Né le 22 août 1903 à Paris (IIe arr.), fusillé le 21 octobre 1942 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; artisan fourreur ; conseiller municipal communiste du XIVe arrondissement de Paris.

Les parents de Raymond Losserand étaient tous deux issus de familles de petits paysans savoyards. Le père, d’une famille de sept enfants, était venu à Paris en 1893 âgé de vingt et un ans pour exercer la profession de garçon de café puis il devint petit commerçant restaurateur. La mère, dont le père était arrivé comme cocher de fiacre, avait été placée de douze à quinze ans dans un couvent pour y apprendre un métier et fut bonne dans une maison bourgeoise jusqu’à son mariage à vingt-cinq ans. Le couple, qui tint d’abord un restaurant au 6 rue Beauregard à Paris (IIe arr.), s’installa en 1914 à Montreuil (Seine, Seine-Saint-Denis). Il travailla alors comme manœuvre ou magasinier dans diverses entreprises de la région : vendeur à la petite voiture, usine de charpente de fer, fabrique de meubles... Puis ils se retirèrent dans le Loiret où ils vivaient dans les années 1930 près de Beaugency dans une petite ferme avec trois hectares de terre qui leur procuraient fruits, légumes, vin et volailles. Ils disposaient d’environ 60 000 francs de petites économies. Tous deux étaient d’opinions avancées : le père vieux républicain radical-socialiste, fier d’avoir voté après guerre « pour le plus rouge des candidats », détestait les prêtres et les policiers ; la mère avait « une haine réfléchie contre les sœurs, les prêtres et les gros ». Ils adhérèrent tous les deux en 1936 au comité Paix et liberté de leur commune rurale. Raymond Losserand avait un frère plus jeune de quatre ans et demi qui travailla avec lui comme fourreur.
Raymond Losserand, qui avait passé en 1912 une année dans un pensionnat, fréquenta l’école primaire, obtint son certificat d’études en 1915, alla dans un cours complémentaire pour préparer l’école Turgot à Paris, mais entra en août 1916 en apprentissage pour être fourreur. Employé en atelier de 1916 à 1922 (dont neuf mois de chômage en 1920) il travailla ensuite à son compte à domicile comme artisan fourreur réalisant des manteaux pour des fabriques. Après son service militaire au 29e chasseurs à pied à Haguenau (Bas-Rhin) comme 2e classe, il travailla à nouveau en atelier de 1925 à 1928. Il livrait en 1926 aux Galeries Lafayette qui le poursuivirent pour une affaire de « gratte » (économie de matériaux réalisée lors de l’exécution des pièces : en l’occurrence quatre peaux de lapin !) et il fut condamné à trois mois de prison et 100 francs d’amende avec sursis ; mais il ne cessa pas de travailler. Après 1928, il fut définitivement artisan fourreur indépendant. Il s’était marié en 1922 avec Louise Marié (dite Louisette), brodeuse, une orpheline dont le père avait été ouvrier mouleur en cuivre, ayant eu avant guerre, des responsabilités syndicales. Ils divorcèrent en 1925 et Losserand se remaria en 1927 à Paris (XIVe arr.) avec Marie, Léontine Ferrière, téléphoniste. Cette union fut dissoute en mai 1939 car il vivait à nouveau avec sa première femme depuis 1936. Elle était alors trésorière de cellule.
Les opinions politiques de Raymond Losserand se forgèrent au contact de ses parents dès son plus jeune âge. Elles se développèrent à l’écoute des ouvriers d’opinions diverses fréquentant le café de Montreuil. Ses préférences allaient, affirmait-il dans son autobiographie d’octobre 1937, aux anarcho-syndicalistes plutôt qu’aux socialistes. Certains qu’il admirait avaient déserté pendant la guerre. Il participa aux grèves de midinettes en 1917 alors qu’il était apprenti et aux manifestations de 1919-1920. Jusqu’au service militaire, il se considérait comme anarchiste.
Ensuite, il fut sympathisant communiste pendant une dizaine d’années, lisant l’Humanité, des livres sur la Commune de Paris (il citait Marx et Jean Allemane). Il adhéra au Parti communiste en mars 1934, après les événements de février et fut d’abord membre de la cellule 1446 dans le XIVe arrondissement où ses qualités d’organisateur et d’orateur le firent très vite désigner à des fonctions de responsabilité. De mai 1934 à avril 1935, il fut trésorier de la cellule 1439. Dès juin-juillet 1935, il fut nommé secrétaire de la section après avoir suivi une école régionale de quinze jours avec Étienne Fajon. Il avait déjà suivi, dès 1934, une école élémentaire du parti. En 1936, il fut délégué au congrès national de Villeurbanne.
