Né le 3 novembre 1925 à Paris (VIe arr.), fusillé par condamnation le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tourneur sur métaux ; résistant FTP-MOI, un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

Roger Rouxel
Musée de la résistance nationale.
Fichiers de l’Association des familles de fusillés.
Fils de Joseph, terrassier, et de Léa, née Carnet, sans profession, Roger Rouxel vivait avec ses parents 135 voie Bacchus à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Il fréquenta l’école communale obtint à l’issue de sa scolarité le certificat d’études primaires (CEP), puis apprit le métier de tourneur sur métaux. Il travaillait à l’usine Texier-Dufort (construction mécanique) d’Ivry-sur-Seine. Robert Witchitz, un ancien camarade d’école, lui proposa d’entrer dans la résistance au sein des Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) en mars 1943.
Il avait le matricule 1024 et, sous le pseudonyme de « Léon », appartenait au détachement italien. Il participa à sa première action le 13 mars 1943, contre un garage allemand rue Desaix à Paris (XVe arr.), en assurant la protection avec Eugène Martinelli. Le 18 mai, il accomplit avec Eugène Martinelli une mission de reconnaissance à Villejuif (Seine, Val-de-Marne), le lendemain Robert Witchitz lança une grenade contre un autobus allemand. Dans la réalisation des diverses actions, Tuba Klesczelski* ou Spartaco Fontanot apportèrent les armes.
Le 15, Robert Witchitz lança une grenade contre un débit de boissons fréquenté par des militaires italiens à l’angle des rues de Hanovre et de Choiseul à Paris (IIe arr.) ; Roger Rouxel assurait la première protection armée. Le tenancier, sa femme et son beau-frère furent blessés. Le soir, vers 22 h 55, Robert Witchitz accompagné de Roger Rouxel tirèrent sur José Delaplace, membre du Parti franciste à la porte, de Saint-Ouen.
Plusieurs FTP ayant été fusillés, en riposte, le 4 septembre, Roger Rouxel et Robert Witchitz tuèrent le soldat Hubert Schonfelder près de la porte d’Ivry. Le 25 septembre, une équipe se rendit 77 rue de la Voie-Verte (XIVe arr.), au Café de l’autobus, où des soldats allemands écoutaient un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’un accordéon ; Roger Rouxel était en protection. Vers 21 h 30, « Louis » entra, écarta de la main gauche la tête d’un spectateur et lança une grenade. L’explosion blessa très gravement la femme accordéoniste, qui mourut lors de son transport vers l’hôpital. Il y eut neuf blessés, dont cinq soldats allemands.
Le 12 novembre, vers 13 heures, sept hommes, dont Roger Rouxel, se retrouvèrent rue La Fayette : Rino Della-Negra et Robert Witchitz devaient attaquer un convoyeur de fonds allemand, les cinq autres assurant la protection. Mais le convoyeur était flanqué d’un militaire allemand, Robert Witchitz et Rino Della-Negra ouvrirent le feu pour s’emparer de la sacoche, Karl Bergoff tomba mort, foudroyé.
Des policiers et la Feldgendarmerie étant sur place, une fusillade s’ensuivit. Grièvement blessé, Rino Della-Negra fut arrêté ; Robert Witchitz, blessé, s’enfuit, puis fut arrêté. Des inspecteurs de la Brigade spéciale no 2 (BS2) interpellèrent Antoine Salvadori à son domicile et Cesare Luccarini le jour même, Georges Cloarec et Spartaco Fontanot le lendemain, Roger Rouxel le 14 novembre.
Interrogé par des inspecteurs de la BS2, Roger Rouxel fut battu à de multiples reprises. Il fut l’un des vingt-quatre accusés qui comparurent le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). La presse collaborationniste, dont Le Matin s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian, dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. »
Roger Rouxel fut passé par les armes le 21 février 1944 à 15 h 22 au Mont-Valérien avec les vingt-deux autres condamnés à mort, dont Missak Manouchian, Celestino Alfonso, Wolf Wajsbrot et Robert Witchitz. Son nom figura sur « l’Affiche rouge » éditée par les Allemands. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine.
Dans la dernière lettre adressée à ses parents, Roger Rouxel écrivit : « Je meurs pour ma Patrie, j’ai fait mon devoir de Français [...] Je meurs en Français courageusement et la tête haute. »
Roger Rouxel fut reconnu caporal FTP-MOI. Lors des élections sénatoriales du 24 novembre 1946, Joseph Rouxel, son père, était grand électeur du Parti communiste.
Le nom de Roger Rouxel figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne), où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Une rue de Vitry-sur-Seine porte le nom du groupe Manouchian.
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Dernière lettre
 
Fresnes, le 21 février 1944
Chère petite Mathilde chérie,
Je t’écris une première et dernière lettre qui n’est pas très gaie Je t’annonce ma condamnation à mort et mon exécution pour cet après-midi à quinze heures avec plusieurs camarades
Je te demande beaucoup de courage, je vais mourir en pensant à toi comme j’ai toujours fait.
Jusqu’à la dernière seconde Je meurs courageusement et en patriote pour mon pays J’ai fait mon devoir de soldat.
Je te demande d’oublier ce cauchemar et te souhaite d’être heureuse, car tu le mérites. Choisis un homme bon, honnête et qui saura te rendre heureuse. Conserve ma mémoire autant que tu le voudras, mais il faut te dier une chose : personne ne vit avec les morts J’avais fait pour toi et moi de beaux projets, mais le sort en a décidé autrement Je te jure que je n’ai Jamais eu un moment de défaillance. Je meurs en soldat de la libération et en patriote.
Tu demanderas, si tu le désires, à mes parents chéris que je vais quitter avec un grand regret, un souvenir de moi qui ne devra jamais te quitter.
Tu diras aussi à tous mes camarades que tu connais, que je les quitte en pensant à eux, qu’ils pensent un peu à leur camarade qui est mort pour sa patrie.
Chère Mathilde, j’aurais bien voulu, ainsi que mes parents, vous serrer une dernière fois dans mes bras, mais le temps me manque, je pense tendrement à toute ta famille que je regardais déjà comme la
mienne. Mon dernier souvenir va aussi vers tous les voisins et amis que je quitte en les embrassant de tout cœur.
J’espère que le souvenir de mes camarades et le mien ne scia pas oublié, car il doit être mémorable.
Petite Mathilde, je te demande encore une fois d’être heureuse, c’est ma dernière volonté. Ma lettre n’est pas très bien écrite, mais ce n’est pas ma faute, conserve-la parmi les objets qui te sont précieux
Je termine en t’embrassant de tout mon cœur. Ton souvenir m’accompagnera jusqu’au bout.
Ton petit ami qui te quitte pour toujours.
 
Roger Rouxel
Vive la France !
Sources

SOURCES : Arch. PPo., 77W 2122, BA 1749, BA 1752. – DAVCC, Boîte 5 / Boîte 6, Liste S 1744 098/44 (Notes Thomas Pouty). – Arch. com. Ivry-sur-Seine. – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le Sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, p. 176-177. — G. Krivospissko, La vie à en mourir, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (VIe arr.).

Daniel Grason, Michèle Rault

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