Né le 17 juillet 1875 à Wasquehal (Nord), fusillé comme otage le 14 avril 1942 au fort du Vert-Galant à Wambrechies (Nord) ; ouvrier textile, puis employé de chemin de fer, marchand ambulant, employé de mairie, entrepreneur de peinture ; militant syndicaliste ; socialiste puis communiste du Nord, l’un des fondateurs du Parti communiste du Nord, trésorier puis secrétaire de la fédération communiste du Nord, secrétaire de la région Nord du PCF, délégué auprès de la direction de l’Internationale communiste à Moscou en 1922, membre de la Commission de contrôle financier en 1936 ; maire d’Hellemmes (Nord), conseiller général.

Joseph Hentgès
Issu d’une famille de paysans pauvres allemands, le père de Joseph Hentgès émigra en France dans le deuxième tiers du XIXe siècle ; il s’engagea dans la Légion étrangère et servit en Indochine tandis que son frère prolongea son émigration jusqu’aux États-Unis et y fit souche.
Entré à l’âge de douze ans aux Cotonnières de Wasquehal (Nord) comme ouvrier rattacheur, Joseph Hentgès y travailla pendant quatre ans puis exerça plusieurs métiers non qualifiés jusqu’à son départ au service militaire. Il souscrivit alors un engagement volontaire de quatre ans qui s’acheva par deux années en garnison au Tonkin. À son retour, il fut embauché comme ouvrier peintre en voitures aux ateliers de La Chapelle (Seine) de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Ce fut là qu’en 1899 il décida d’adhérer au groupe Paris-Nord du syndicat national des cheminots. La même année, il épousa Françoise Decoupigny à Wasquehal ; elle devait lui donner six enfants, dont deux, Pierre et Joseph, allaient suivre la voie tracée par leur père au lendemain de la Première Guerre mondiale. Muté au dépôt d’Hellemmes de la Compagnie du Nord en 1904, Joseph Hentgès y constitua avec quelques camarades une section syndicale dont il devint secrétaire ; il fut également à l’origine de la section des cheminots de Lille. Organisateur du mouvement dans la région lilloise lors de la grande grève du rail de 1910, Joseph Hentgès fut révoqué par la Compagnie du Nord. Il fonda alors avec quelques amis une petite entreprise de torréfaction de café et se fit marchand ambulant, parcourant le Nord et le Pas-de-Calais pour placer sa marchandise. Militant du Parti ouvrier français (POF), il était, depuis son arrivée à Hellemmes, trésorier de la section socialiste locale qui, lors de la réalisation de l’unité en 1905, forma avec ses 220 membres la troisième section du Nord en importance après Lille et Roubaix. En 1912, la « liste ouvrière et socialiste » sur laquelle il se trouvait enleva au premier tour l’hôtel de ville d’Hellemmes et il fut désigné comme maire, mandat qu’il conserva jusqu’en 1925. L’année qui suivit son entrée à la mairie vit Joseph Hentgès accéder au conseil général du Nord comme représentant du canton de Lille-Est. Toujours en 1913, il représenta la Fédération du Nord au congrès national du Parti socialiste SFIO à Brest.
N’étant pas mobilisable, Joseph Hentgès resta en fonction à la tête de la municipalité d’Hellemmes en 1914, ce qui l’amena à affronter les autorités d’occupation qui le placèrent, dès le 10 novembre 1914, sur une liste d’otages. Malgré les multiples obstacles dressés devant lui, il s’efforça d’assurer le ravitaillement régulier des Hellemmais et tenta de résister aux exigences des Allemands. En janvier 1916, il subit une première période de détention de vingt-huit jours à la centrale de Loos, puis une seconde incarcération au début de l’année 1917 pour avoir protesté contre la saisie des objets en cuivre par les troupes occupantes. Enfin, le 18 septembre 1917, il fut arrêté pour s’être opposé à la réquisition de jeunes Hellemmais dans les bataillons de « brassards rouges », unités de travailleurs forcés utilisées par la Reichswehr près du front. Interné pendant cinq jours à Hem, il fut finalement destitué de ses fonctions par le général Von Carlewitz, commandant de la VIe armée allemande, et la commune d’Hellemmes fut condamnée à 10 000 marks d’amende.
Facilement réélu aux municipales et aux cantonales, Joseph Hentgès n’échoua que de quelques voix aux élections législatives de 1919 pour lesquelles il figurait sur la liste fédérale SFIO du Nord. Dès le 24 novembre 1918, dans un article paru dans l’Humanité, Joseph Hentgès avait clamé son admiration pour la Révolution russe et avait appelé à renforcer l’internationalisme au sein du mouvement ouvrier. Partisan de la première heure de l’adhésion à la IIIe Internationale, il fonda, avec Clotaire Delourme, le journal Le Prolétaire, initialement organe de la section socialiste d’Hellemmes, dont le premier numéro parut en février 1920 ; en quelques mois, Le Prolétaire étendit son audience sur l’ensemble de la région Nord et s’efforça de lutter contre la suprématie des leaders « réformistes » dans les bastions socialistes de l’agglomération lilloise et du bassin minier. Délégué au congrès de Tours en 1920, Joseph Hentgès fut le seul parmi les députés et conseillers généraux du Nord à se prononcer pour la motion Cachin-Frossard. Membre