Son parti le présenta, sans succès, aux élections municipales de mai 1935 dans le quartier de Montparnasse puis aux élections législatives d’avril 1936 dans la 1re circonscription du XIVe arrondissement (Petit-Montrouge, Montparnasse-Santé) où il recueillit 15,5 % des voix. Dans ses carnets, Marcel Cachin évoque sa présence à Moscou en juillet 1935 et ses discussions avec Manouilsky sur les risques d’affrontement à l’occasion du 14 juillet. Présent aux diverses manifestations dès son adhésion, il aida en 1936 les travailleurs en lutte de son arrondissement pour ce qui concernait le ravitaillement, la surveillance des comités de grève, l’établissement de cahiers de revendications... Il fut délégué au comité local de Front populaire jusqu’en juin 1937. Son statut de travailleur indépendant ne l’avait pas empêché d’adhérer à la chambre syndicale unitaire des fourreurs avant l’unification syndicale. Ensuite, il fut syndiqué à la fois à la CGT (syndicat : fourrure-habillement) et au Syndicat général des maîtres artisans fourreurs. Il participait aux comités de base d’entreprises du XIVe arrondissement et au travail du parti chez Hispano, Bréguet, La Belle Jardinière, La Samaritaine. Enfin, il militait aux Amis de l’Union soviétique du XIVe arrondissement dont il était trésorier.
Dans son parti, Losserand était très discipliné. « Il y a deux choses qui comptent : le Parti, la discipline », disait-il. Aussi considéra-t-il comme une grave faute le fait d’avoir emprunté provisoirement 400 francs à la trésorerie de sa section pour faire repousser une saisie immobilière. Il participa activement à l’exclusion d’un membre de sa section, Fortin Veillard, dont il avait acquis « par déduction et après conseils de Léon Mauvais » la certitude qu’il collaborait à Que faire ?, la revue d’André Ferrat. Et il consacra une longue page dans son autobiographie à la lutte contre les trotskistes : « si nous ne voulons pas avoir à surmonter les difficultés terribles imposées à nos camarades espagnols ».
Losserand effectua une mission en Espagne pendant l’année 1937. Marcel Paul ayant démissionné de sa fonction de conseiller municipal pour se consacrer à ses responsabilités syndicales, Losserand fut élu le 29 mai dans la 2e circonscription du quartier de Plaisance (Broussais) où il habitait 9 villa Deshayes. La préfecture le déchut de son mandat le 21 janvier 1940.
Mobilisé au début de la guerre au 20e escadron du train hippomobile, il fut fait prisonnier, s’évada en juillet 1940 et revint à son domicile du XIVe arrondissement, puis passa dans la clandestinité fin 1940. Après quelques semaines de séjour dans la banlieue sud, il vint habiter avec Louisette dans le XIXe arrondissement, sous le nom de Denis. Le Parti communiste clandestin en fit un des chefs de l’Organisation spéciale (l’OS) de la région parisienne, en charge du recrutement et du politique. Devenu commandant des FTPF, il fut arrêté le 16 mai 1942, torturé (54 interrogatoires), condamné à mort le 30 septembre 1942 par le tribunal du Gross Paris et fusillé le 21 octobre au stand de tir du ministère de l’Air, avec Gaston Carré avec douze autres résistants.
Louisette avait été arrêtée et déportée à Auschwitz et Mauthausen d’où elle revint vivante.
La rue de Vanves – qui traversait le quartier Broussais – prit le nom de Raymond Losserand à la Libération.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 3. – Arch. PPo. 101. – Arch. Dép. Seine, D3 M2 2 et 5. – Arch. Jean Maitron (fiche Batal). – Arch. André Marty, E VIII. – Archives du Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 2486 (autobiographie du 23 octobre 1937 et non 1934 comme il était indiqué par erreur). – Bulletin officiel du comité municipal des fêtes du XIVe arrondissement, octobre 1964. – L’Humanité, 18 octobre 1945 et 23 octobre 1946. – La Vie ouvrière, 18 octobre 1945. – Gérard Milhaud, Raymond Losserand, fusillé par les hitlériens le 21 octobre 1942, une vie ardente et généreuse, Paris, Éd. Sociales, 1949. – Robert Francotte, Une vie de militant communiste, op. cit. – État civil.

Claude Pennetier

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