Né le 3 octobre 1891 à Melgven (Finistère), fusillé le 5 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; cultivateur ; militant communiste ; résistant FTPF.

Yves Daoudal
Communiqué par Jean-Pierre Ravery
Fils d’Yves et de Françoise née Guyader, Yves Daoudal était cultivateur à Toulgoat en Melgven, près de Concarneau (Finistère). Bon élève, il avait poursuivi des études primaires supérieures à Quimperlé jusqu’à l’obtention du brevet. Il s’exprimait aussi bien en français qu’en breton. Il exploitait une ferme d’une quarantaine d’hectares appartenant à sa famille depuis le XVIIIe siècle. Un droit d’aînesse strictement appliqué avait empêché le morcellement de l’exploitation. Yves Daoudal venait d’achever ses deux années de service militaire lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale. Mobilisé, il fut affecté au 71e Régiment d’infanterie de Saint-Brieuc. Il fut blessé le 6 juin 1915 près d’Arras. À la fin du conflit, il était sergent et avait été décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire. Démobilisé en 1919 après sept ans sous les drapeaux, il rentra au pays et épousa, le 19 octobre 1920, Marie Josèphe Hervé, la fille d’une ferme voisine qui ne parlait que le breton. Le couple eut cinq enfants : Marie (1921), Louis (1923), Francine (1924), Yvette (1926) et Odette (1929).
Selon Eugène Kerbaul, il était militant du PCF dans les années 1930. Le « Adieu les camarades » qu’il inscrivit au bas de sa dernière lettre tend à le confirmer. Mais sa petite-fille, Yvette Hémon (qui ne l’a pas connu), le conteste. Elle n’ignore pas et ne nie pas cependant qu’il avait le cœur bien ancré à gauche. Élu conseiller municipal de Melgven en 1925, comme son père l’avait été avant lui, il s’employa notamment à organiser la solidarité avec les fermiers ruinés par la crise du début des années trente et à s’opposer aux saisies-ventes d’exploitations contre lesquelles le PCF faisait campagne. Aux élections municipales de 1935, le Parti communiste s’était considérablement renforcé dans le Finistère Sud et gagnait les mairies de Concarneau, Treffiagat et du Guilvinec.
Après la défaite de 1940 et l’installation des forces d’occupation allemandes, la résistance communiste se montra particulièrement active dans ce secteur et Yves Daoudal y prit une part importante. Sa ferme, située à l’écart du village de Melgven, permettait d’héberger et de ravitailler des clandestins. C’est ainsi qu’après son évasion du palais de justice de Nantes le 9 septembre 1942, Raymond Hervé vint s’y cacher. C’est là également qu’avaient été amenés cinq containers d’armes repêchés au large des îles Glénans, en un lieu convenu à l’avance avec les services secrets anglais, par Jean Baudry et Guillaume Bodéré le 15 août 1942. La moisson venait d’avoir lieu : les armes furent cachées dans une meule de paille.
Suite à l’arrestation le 27 septembre 1942 d’Eugène Le Bris, l’un des résistants qui avait participé au transport des containers entre le port de Léchiagat et la ferme de Melgven, Yves Daoudal fut arrêté à son tour par le capitaine Le Thomas, commandant la section de gendarmerie de Quimper et l’inspecteur Le Roy, du service des Renseignements généraux. Parfaitement renseignés, les policiers se dirigèrent droit sur la cache d’armes. Dans le rapport qu’il adressa quelques semaines plus tard au préfet du Finistère, le commissaire Soutif, chef du service des Renseignements généraux de Quimper, détaillait le contenu de ces containers qui étaient une nouveauté pour lui : « il me paraît utile de donner ici un aperçu du contenu de ces engins, dans lesquels on a découvert une forte quantité d’explosifs plastiques, un grand nombre de crayons allumeurs à retardement et de détonateurs, un fort métrage de cordon Bickford et mèche lente, des détonateurs, un fort métrage de fils électrique, des allumeurs à traction, des explosifs spéciaux aimantés pour destruction des automobiles, des pistolets à barillet avec fortes provisions de cartouches, une mitraillette avec chargeurs et approvisionnements, des fruits, chocolats et bonbons vitaminés destinés aux ``militants dans le brouillard’’, des explosifs sous-marins, des explosifs spéciaux pour destruction de voies ferrées, connus dans la nomenclature jointe aux containers sous le nom de ``Fog signals’’, des grenades défensives, des cartouches incendiaires, du cordeau détonant ``Cordtex’’, un grand nombre d’amorces portant la marque ``Explosive Primer Field’’, des paquets de pansements, boussoles et aimants, de la pâte abrasive pour sabotage des moteurs et même, destiné à un usage inconnu, du ``poil à gratter’’. On peut dire que la saisie de cet important matériel a tué dans l’œuf un nombre considérable d’attentats en perspective. »
