Né le 22 janvier 1918 à Wlodziwiez (Pologne), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; élève électricien, puis ouvrier gantier ; communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; militant de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) ; résistant FTP-MOI ; un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

Fils d’ouvriers, Jonas vécut chez un oncle dans la ville voisine de Hrubieszow où il suivit l’école élémentaire. Membre des Jeunesses communistes, à seize ans, il gagna la Palestine pour retrouver son frère aîné. Il entra en apprentissage et travailla dans les ateliers de construction mécanique. En 1937, il s’engagea pour combattre en Espagne dans les Brigades internationales. Affecté à l’unité d’artillerie Anna Pauker, il fut blessé. Après la défaite des Républicains espagnols, il fut interné à Gurs puis à Argelès, il s’évada et gagna Paris. Il travailla comme électricien pour les autorités d’occupation jusqu’en novembre 1941 au fort d’Ivry-sur-Seine.
Il poursuivit son activité militante sous la fausse identité de Michel Martiniuk, et habitait 109 rue Manin à Paris (XIXe arr.). Militant de la Main-d’œuvre immigrée, il organisa, après l’invasion du 22 juin 1941 de l’Union soviétique par les troupes nazies, des actions de sabotage des machines dans de petits ateliers artisanaux de la fourrure. Ces ateliers d’artisans juifs, dont la main-d’œuvre était juive, étaient durement touchés par la promulgation du premier statut des Juifs le 3 octobre 1940, puis du second le 2 juin 1941 qui interdisait aux Juifs d’exercer de très nombreuses professions. De fait la population juive était réduite à la misère, à de petits trafics pour tenter de survivre. En novembre 1941, il aurait selon David Diamant été dans l’équipe de protection qui protégea les participants d’une manifestation organisée par « Solidarité », rue de la Roquette le 11 novembre 1941.
De septembre à décembre 1941 les militants communistes furent à l’initiative de la réduction de la production dans la ganterie. En 1942, l’organisation passa à des actions punitives. Des militants de la sous-section juive menèrent des opérations de sabotage des machines à coudre, les artisans juifs étaient physiquement menacés. Le 15 mai 1942 Abraham Lissner apprenait par Sioma, un ancien combattant d’Espagne, qu’un Juif demeurant dans le passage des Fours-à-Chaux (XIXe arr.) faisait du commerce avec les Allemands. Dès le lendemain Jonas Geduldig, Simon Peretzl et Abraham Lissner se présentèrent chez cet homme avec un pistolet d’enfant, le menacèrent, proférèrent des menaces et volèrent le contenu du tiroir-caisse (Annette Wieviorka).
En avril 1942, Jonas Geduldig devint membre du 2e détachement juif des FTP-MOI et en juillet 1942 il lança une bombe contre un garage à Paris. Il fut muté en juin 1943 au 4e détachement dit groupe des dérailleurs, matricule 10602. Il prit part à plusieurs actions : le 24 septembre 1943 il était dans l’équipe qui sabota la voie ferrée à la hauteur de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), ce qui provoqua le déraillement d’un train.
Les policiers de la BS2 filaient les militants de la MOI et les combattants FTP. Le 21 octobre Fingercweig, Goldberg, Martiniuk et Elek prirent le train de 11 h 45 à la gare de l’Est à destination de Troyes avec sacs et musettes. Plusieurs inspecteurs étaient dans le même convoi. Arrivés à 14 h 45, les FTP se restaurèrent, puis partirent à pied sur la route de Dijon. Les policiers des Renseignements généraux les observèrent puis les perdirent de vue. Les policiers apprirent le lendemain qu’un attentat avait eu lieu à la hauteur de Chaumont sur la ligne Paris-Troyes.
Le commissaire politique des FTP-MOI de la région parisienne, Joseph Dawidowicz, fut identifié par la police le 18 octobre 1943. Responsable aux effectifs, il coordonnait le travail politique, disposait de liaisons avec la direction de la MOI et avec celle des FTP, il en était également le trésorier, un poste clef. Le 26 des inspecteurs de la BS2 l’arrêtèrent à midi en gare de Conflans-Sainte-Honorine, et les perquisitions de ses domiciles clandestins permirent de découvrir des listes d’effectifs, des comptes rendus d’activité de la MOI, des ordres du jour des FTP, un état numérique dactylographié des divers détachements, etc.
La direction des Renseignements généraux décida d’une opération d’ensemble le 17 novembre 1943. Indépendamment de l’arrestation de Joseph Dawidowicz, Jonas Geduldig, repéré par les policiers, fut appréhendé sous sa fausse identité de Michel Martiniuk, étudiant, demeurant 17 villa Verlaine à Paris (XIXe arr.). Il y eut soixante-sept arrestations de militants de la MOI et de FTP-MOI. Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il fut battu, probablement torturé. Il était l’un des vingt-quatre accusés qui comparurent le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). La presse aux ordres des Allemands, dont Le Matin, s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian, dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. »
Jonas Geduldig fut passé par les armes le 21 février 1944 à 15 h 47 au Mont-Valérien avec les vingt-deux autres condamnés à mort. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Le ministère des Anciens Combattant accorda à Jonas Gelduldig la mention « Mort pour la France » le 17 avril 1942.
Le nom de Jonas Geduldig figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian au 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne) où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BA 2298, PCF carton 15, rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste, 77W 2122. – Arch. Institut d’histoire sociale. – DAVCC, Boîte 5 Liste S 1744 098/44 (Notes Thomas Pouty). – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Gaston Laroche (Boris Matline), On les nommait des étrangers, EFR, 1965. – David Diamant, Les Juifs dans la résistance française 1940-1944, Le Pavillon, Roger Maria éditeur, 1971. – David Diamant, Combattants juifs dans l’armée républicaine espagnole, Éd. Renouveau, 1979. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Éd. Denoël, 1986. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Version imprimable de cet article Version imprimable