Togliatti, Julliard, 1973, 408 p. – Dominique Grisoni et Gilles Hertzog, Les brigades de la mer, Paris, Grasset, 1979. – Alain Guérin, Chronique de la Résistance, Omnibus, 2000. – État civil, Les Lilas (Seine-Saint-Denis), 24 mai 1984.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Dominique Grisoni et Gilles Hertzog, Les Brigades de la mer, Grasset, 1979.

Michel Dreyfus, René Lemarquis, Claude Pennetier, Jean-Pierre Ravery

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