Né le 2 mai 1920 à Paris (XVe arr.), fusillé le 19 août 1941 à La Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier métallurgiste domicilié à Gentilly (Seine, Val-de-Marne) ; communiste ; résistant membre de l’Organisation spéciale (OS), appelée après la guerre Les Bataillons de la jeunesse.

Fils d’Auguste, ébéniste, et d’Henriette, née Boudin, ouvrière en chaussures, Henri Gautherot se passionna dès son plus jeune âge pour l’aviation. Sous le Front populaire il s’engagea dans les associations populaires qui naissaient alors, bénéficiant des lois sociales et du temps de loisirs. Catholique pratiquant, il était secrétaire des Jeunesses communistes de Gentilly en 1939. Il s’engagea pour la durée de la guerre et fut incorporé au 501e Régiment de chars de combat à Tours (Indre-et-Loire) puis au 511e régiment. Démobilisé en septembre 1940, il regagna Gentilly et demeurait 6 avenue de la République ; il travailla chez Levault, entreprise métallurgique de cette commune. Il devint responsable des Jeunesses communistes clandestines.
La direction clandestine du Parti communiste décida d’organiser une manifestation sur les grands boulevards en mobilisant les étudiants et les Jeunesses communistes. Le 13 août 1941 vers 19 heures, Olivier Souef, l’un des dirigeants des étudiants communistes, sortait de la bouche du métro Strasbourg-Saint-Denis avec un drapeau tricolore. Le signal était donné, les jeunes présents sur les trottoirs se joignaient au petit groupe, une quarantaine de manifestants se dirigeaient vers la place de la République en entonnant le premier couplet de « La Marseillaise ». Henri Gautherot était l’un de ceux chargés de la protection des manifestants. La police municipale ayant été prévenue par téléphone, rapidement, les jeunes communistes lancèrent des tracts à la volée dénonçant l’occupation allemande.
Des militaires et marins allemands s’en prirent physiquement aux manifestants, ceux-ci s’échappèrent. Deux marins se lancèrent à la poursuite de Samuel Tyszelman. L’étudiant Pierre Daix, talonné par un soldat allemand, tenta de gagner le trottoir surélevé du boulevard Saint-Martin. Il allait être rattrapé, quand Henri Gautherot fit un croche-pied à l’Allemand, qui tomba à terre, Daix s’échappa. Les Allemands tirèrent... Des soldats s’acharnèrent sur Gautherot à coups de pied. Blessé, il dut être emmené à l’Hôtel-Dieu, puis à la Salpêtrière.
Il comparut le 18 août devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Henri Gautherot et Samuel Tyszelman furent condamnés à mort pour « intelligence avec l’ennemi ». L’abbé Dubreuil, premier chapelain du Sacré-Cœur de Montmartre, assista Gautherot dans ses derniers moments. Celui-ci écrivit une lettre à ses parents quelques heures avant d’être fusillé le 19 août 1941 : « un Français sait mourir surtout un innocent [...] je ne partirai pas comme un chien puique j’aurai les sacrements de l’Église ». Attaché sur une civière dressée à la verticale, il fut passé par les armes en même temps que Tyszelman dans la Vallée-aux-Loups, chemin dit de l’ Orme mort, à Châtenay-Malabry. L’abbé, selon ses déclarations en 1945, assista à la fusillade.
Son corps fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Le jour même un « Avis » signé du commandement militaire allemand en France, en français et en allemand, était placardé dans les rues de Paris : « Le Juif Szmul Tyzelman de Paris, le nommé Henry Gautherot de Paris ont été condamnés à mort pour aide à l’ennemi, ayant pris part à une manifestation communiste dirigée contre les troupes d’occupation allemandes. Ils ont été fusillés aujourd’hui. Paris, le 19 août 1941. »
Fin septembre et début octobre, un tract des comités de Gentilly, Malakoff, Kremlin-Bicêtre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France appela les habitants à dire :
« Halte aux assassins !
Contre la barbarie nazie.
Union du peuple de France.
Bastard Émile, du Kremlin-Bicêtre.
Gautherot, de Gentilly.
Anjolvy René Lucien, de Gentilly.
Herpin François, de Malakoff. »
Les habitants des trois villes étaient invités à « honorer leur mémoire par une journée de deuil » en portant « visiblement un signe de deuil » le dimanche 5 octobre.
Le nom d’Henri Gautherot figure sur les monuments aux morts de Valmondois (Val-d’Oise) et de Gentilly. Le conseil municipal de la ville donna son nom à une rue. Il fut reconnu comme aspirant à titre posthume. Son corps fut ré-inhumé dans le carré des corps restitués au cimetière de Gentilly. Son frère Gilbert milita activement après la guerre au Parti communiste et à la CGT à Gentilly (Seine, Val-de-Marne).
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Dernière lettre
Henri Gautherot à ses parents
 
