Né le 5 août 1924 à Abscon (Nord), fusillé par condamnation le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; télégraphiste, ouvrier ; résistant FTP-MOI, un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

Fils de Gustave, commerçant né en Pologne, et de Louise, née Boursault, Robert Witchitz, après avoir été élevé par ses grands-parents jusqu’à l’âge de quatre ans, vint vivre avec ses parents en banlieue parisienne. Il obtint à l’issue de sa scolarité le CEP. Il habitait chez ses parents, 10 ruelle des Malicots à Ivry-sur-Seine, fut télégraphiste puis travailla dans une distillerie.
Pendant la guerre, il travailla comme manœuvre au parc de l’artillerie allemande (HKP 513) à Vincennes, jusqu’en juin 1943. En janvier ou février 1943, Enzo Galleazzi de Vitry-sur-Seine lui proposa d’entrer dans les FTP. Voulant échapper au Service du travail obligatoire (STO), il accepta. Il fut présenté à Arthur (Eugène Martinelli), devint FTP-MOI (3e détachement italien), matricule 10279, l’un des seuls français d’origine étrangère. Membre permanent de l’organisation en juin, il était rémunéré deux mille trois-cents francs par mois, somme versée par Arthur. Il fit équipe avec Marcel (Cesare Luccarini) et Paul (Spartaco Fontanot). Avant chaque action les armes étaient amenées sur place par Colette (Tuba Klesczelski).
Il participa à sa première action le 13 mars 1943. Vers 20 h 45, il déposa un engin explosif à mèche sur le rebord d’une fenêtre d’un garage réquisitionné par les Allemands, rue Desaix à Paris (XVe arr.). Arthur et Léon (Roger Rouxel) assuraient la protection. Le 19 mai vers 23 heures à Villejuif, il lança une grenade sur un autobus qui transportait des Allemands, quinze militaires furent blessés et sept civils dont cinq Français. Le 16 juin vers 22 h 55, il jeta une grenade contre un débit de boissons fréquenté par des militaires italiens à l’angle des rue de Hanovre et de Choiseul (IIe arr.). Le tenancier sa femme et son beau-frère furent blessés.
Le 10 juillet 1943, armé d’un pistolet, il était de protection avec Spartaco Fontanot. Ernato Paganini, dit Michel, jeta une grenade sur des militaires allemands qui faisaient de l’exercice dans la cour de la Feldkommandantur de Choisy-le-Roi. Le 31 du même mois, Jacques lança une grenade sur des soldats allemands à la gare de la Folie à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine). Fontanot et Witchitz, armés, assuraient la protection. Trois militaires et deux femmes furent blessés.
Début août, un immeuble habité par des gardes-voies fut visé à Noisy-le-Sec (Seine, Seine-Saint-Denis). Deux FTP étaient en protection. Robert Witchitz visa une fenêtre au premier étage, mais sa grenade toucha le mur et éclata. Le 11 août, rendez-vous porte de Saint-Ouen, Arthur avait désigné l’objectif : José Delaplace, un membre du parti franciste qui avait fait emprisonner des communistes. Rouxel était de protection. La main de Witchitz ne trembla pas : à deux mètres, il tira quatre balles dans le dos de Delaplace. Le 20 août Fontanot était de protection, Witchitz faisait équipe avec Mario. Avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine, tous les deux tirèrent vers 8 h 20 sur le capitaine Otto Thielepin.
Plusieurs FTP venant d’être fusillés, en riposte, le 4 septembre, Roger Rouxel et Robert Witchitz tuèrent le soldat allemand Hubert Schonfelder près de la porte d’Ivry-sur-Seine. Le 17 septembre Robert Witchitz, Luccarini et Antoine se retrouvèrent à la gare d’Argenteuil, les trois hommes armés d’un pistolet 6,35 mm. Luccarini et Witchitz devaient tuer l’horloger Tagliaferi, dénonciateur de plusieurs antifascistes italiens. Ils entrèrent dans sa boutique, Robert Witchitz tira plusieurs coups de feu, tuant Tagliaferi.