Après son arrestation, une délégation de Melgviniens demanda au comte Yves de Kerguelen, délégué spécial installé en 1941 par Vichy au poste de maire, d’intercéder en faveur de leur voisin, mais le grand propriétaire terrien s’y refusa. La famille d’Yves Daoudal allait conserver un souvenir douloureux de cette période, au cours de laquelle elle éprouva le sentiment d’avoir été « mise au ban de la société ». Ainsi, le boulanger n’acceptait de la servir qu’à la porte du fournil, avant la levée du jour ou à la nuit tombée.
Yves Daoudal fut détenu pendant un an dans la prison de Mesgloaguen à Quimper, avant d’être transféré à Fresnes. Son épouse réussit à lui rendre une dernière visite, en dépit des difficultés que représentait un tel voyage pour quelqu’un qui ne parlait que le breton. Traduit devant un tribunal de guerre, Yves Daoudal fut condamné à mort le 27 mars 1944 avec deux autres résistants bretons arrêtés dans la même affaire, Jean Baudry et Louis Lagadic. Tous les trois furent fusillés le 5 avril suivant au Mont-Valérien aux côtés de sept FTP de la région parisienne. Selon le témoignage de l’aumônier allemand qui les accompagnait, ils marchèrent vers le lieu de l’exécution en chantant « La Marseillaise ».
À la fin de l’année 1944, les familles Daoudal, Baudry et Lagadic effectuèrent ensemble des démarches pour obtenir l’exhumation des corps de leurs fusillés au cimetière parisien d’Ivry et confirmer leur identification. La fille aînée de la fratrie, Marie, accompagnée de son époux Yves Lancien et de son oncle Prosper Daoudal, fut chargée de cette pénible tâche. Le corps, « jeté entre quatre planches comme celui d’un cochon », selon la formule de Marie Daoudal, était en état de décomposition avancée : seuls les restes de sa moustache et les ferrures de ses sabots lui permirent d’identifier avec certitude la dépouille de son père. Les trois familles firent l’acquisition d’un camion de l’armée américaine et ramenèrent au pays les corps de leurs morts dans la nuit du 31 décembre 1944 au 1er janvier 1945 en dépit de fortes chutes de neige.
Les obsèques d’Yves Daoudal furent célébrées en l’église de Melgven le 3 janvier 1945. Les honneurs militaires lui furent rendus. Au passage du cortège funèbre, les instituteurs firent sortir leurs élèves pour saluer, bérets bas, la dépouille du héros qui allait être réinhumé au cimetière de Melgven auprès des siens.
Yves Daoudal fut fait chevalier de la Légion d’honneur et nommé au grade d’adjudant-chef à titre posthume. La Médaille de la Résistance et la Croix de guerre 1939-1945 avec palme lui furent décernées. En juin 2009, son nom a été attribué par la municipalité de Melgven à la place située à l’angle de la rue de Concarneau et de la rue de l’Église. Pendant la cérémonie, l’un de ses arrières-petits-fils, Guénaël Vetu, donna lecture de la dernière lettre dans laquelle Yves Daoudal avait écrit à sa famille : « je vais mourir avec courage ».
Sources

SOURCES : Renseignements fournis par son petit-fils, Yves Daoudal, et sa petite-fille, Yvette Hémon. – Arch. CCCP, Dossier Henri Soutif (Notes Jean-Pierre Ravery). – Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère, édité à compte d’auteur, Bagnolet, 1985. – Le Télégramme, 27 juin 2009. – Ouest-France, 3 juillet 2009. – Michel Guéguen et Louis-Pierre Le Maître, L’aigle sur la mer : Concarneau 1939-1945, 1986-1988. – René Pichavant, Clandestins de l’Iroise, Éd. Morgane, 1982. – Jean-René Canevet, La guerre 1939-1945 à Fouesnant (édité à compte d’auteur), Fouesnant, 2007.

Jean-Pierre Ravery

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