du noyau des fondateurs de la Fédération communiste du Nord en janvier 1921, il assura les fonctions de trésorier fédéral jusqu’en 1923, puis celles de secrétaire jusqu’à la fin des années vingt avant qu’une nouvelle génération de militants (dont Arthur Ramette) prenne la relève. Alors qu’il était secrétaire fédéral, quelques mois avant la création de la région Nord, il fut chargé de l’organisation du mouvement de grève générale contre la guerre du Maroc (12 octobre 1925). Joseph Hentgès représenta la Fédération du Nord à plusieurs congrès nationaux du PCF et il fut également délégué à certaines réunions et à des congrès de l’Internationale communiste à Moscou. Il assista en particulier à la réunion de l’exécutif élargi de l’IC qui eut lieu le 2 novembre 1922, en tant que représentant du « centre » (dont il était alors l’un des huit membres avec notamment Marcel Cachin) ; il se serait également rendu aux instances et congrès de l’IC en 1925 et 1927 mais il n’en fait pas état dans son autobiographie de 1938, se contentant de signaler sa délégation de 1922 au titre du « Centre ».
En 1929, il fit l’objet d’un mandat d’arrêt lors de la vague d’arrestations des dirigeants communistes, mais il parvint à se réfugier en Belgique.
Administrateur délégué du Prolétaire, puis de l’Enchaîné qui lui avait succédé, Joseph Hentgès dut quitter cette fonction en juin 1929 alors que la région Nord connaissait une profonde crise interne, et il exerça pendant quelques années le métier de secrétaire de mairie à Seclin où une municipalité communiste avait été élue en 1929 ; il créa par la suite une petite entreprise de peinture à Hellemmes. Il semblerait qu’il ait connu une semi-disgrâce au début des années trente en raison de son appartenance temporaire au courant doriotiste animé par Jacob, mais lui-même affirmait, dans son autobiographie du 17 juillet 1938, ne s’être jamais laissé entraîner « dans un courant en opposition avec la ligne politique de notre Internationale ». Ce même document signalait une étonnante capacité d’adaptation aux évolutions du mouvement ouvrier international pour un militant formé au socialisme de la Belle Époque. Ainsi, il se référait à la « littérature marxiste, léniniste et stalinienne », il présentait Trotsky comme « un individu dont l’orgueil et l’ambition l’ont placé dans une opposition constante à l’idéologie marxiste et bolchevik définie par Lénine. Comme un ennemi mortel du Parti communiste et de la Révolution russe. Comme un agent à la solde du capitalisme international. »
Joseph Hentgès représenta le PCF à de nombreuses élections sans parvenir à obtenir le moindre succès ; battu aux municipales et aux cantonales de 1925, il ne parvint jamais à reprendre ses mandats et il échoua également aux législatives de 1928, 1932 et 1936 dans la 4e circonscription de Lille. Revenu au premier plan des groupements communistes régionaux à l’occasion du Front populaire (il signa notamment avec Ramette et Martha Desrumeaux la « Lettre au cardinal Liénart » de novembre 1936), il entra au secrétariat de la région communiste avec Louis Lallemand et Arthur Ramette. En 1937, à l’issue du congrès d’Arles, il fut élu membre de la commission de contrôle des finances du Parti communiste.
La déclaration de guerre d’août 1939 et la signature du Pacte germano-soviétique le surprirent à ces postes. Bientôt privés de tout contact avec la direction clandestine du PCF et avec A. Ramette parti pour Moscou via la Belgique, les dirigeants communistes du Nord organisèrent le passage à la clandestinité. Le 2 juin 1940, Joseph Hentgès fit paraître le premier numéro clandestin de l’Enchaîné et il participa dans les mois qui suivirent à la mise en place des structures qui permirent plus tard la coordination de la résistance communiste au niveau régional.
Arrêté comme otage le 27 août 1941 en compagnie de soixante-dix autres dirigeants communistes du Nord, il fut détenu au centre Négrier à Lille, puis déporté à la forteresse de Huy (Belgique). Ramené à la centrale de Loos, il a été fusillé le 14 avril 1942 avec trente-quatre autres détenus au fort du Vert-Galant à Wambrechies (Nord). Joseph Hentgès avait soixante-sept ans.
Sources

SOURCES : RGASPI, 495 270 2121, autobiographie : Hellemmes-Lille, 17 juillet 1938. – Arch. Nat., F7/13610. – Arch. Dép. Nord, M. 37/90 B, M. 154/78 A, M. 154/190 H, M 154/191, M 154/195 BCEF. – Arch. mun. Hellemmes. – Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 448-449, 459-460. – L’Humanité, 22 mai 1912. – Le Cri du Nord, 15 novembre 1919. – Liberté, 9 et 10 décembre 1944. – Ch. Lefebvre-Houte et E. Leveugle, mémoire de maîtrise, Lille III, 1972, op. cit. – J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit. – Éléments biographiques fournis par Pierre Hentgès, fils de J. Hentgès. – Pierre Outteryck, Au camarade maire, Joseph Hentgès, ouvrier communiste résistant, Geai Bleu Éd., coll. Parcours d’histoire, 2012.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : L’Humanité, op. cit.

Justinien Raymond, Yves Le Maner

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