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière’ Paris - 19 août 1941
 
La Pitié, le 19 août 1941
 
Mes chers Parents,
 
Se. vous envoie cette lettre pour vous expliquer qu’à l’heure où .vous lirez cette lettre, je serai parti pour un long voyage, car demain, mardi à six heures, c’est la dernière sortie. J’es-7 père : que vous ne souffrirez pas trop de cette disparition, le destin est tragique, il faut que vous soyez, comme moi, forts et courageux, pas une larme de trop je n’ai versée.
 
Ma petite Maman chérie, je te demande pardon du chagrin que je vais te causer, je n’ai pas besoin de te dire que je ne mérite pas cela, ton cœur de mère le sait déjà, mais je ne veux pas que tu souffres trop de ma disparition Il faut être aussi forte que moi, que l’approche de la mort ne fait pas trembler. Un Français sait mourir, surtout un innocent. J’ai demandé pour les derniers moments un prêtre, je ne partirai donc pas comme un chien puisque j’aurai les sacrements de l’Église. J’espère que, dans ton malheur, tu seras contente,. ma petite Maman, de savoir qu’un prêtre m’a aidé à passer le cap final de la vie à vingt-et-un ans. Maman, je serai toujours près de toi. Promets-moi sur mon âme que tu seras forte pour permettre à notre cher petit Bébert [Robert, son frère cadet] de devenir un homme. Reçois, ma petite Maman, les gages de mon affection qui jamais n’a failli à ton égard.
 
Mon petit Papa ; pour toi c’est autre chose, tu es un soldat, tu sais que je pars sans faiblesse et sûr de mon innocence. Je saurai mourir comme meurt un Français. Quant à mon logement et [à] mes meubles, prenez-les pour vous, ou vendez-les, mais j’espère qu’en souvenir de moi, vous les garderez. Si bénéfices il y a, je demande à ce que mon petit Bébert les reçoive. Mon cher Père, je vais te quitter en t’embrassant bien fort, et je compte sur toi pour soutenir. Maman et pour faire savoir que ; jusqu’au bout, j’ai été un. vrai Français. Je n’ai eu, ni pendant le jugement, ni après, ni au moment du départ une seule défaillance. Je viens de recevoir l’absolution d’un prêtre et je vais recevoir la communion. Dis à Tante Marcelle que je vais mourir avec le bon Dieu et en pensant beaucoup à elle.
 
Mon petit Bébert chéri, rappelle-toi souvent de ton grand ..frère et sois très courageux. Aide Maman à soutenir sa dou1eur, sois son aide, son soutien, remplace-moi auprès d’elle. "Ne trahis pas la confiance que j’ai mise en toi. Tu es maintenant un petit homme, sois un grand Français. Je te prie de dire à tous mes amis et aux tiens que je suis mort courageusement. Cher petit Bébert, je t’embrasse du plus profond de mon cœur, et emmène avec moi un très doux souvenir de notre vie familiale.
 
Dites à notre chère famille que ma pensée est partie longuement sur chacun d’eux et que je vous prie de les embrasser tous.
 
Votre fils qui vous demande pardon de la peine qu’involontairement, il vous cause.
 
Henri Gautherot
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BS2 cartons 20 et 44, PCF carton 20 tracts communistes. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 Boîte 5 Liste S 1744-1537/41 (Notes Thomas Pouty). – Arch. de la fédération communiste du Val-de-Marne (Notes Paul Boulland). – Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, Livre club Diderot, 1969. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986. – J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le sang des communistes. Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, Fayard, 2004. – Pierre Daix, Dénis de mémoire, Gallimard, 2008. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944, Tallandier 2003. – Mémorial GenWeb. – État civil, Le Plessis-Robinson.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : site Internet genweb.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, Gérard Larue

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