Né le 17 avril 1910 à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tôlier ; militant communiste de Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine).

Fils naturel de Louise Roux, débitante âgée de vingt-neuf ans, Célestin Hébert fut légitimé par le mariage de son père et de sa mère à Puteaux en octobre 1913. Il se maria à Puteaux le 28 février 1931 avec Lucienne Descottes, née le 29 mai 1911 à Paris (XIVe arr.),le couple eut une fille Éliane née en 1932.
En dépit de la dissolution du Parti communiste, Célestin et Lucienne se livraient à une activité de propagande clandestine. Des tracts étaient lancés à la volée nuitamment dans les rues de la ville et distribués dans les boîtes aux lettres. Les écrits étaient signés du Comité de chômeurs, du Comité populaire ou encore portaient l’en-tête du journal local L’Éveil de Nanterre, édité par la section communiste jusqu’à la fin août 1939. Le numéro 2 de janvier 1941 titrait en manchette : « Libérez les communistes, libérez Barbet, libérez Waldeck Rochet ». Les textes dénonçaient : « Pétain, Laval, Flandin, Déat, Belin [qui] sont les agents de l’étranger tout comme Daladier, Reynaud, Blum. Ceux-ci servaient l’impérialisme anglais, ceux-là servent l’impérialisme allemand » et exigeaient « la signature d’un accord commercial avec l’URSS ». En février, le comité de chômeurs de Nanterre exigeait du travail pour les chômeurs « au taux fixé par les conventions collectives ». L’Humanité du 14 juillet 1941 s’adressait à la population : « Manifestez, pavoisez tricolore, témoignez votre solidarité à l’URSS. Formons le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. À bas Hitler ! Vive l’URSS ! Vive la France ! »
En septembre 1941, à la suite de filatures, surveillances et enquêtes, les services de la préfecture de police mirent fin aux activités d’un important centre clandestin de propagande communiste qui s’exerçaient plus particulièrement dans la banlieue ouest de Paris et dans certaines localités de Seine-et-Oise. Ce centre clandestin constituait le quatrième secteur de l’appareil illégal et comprenait les 41e, 41e bis, 41e ter, 42e, 42e bis, 43e et 43e bis sections, les groupes d’usines Bastard, SIMCA, Solex, Willème, La Folie aviation, Montupet, Bloch, Saurer, LMT, SNCAC Lobstein, diverses usines de Courbevoie ainsi que les groupes de base de Bezons, Carrières-sur-Seine, Houilles, Cormeilles-en-Parisis, Nanterre, Suresnes, Boulogne et Saint-Cloud. Félix Pozzi en était le principal animateur.
Une dénonciation fut à l’origine de quinze arrestations. Selon un policier qui comparut devant la commission d’épuration à la Libération, vers le 15 août 1941, un habitant de Nanterre se présenta au poste de police de la ville. Il venait se plaindre du fait que des tracts communistes étaient déposés dans sa boîte aux lettres. Il demanda au gardien de la paix de service de faire le nécessaire pour que cela cesse. Celui-ci répondit que cela ne le regardait pas. Le dénonciateur rétorqua que si les distributions ne cessaient pas, il irait se plaindre aux Allemands. Un inspecteur déclara qu’il allait s’en occuper. Le 30 août, le dénonciateur se présenta au commissariat de la circonscription, à Puteaux et rapporta une dispute entendue la veille entre sa voisine et un parent de celle-ci, Ferdinand Hébert. Elle le menaçait de le dénoncer à la police s’il continuait de remettre des tracts à son mari et à en distribuer dans le quartier. Cet informateur parut suspect, il fut arrêté et livra le nom d’Hébert.
Le commissaire chargea immédiatement la Brigade spéciale d’intervention du commissariat, dirigée par un brigadier, de mener l’enquête. Un cycliste fut repéré, filé et identifié : Paul Lescop. Il se rendait très souvent en fin de journée au 26 rue de Suresnes à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine), et pourvoyait d’autres militants. Les locataires du pavillon, Ferdinand Hébert, tôlier, et sa femme Lucienne furent arrêtés le 8 septembre. Lors de la perquisition, furent saisis : une machine à ronéotyper à main, cinquante mille tracts ronéotypés et imprimés, deux cents kilos de papier et trois obus de 75 mm, ainsi qu’un pistolet automatique.