Le 25 septembre une équipe de FTP se rendit 77 rue de la Voie-Verte à Paris (XIVe arr.), au Café de l’autobus. Des soldats allemands fréquentaient le lieu en écoutant un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’un accordéon. Une grenade blessa très gravement la femme accordéoniste, qui mourut lors de son transport vers l’hôpital. Il y eut neuf blessés dont cinq soldats allemands. Le même mois, il alla avec trois FTP rue de Marly à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), Léon (Roger Rouxel) lança une grenade contre une maison de tolérance de l’armée allemande.
Vers 20 heures le 8 octobre, protégé par plusieurs combattants, Cesare Luccarini lança une grenade dans un restaurant au 22 bis avenue Mac-Mahon (XVIIe arr.), elle n’explosa pas. Dans le courant du même mois vers midi, il se posta avec deux FTP qui guettaient un dénonciateur à la sortie de son usine à Argenteuil. Robert Witchitz tira mais l’homme ne fut pas atteint. Six ou sept FTP dont Witchitz se rendirent le 4 novembre à Vincennes (Seine, Val-de-Marne) pour dérober autant de bicyclettes dans un garage, le propriétaire n’opposa pas de résistance.
Le 12 novembre vers 13 heures sept hommes se retrouvèrent rue Lafayette. Une mission incombait à deux d’entre eux, Rino Della-Negra et Robert Witchitz. Ils devaient attaquer un convoyeur de fonds allemand. Cinq hommes assuraient la protection. Surprise le convoyeur était flanqué d’un militaire allemand. Witchitz et Della-Negra* ouvrirent le feu pour s’emparer de la sacoche. Karl Bergoff, un Allemand, tomba mort, foudroyé.
Des policiers et la Feldgendarmerie étant sur place, une fusillade s’ensuivit. Grièvement blessé Della-Negra* fut arrêté. Robert Witchitz, blessé, réussit à s’enfuir. Witchitz se réfugia dans une cave au 21 rue de Provence. Dénoncé, il fut arrêté. Il portait des faux papiers au nom de René Legros domicilié 84 rue de Montreuil (XIe arr.). Des inspecteurs de la BS2 interpellèrent Antoine Salvadori à son domicile et Cesare Luccarini le jour même, Georges Cloarec et Spartaco Fontanot, le lendemain. Roger Rouxel suivit.
L’arme utilisée par Robert Witchitz « parla » : elle avait été utilisée contre Tagliaferi, le capitaine Thielepin et un ressortissant allemand Heinz. Les hommes de la BS2 le frappèrent. Affaibli par ses blessures, probablement torturé, il lâcha des renseignements sur l’organisation des attentats, donna des signalements. Il assuma son engagement et ses actions : « Je n’ignorais pas que les FTP étaient un organisme communiste. Cela n’a pas été pour moi un inconvénient. »
Robert Witchitz était l’un des vingt-quatre accusés qui comparurent le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas, la presse collaborationniste dont Le Matin s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. »
Robert Witchitz fut passé par les armes le 21 février 1944 à 15 h 22 au Mont-Valérien avec les vingt-deux autres condamnés à mort dont Missak Manouchian et les Ivryens, Celestino Alfonso et Wolf Wajsbrot. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine. Le nom et la photographie de Robert Witchitz figuraient sur l’Affiche rouge placardée par les nazis sur les murs des grandes villes : « Witchitz, Juif hongrois, 15 attentats ».
Son nom fut gravé sur le monument aux morts d’Ivry-sur-Seine. Le 27 juillet 1945, le conseil municipal donna à la rue Vilmay le nom de Robert Witchitz promu, en mai 1959, chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.
Le nom de Robert Witchitz figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian au 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne) où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).
Sources

SOURCES : Arch. PPo., 77W 2122, BA 1749, BA 1752. – DAVCC, Boîte 5, Liste S 1744 098/44 (Notes Thomas Pouty). – Arch. com. Ivry-sur-Seine. – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

Daniel Grason, Michèle Rault

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