Le 11 septembre 1941, Félix Pozzi, responsable du secteur, fut appréhendé à son domicile parisien par des policiers de Puteaux. Le 19 septembre 1941, le commissaire de Puteaux adressait un rapport, avec copies à la direction de la police municipale, à la direction des Renseignements généraux, en rendant compte de l’état d’avancement de l’enquête. Plusieurs militants communistes avaient été appréhendés à la suite des arrestations du couple Hébert et de Félix Pozzi. Le 16 septembre, les policiers arrêtèrent : Daniel Becker, ajusteur ; Jean Lebon, ajusteur outilleur ; Florentine Berson ; Georges Hany, ajusteur, tous de Nanterre ; René Muller, modeleur sur bois, de Boulogne-Billancourt, et Roger Bouchacour, ajusteur, d’Argenteuil. Ce jour-là, Célestin Hébert fut incarcéré à la Santé. Le 19, trois autres militants de Nanterre, qui venaient s’approvisionner en tracts au pavillon de Fernand Hébert, furent interpellés : Paul Lescop, employé de bureau ; Edmond Dubuis, chaudronnier et André Chabenet, plombier.
Le même jour, Georges Lacaud, tourneur sur bronze, de Courbevoie, chargé de la diffusion des tracts chez Willème, une usine de construction de camions à Nanterre, et Daniel Baron, tôlier, de La Garenne-Colombes, qui faisait équipe avec lui, furent appréhendés ensemble. De même Maurice Wagner, ajusteur, de Bezons, membre du comité populaire de l’usine. Trois hommes étaient activement recherchés : Marceau Delorme, trente-quatre ans, d’Asnières ; Joseph Le Garrec, vingt-quatre ans, de Nanterre, et Marcel Meunier, trente-deux ans, de Boulogne-Billancourt.
Le 24 mars 1942, le tribunal du Gross Paris siégea 11 bis rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Le commissaire de Puteaux témoigna à charge contre les inculpés. Quinze condamnations à mort furent prononcées, dont celle de Lucienne Hébert, et Florentine Berson pour « intelligence avec l’ennemi ». Célestin Hébert fut condamné pour « détention d’armes ». Le 10 avril 1942 dans l’après-midi ; les douze hommes condamnés à mort firent face au peloton d’exécution au Mont-Valérien.
L’abbé allemand Stock dit dans son Journal de guerre, « La plupart des communistes moururent en criant : "Vive le Parti communiste ! etc." » Voir Félix Pozzi.
Lucienne Hébert, trente et un ans, fut emprisonnée à Fresnes. Le 22 avril 1942, elle partit pour l’Allemagne, et fut incarcérée, à Karlsruhe, Anrath et Lübeck-Lauerhot ; étant « NN » (Nuit et brouillard) elle fut envoyée à Mauthausen en Autriche. Elle fut libérée par la Croix-Rouge le 22 avril 1945.
Après la Libération, le 12 mars 1945, un juge d’instruction inculpa le délateur de Célestin Hébert « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». L’homme, Clément, était marié à Stéphanie, Allemande des Sudètes (Tchécoslovaquie). Le couple habitait le pavillon voisin du frère de Célestin Hébert. Clément, membre du Mouvement social révolutionnaire (MSR), parti collaborationniste d’Eugène Deloncle, assistait aussi aux réunions du Parti populaire français de Doriot. Il était farouchement anticommuniste. Après l’exécution de Célestin Hébert et de ses compagnons, il vendit précipitamment son pavillon et déménagea. Il fut retrouvé par la police dans la Sarthe, arrêté, jugé, et condamné le 19 octobre 1945 à vingt ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour.
Le nom de Célestin Hébert figure sur le monument aux morts de Nanterre, dans le parc des Anciennes Mairies, ainsi que sur une plaque commémorative au cimetière de Rueil-Malmaison.
Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 1928, BA 1934, BA 2117, BA 2355, KB 7, KB 10, KB 85, PCF carton 18, 77W 1046. – DAVCC, Caen, fusillé Boîte 5 Liste S 1744-183/42 (Notes Thomas Pouty). – FMD, Livre-Mémorial, op. cit. – Claude Léonard, Le dictionnaire historique des rues de Nanterre, Société d’histoire de Nanterre, 2005. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 78. — État civil.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

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